Au rythme actuel, il faudra plus de 100 ans à l'Afrique de l'Ouest et centrale pour mettre fin au mariage des enfants, selon l'UNICEF

Dada, 15 ans, avec sa fille âgée de 18 mois Husseina, à Maiduguri, dans l’Etat de Borno, au Nigéria. Photo UNICEF/UN0118457/

24 octobre 2017 – À moins d'une vraie accélération des progrès enregistrés, il faudra compter plus d'un siècle pour que l'Afrique de l'Ouest et centrale réussisse à mettre fin au mariage des enfants, avec des conséquences dramatiques pour des millions de jeunes filles mariées, sans compter les effets déplorables sur la prospérité de la région, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Le nouveau rapport statistique de l'UNICEF 'Achieving a future without child marriage: Focus on West and Central Africa' fait ressortir qu'en raison de la forte croissance démographique et des taux de prévalence élevés, même un doublement du déclin actuel ne suffirait pas à réduire le nombre de jeunes filles mariées chaque année.

« Nous devons nous secouer », affirme Fatoumata Ndiaye, Directrice générale adjointe de l'UNICEF. « Nous ne pouvons continuer à voir tant de nos filles privées de santé, d'éducation, de leur enfance même. Notre rapport montre qu'au rythme actuel, il faudra plus de 100 ans pour éliminer le mariage des enfants dans la région – comment pouvons-nous accepter cela ? »

Ces nouvelles projections, publiées à l'occasion d'une rencontre de haut niveau pour mettre fin au mariage des enfants qui s'ouvre cette semaine à Dakar, veulent attirer l'attention sur cette région du monde où les filles sont le plus susceptibles d'être mariées pendant l'enfance.

Bien que la prévalence du mariage des enfants en Afrique de l'Ouest et centrale ait diminué au cours des deux dernières décennies, les progrès sont restés inégaux. Quatre femmes sur 10 sont toujours mariées avant l'âge de 18 ans, et parmi elles, une sur trois l'a été avant l'âge de 15 ans.

Des progrès rapides sont possibles

L'Afrique de l'Ouest et centrale compte six des 10 pays où la prévalence du mariage des enfants est la plus élevée au monde : le Niger, la République centrafricaine, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et la Guinée.

Le rapport souligne également que des progrès sont possibles – y compris dans les pays à forte prévalence – lorsque qu'une bonne combinaison de stratégies est en place, par exemple : autonomiser les filles ; mobiliser les familles et les communautés pour changer les attitudes et les comportements ; offrir des services sociaux adéquats aux filles risquant d'être mariées ou déjà mariées ; et mettre en place des législations et des politiques cohérentes pour protéger et promouvoir les droits des filles.

Au cours des 25 dernières années, cinq pays de la région se sont distingués par des baisses de la pratique, allant de 40% à 60% : la Gambie, la Guinée Bissau, le Togo, le Ghana et le Rwanda.

La scolarisation – et le maintien à l'école des filles le plus longtemps possible – est l'une des stratégies les plus probantes pour retarder l'âge du mariage des enfants, car les jeunes filles éduquées sont plus à même de développer les compétences, les connaissances et la confiance dont elles ont besoin pour prendre des décisions. Plus une fille reste longtemps à l'école, moins elle a de chances de se marier avant l'âge de 18 ans et d'avoir des enfants pendant l'adolescence.

« Permettre aux filles d'aller à l'école devrait être notre première priorité », selon F. Ndiaye. « Non seulement parce que l'éducation équipe les filles pour la vie, mais également parce que l'éducation des filles aide à sortir les familles, les communautés et les pays de la pauvreté. »

Le mariage des enfants, le mariage ou l'union d'enfants de moins de 18 ans, est une pratique nuisible qui viole les droits des enfants. Les jeunes filles mariées précocement ont moins de chances de terminer leurs études et sont plus susceptibles d'être victimes de violence et d'être infectées par le VIH. Lorsque les enfants se marient, leurs chances d'une vie saine et réussie sont compromises, enclenchant bien souvent un cycle intergénérationnel de pauvreté. De plus, les jeunes filles mariées manquent souvent des qualifications nécessaires pour trouver un emploi.


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