La FAO publie un premier atlas sur les migrations rurales en Afrique subsaharienne

Le village de Dan Kada, une communauté rurale au Nigéria (archives). Photo FIDA/David Rose

2 novembre 2017 – Un premier atlas visant à mieux comprendre la complexité des modèles de migration rurale en Afrique subsaharienne a été publié jeudi par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Intitulé L'Afrique rurale en mouvement. Dynamiques et facteurs de migrations dans le sud du Sahara, l'atlas souligne également le rôle important que les zones rurales continueront de jouer dans les futurs phénomènes migratoires du continent.

« La croissance de la population se traduit par une forte augmentation de la population active, avec près de 20 millions de personnes appelées à entrer sur le marché du travail chaque année, dont 12 millions dans les zones rurales. Le défi est de créer assez d'emplois pour absorber toute cette main d'œuvre. Ainsi, c'est pour toutes ces raisons que l'agriculture et le développement rural doivent faire partie intégrante de chaque intervention déployée pour faire face aux grands mouvements migratoires », a déclaré M. Kostas Stamoulis, Sous-directeur général de la FAO et responsable du département Développement économique et social.

A travers une série de cartes et d'études de cas approfondies, les 20 auteurs de l'atlas, issus de différentes institutions de recherches, de think tanks ou encore d'organisations internationales basées en Afrique ou hors d'Afrique, explorent la complexité des causes, parfois interconnectées, qui conduisent les Africains à quitter leurs foyers. Ensemble, ils apportent des éléments de réponses aux questions liées aux dynamiques et aux perspectives régionales migratoires et de la sorte, aident à mieux comprendre le phénomène de migration rurale.

« L'atlas arrive en temps opportun alors qu'il devient de plus en plus pressant de se doter de nouveaux outils analytiques afin de mieux comprendre les phénomènes migratoires en Afrique », a ajouté M. Stamoulis. « Face au changement climatique et à la croissance de la population, l'atlas offre un aperçu de ce que signifie la migration rurale tout en aidant à élaborer des mesures plus cohérentes et de manière plus coordonnée afin de pallier aux problèmes liés à la migration ».

L'atlas est le résultat d'un partenariat entre le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) avec le soutien technique du Centre pour l'innovation dans la gouvernance (GovInn) basé en Afrique du Sud.

AUDIO: Elisenda Estruch, spécialiste sur les migrations à la FAO Crédit: FAO

La population rurale subsaharienne devrait augmenter de 63% d'ici 2050

L'atlas indique que la vaste majorité des Africains (75%) migrent au sein même de l'Afrique tandis que la plupart des Nord-africains (près de 90%) migrent vers l'Europe. Il montre également que dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, le phénomène de migration interne est le modèle de migration dominant.

La population d'Afrique subsaharienne a augmenté de 645 millions de personnes entre 1975 et 2015 et est appelée à augmenter de 1,4 milliard d'ici les quarante prochaines années (d'ici 2055) – il s'agit d'une caractéristique démographique unique dans l'histoire mondiale.

D'ici la moitié du siècle, la population rurale subsaharienne devrait augmenter de 63%. L'Afrique subsaharienne est la seule région au monde où la population rurale continuera de croitre après 2050.

Les migrants ruraux sont généralement jeunes - 60% d'entre eux étant âgés entre 15 et 34 ans. La majorité d'entre eux viennent de familles agricoles. La plupart des migrants ruraux sont des hommes. Les personnes issues d'un milieu rural ont généralement un niveau d'éducation plus faible.

De futures dynamiques migratoires difficiles à prévoir

Contrairement à d'autres régions du monde, l'Afrique subsaharienne est devenue plus urbaine sans devenir plus industrialisée. Les villes sont caractérisées par un secteur urbain informel et précaire, avec souvent une pauvreté persistante et des opportunités d'emploi formels particulièrement limitées.

Selon la FAO, la complexité des facteurs interconnectés conduisant au phénomène de migration en Afrique subsaharienne rend très difficile la prévision exacte des futures dynamiques migratoires. L'atlas s'appuie sur des variables déterminantes – telles que la taille de la population rurale, le lieu, la régularité des évènements météorologiques extrêmes, les niveaux de pauvreté et de faim, les opportunités d'emplois et la qualité de la gouvernance afin d'anticiper les futurs scénarios migratoires.

L'atlas souligne que gérer l'avenir des migrations impliquera de mettre en place des canaux de migration sûrs, ordonnés et réguliers, de développer de grandes villes durables, d'investir dans des villes intermédiaires et de développer des habitats ruraux plus petits capables de fournir des services de qualité.


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