La croissance démographique en Afrique nécessitera des investissements dans l'éducation et la santé, selon l'UNICEF

Des enfants suivant un cours dans une école soutenue par l’UNICEF à Dikwa, dans l’Etat de Borno, au Nigéria (archives). Photo: UNICEF / Naftalin

26 octobre 2017 – La croissance prévue de la population infantile en Afrique nécessitera une augmentation de plus de 11 millions de personnels qualifiés en éducation et en santé au cours de la prochaine décennie, pour pouvoir accompagner la transition démographique sans précédent du continent, selon un nouveau rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Ce rapport intitulé 'Génération 2030 Afrique 2.0 : Favoriser les investissements dans l'enfance pour bénéficier du dividende démographique', la population infantile africaine devrait augmenter de 170 millions d'ici à 2030, portant ainsi le nombre des moins de 18 ans du continent à 750 millions.

Selon l'agence onusienne, le nombre d'habitants de l'Afrique doublera, de 1,2 milliard en 2016 à 2,5 milliards en 2050. Le Nigéria représente actuellement 20% de toutes les naissances en Afrique et 5% du total mondial. D'ici 2050 selon les estimations, un enfant sur 13 né dans le monde le sera au Nigéria. Pour l'UNICEF, le changement exponentiel de la démographie est motivé par trois facteurs : plus d'enfants qui vivent au-delà de leur cinquième anniversaire, des taux de fécondité élevés et une augmentation du nombre de femmes en âge de procréer.

Le document des Nations Unies montre qu'entre 2015 et 2030, l'Afrique connaîtra une augmentation de 33% de la population en âge de fréquenter l'école primaire, passant de 189 millions à 251 millions. Les hausses les plus importantes auront lieu en Afrique de l'Ouest (22 millions) et en Afrique de l'Est (18 millions). Actuellement, 40% de la population africaine vit dans les villes, contre seulement 14% en 1950. À la fin des années 2030, la majorité de sa population vivra dans des zones urbaines. Selon les tendances actuelles, d'ici 2050, près de 60% de la population africaine vivra dans les villes.

AUDIO: Gustave Nebié, Conseiller régional en matière de Politiques Sociales du Bureau de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Crédit: UNICEF

« Moment le plus critique pour les enfants africains »

Le rapport identifie trois domaines clés dans lesquels des investissements sont nécessaires : les soins de santé, l'éducation, la protection et autonomisation des femmes et des filles. Concrètement, l'Afrique devra former 5,6 millions nouveaux agents de santé et 5,8 millions nouveaux enseignants au cours des 13 prochaines années pour répondre aux normes internationales minimales en matière de santé et les objectifs de meilleures pratiques en matière d'éducation, en raison de la croissance rapide de la population.

« Investir dans la santé, la protection et l'éducation doit devenir une priorité absolue pour l'Afrique d'ici 2030 », a déclaré Leila Pakkala, Directrice régionale de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Est et australe. « Nous sommes au moment le plus critique pour les enfants africains. Si nous faisons ce qu'il faut, nous posons les bases d'un dividende démographique qui pourrait permettre à des centaines de millions de personnes de sortir de l'extrême pauvreté et de contribuer à une prospérité, une stabilité et une paix accrues ».

A cet égard, le rapport souligne que près de la moitié de la population du continent a moins de 18 ans et que les enfants représentent la majorité de la population dans environ un tiers des 55 États membres de l'Union Africaine. Selon les projections actuelles, le nombre d'enfants africains dépassera le milliard d'ici 2055. « Imaginez le potentiel d'un milliard d'enfants, » a fait remarquer Marie-Pierre Poirier, Directrice régionale de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre. « Si l'Afrique intensifie ses investissements dans les enfants et les jeunes, transforme ses systèmes éducatifs et donne aux femmes et aux filles les moyens de participer pleinement à la vie communautaire, professionnelle et politique, elle pourra récolter des dividendes plus rapides, plus profonds et à plus long terme pour sa transition démographique ».

Eviter une catastrophe démographique

Le rapport note également que l'Afrique peut récolter un dividende démographique qui verra le revenu par habitant multiplié par quatre d'ici 2050 si des politiques favorisant la croissance de l'emploi sont mises en place, parallèlement à des investissements nationaux et internationaux dans le capital humain africain.

A l'inverse, si des investissements en faveur des jeunes et des enfants africains ne sont pas réalisés, l'opportunité d'un dividende démographique pourrait être remplacée par une catastrophe démographique caractérisée par le chômage et l'instabilité. En attendant, l'UNICEF rappelle que l'éducation des femmes est l'un des moyens les plus rapides de réduire la pauvreté et la fécondité, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). En Afrique subsaharienne, les femmes sans éducation ont en moyenne 6,7 naissances. Ce chiffre tombe à 5,8 pour celles qui ont fait des études primaires et à 3,9, pour celles qui ont fait des études secondaires.

Face à ces projections, l'UNICEF recommande trois actions politiques. Il s'agit d'abord d'améliorer les systèmes de santé, de protection sociale et les services de protection, afin qu'ils répondent aux normes internationales, ou aillent au-delà, dans les pays proches de les atteindre. L'agence onusienne plaide aussi pour une adaptation du système d'éducation, de compétences et d'apprentissage professionnel de l'Afrique, par la réforme des curricula et l'accès à la technologie pour améliorer les résultats de l'apprentissage, afin que les enfants et les jeunes africains soient qualifiés pour répondre aux besoins du marché du travail du XXIe siècle. Enfin, assurer et garantir le droit à la protection contre la violence, l'exploitation, le mariage des enfants et les abus ; éliminer les obstacles qui empêchent les femmes et les filles de participer pleinement à la vie communautaire, professionnelle et politique ; renforcer l'accès aux services de santé reproductive.


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