Rohingyas : l'UNICEF presse les donateurs de répondre aux appels humanitaires

Mohammed Yasin, 8 ans, fait partie des enfants réfugiés rohingyas ayant trouvé refuge à Cox’s Bazar, au Bangladesh. Photo UNICEF/UN0119119/Brown

20 octobre 2017 – Des conditions de vie inhumaines et les maladies transmises par l'eau menacent la vie de plus de 320.000 enfants rohingyas réfugiés qui ont fui vers le sud du Bangladesh depuis la fin du mois d'août, dont quelque 10.000 enfants qui ont traversé la frontière du Myanmar ces derniers jours, a prévenu vendredi le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

« De nombreux enfants rohingyas réfugiés au Bangladesh ont été témoins d'atrocités au Myanmar qu'aucun enfant ne devrait jamais voir, et tous ont souffert de terribles pertes », déclare Anthony Lake, Directeur exécutif de l'UNICEF. « Ces enfants ont besoin de toute urgence de nourriture, d'eau salubre, d'installations d'assainissement et de vaccins pour se protéger des maladies qui se développent généralement dans les situations d'urgence. Mais ce n'est pas tout, ils ont aussi besoin de surmonter toutes les épreuves qu'ils ont endurées. Ils ont besoin de recevoir une éducation. Ils ont besoin de conseils. Ils ont besoin d'espoir".

Dans un rapport publié ce jour, intitulé 'Rejetés et désespérés – Les enfants rohingyas réfugiés face à un avenir précaire', l'UNICEF signale que la plupart des réfugiés vivent dans des camps de fortune surpeuplés et insalubres. Malgré l'intensification de l'aide internationale dirigée par le gouvernement bangladais, il reste impossible de répondre aux besoins les plus élémentaires de nombreux enfants.

« Nous attendons encore plus de réfugiés alors que les enfants sont déjà confrontés à des dangers épouvantables », s'inquiète Edouard Beigbeder, Représentant de l'UNICEF au Bangladesh. « Le risque d'attraper une maladie transmise par l'eau ou d'autres maladies est omniprésent pour ces enfants qui vivent en plein air, avec une quantité désespérément restreinte de nourriture et d'eau salubre et un nombre bien trop limité d'installations d'assainissement. »

Dans les camps, des niveaux élevés de malnutrition aiguë sévère ont été constatés chez les jeunes enfants, et les mères et les nouveau-nés n'ont pas accès aux soins prénatals et postnatals. Le soutien apporté aux enfants traumatisés par la violence est également insuffisant.

Au vu du chaos qui règne dans les camps, les enfants et les jeunes constituent des proies idéales pour les individus pratiquant la traite des êtres humains et pour tous ceux qui pourraient chercher à les exploiter et à les manipuler, souligne en outre le rapport.

Une conférence de bailleurs de fonds le 23 octobre

L'UNICEF appelle les responsables à mettre un terme aux atrocités ciblant les civils dans l'État de Rakhine au Myanmar et à donner aux acteurs humanitaires un accès immédiat et sans restriction à tous les enfants affectés par la violence dans la région. Pour l'heure, l'UNICEF ne peut toujours pas se rendre auprès des enfants rohingyas qui se trouvent dans le nord de l'État de Rakhine.

À l'approche d'une conférence internationale des donateurs qui aura lieu le 23 octobre à Genève, l'UNICEF appelle les donateurs à répondre immédiatement aux demandes du Plan actualisé d'aide humanitaire pour le Bangladesh élaboré par l'Organisation des Nations Unies et des organismes humanitaires. Ce plan demande un financement de 434 millions de dollars, dont un financement de 76,1 millions de dollars pour répondre aux besoins les plus urgents des enfants rohingyas arrivés récemment, mais aussi de ceux arrivés lors des vagues précédentes et des enfants des communautés hôtes vulnérables.

Cet appel vise en priorité à fournir de l'eau salubre et des installations d'assainissement, ainsi qu'à améliorer les conditions d'hygiène des enfants rohingyas face à l'inquiétude de possibles épidémies de diarrhées et d'autres maladies transmises par l'eau. La plupart des enfants rohingyas ne sont pas totalement immunisés contre des maladies comme la rougeole. L'UNICEF se mobilise également pour fournir aux enfants rohingyas des services d'apprentissage et de soutien dans des espaces amis des enfants et travaille avec ses partenaires pour traiter le problème de la violence liée au genre.

Des milliers de Rohingyas bloqués depuis des jours sont arrivés dans des camps

De son côté, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué que près de 6.900 Rohingyas bloqués dans des conditions difficiles depuis plusieurs jours au Bangladesh après être arrivés du Myanmar se trouvaient désormais dans des camps après avoir été acheminés jeudi par des militaires.

« Au total, environ 800.000 réfugiés rohingyas sont désormais dans les camps de Cox's Bazar », a déclaré un porte-parole de l'OIM, Joel Millman, lors d'un point de presse ce vendredi à Genève. Parmi eux, 589.000 sont arrivés en près de deux mois, dont la moitié sont des femmes.

Pour sa part l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) rappelle que si des milliers de réfugiés du Myanmar ont été accueillis au Bangladesh, après avoir passé jusqu'à quatre jours bloqués près de la frontière, des milliers d'autres seraient en chemin depuis le Myanmar. Et pour ceux qui ont réussi à franchir la frontière entre les deux pays, les plus vulnérables d'entre eux ont été transportés par autobus depuis la frontière vers un centre de transit situé près du camp de Kutupalong. Dans ce centre, le HCR et ses partenaires fournissent de la nourriture, de l'eau, des examens médicaux et des abris temporaires.

D'autres nouveaux arrivants se rendent à pied au camp de réfugiés de Kutupalong, où ils passent la nuit dans des structures et bâtiments existants.

Outre 28 sites collectifs, les réfugiés se trouvent dans une centaine de communautés d'accueil, selon des données du 9 octobre. « Les flux ne se sont pas interrompus », a indiqué devant la presse une porte-parole du HCR, Duniya Aslam Khan. « La dimension et la rapidité de cette crise est sans précédent », a-t-elle ajouté. Dans ces conditions, le HCR et ses partenaires continuent de travailler avec les autorités du Bangladesh sur le nouveau site Extension de Kutupalong. La planification et l'aménagement du site sont en cours pour permettre aux nouveaux réfugiés d'emménager au fur et à mesure que différentes zones du site sont aménagées.

Le Bangladesh a réaffirmé au Directeur général de l'OIM William Lacy Swing, qui a achevé jeudi une visite de trois jours, son engagement à continuer d'accueillir des réfugiés. Il souhaite aussi trouver de nouvelles solutions pour les prochaines arrivées, dont de plus petits camps.

En attendant, l'aide d'urgence du HCR se concentre sur la protection des réfugiés, les abris, l'eau et l'assainissement, la création de nouveaux sites, la modernisation des infrastructures et le renforcement des capacités des communautés locales dans le sud-est du Bangladesh. Depuis le début de la situation d'urgence actuelle, le HCR, à la demande des autorités bangladaises, a étendu ses opérations, sa présence et son personnel à travers tout le sud-est du Bangladesh.

Mais pour continuer à venir en aide aux réfugiés rohingyas, l'agence onusienne espère que les donateurs apporteront un soutien généreux et rapide lors de la conférence du 23 octobre à Genève.


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