Soudan du Sud : la situation sécuritaire et humanitaire ne cesse de se détériorer, selon l'ONU

Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix (à droite), lors d’une conférence de presse au Soudan du Sud. (août 2017): Photo: MINUSS

17 octobre 2017 – Alors que les situations sécuritaire et humanitaire ne cessent de se détériorer au Soudan du Sud, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, a fait le point mardi devant le Conseil de sécurité sur l'état de mise en œuvre de deux initiatives des pays voisins : la Force de protection régionale et le Forum de revitalisation de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

Selon M. Lacroix, le déploiement de la Force – qui dépend de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) – est en cours, ce qu'a confirmé le représentant de l'Éthiopie, l'un des pays contributeurs de troupes. « Nous nous attendons à ce que le principal contingent du bataillon d'infanterie rwandais soit déployé en novembre », a précisé le Secrétaire général adjoint, en soulignant que le détachement précurseur du bataillon éthiopien avait entamé son déploiement, qui devrait être finalisé d'ici au 20 octobre.

En dépit de « divers retards bureaucratiques », l'ONU continue d'insister auprès du gouvernement sud-soudanais pour qu'il facilite le déploiement de la Force, convaincue qu'une coopération renforcée avec Juba demeure cruciale pour que celle-ci puisse pleinement s'acquitter de son mandat.

Les combats se poursuivent

C'est qu'au cours du mois écoulé, la situation sur le plan sécuritaire est restée un motif de profonde préoccupation, a relevé le haut fonctionnaire, en faisant état d'affrontements entre l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et l'Armée populaire de libération du Soudan dans l'opposition dans le nord de Jonglei et l'est du Haut-Nil, où « de lourdes pertes ont été provoquées des deux côtés ».

Parallèlement, les combats pour le contrôle de Pagak se poursuivent, tandis que la présence des forces de l'opposition à Nhialdu et dans d'autres localités d'Unité incitera « vraisemblablement » l'APLS à lancer une offensive, avec pour conséquence de déclencher de nouveaux déplacements de populations.

Le Secrétaire général adjoint a également signalé des attaques lancées par des « assaillants armés » contre des organisations non gouvernementales et des civils, notamment dans un village d'Équatoria-Occidental, ainsi qu'en Équatoria central, où des soldats de l'APLS ont tué deux personnes près de la ville d'Ombaci. Enfin, le nombre d'actes de violence contre la communauté humanitaire est également en hausse, avec 18 personnels tués jusqu'à présent cette année.

Juba continue de restreindre la liberté de mouvement de la MINUSS

« Tous ces incidents devraient nous plonger dans l'inquiétude, compte tenu du début imminent de la saison sèche, qui donne traditionnellement lieu à des niveaux accrus de violence, dans la mesure où la mobilité à travers le pays s'améliore », a prévenu M. Lacroix. Dans ce contexte, le gouvernement continue pourtant de restreindre la liberté de mouvement de la MINUSS, a-t-il déploré, en exhortant « vigoureusement » le Conseil de sécurité à se saisir des violations de l'Accord sur le statut des forces entre l'ONU et le gouvernement sud-soudanais.

Le corollaire de cette insécurité persistante, a expliqué le Secrétaire général adjoint, c'est une dégradation de la situation humanitaire, en dépit d'opérations « très efficaces » ayant permis à des millions de personnes de bénéficier d'une assistance vitale. Plus de deux millions ont fui en Ouganda, en Éthiopie et au Soudan depuis le début du conflit en 2013, a-t-il rappelé. En outre, 1,9 million de personnes restent déplacées à travers le pays, cependant qu'à l'approche de la saison sèche, les mouvements de population vont vraisemblablement reprendre.

Les dirigeants sud-soudanais ont une « responsabilité directe » dans le conflit

Sur le plan politique, le Forum de revitalisation annoncé par l'IGAD n'a pour l'heure reçu qu'une réponse « tiède » de la part du gouvernement et un « soutien prudent » de la part de l'opposition, dont l'ex-Vice-Président sud-soudanais, M. Riek Machar, a noté M. Lacroix. Il a exhorté les membres du Conseil à user de leur influence sur toutes les parties pour les encourager à s'engager dans ce processus « sans conditions préalables ».

« Le conflit au Soudan du Sud est l'aboutissement direct d'un accès au pouvoir disproportionné et prolongé. Toutes les redistributions futures doivent donc reposer sur le principe de l'inclusivité, garant d'un pouvoir et d'un partage équitable des richesses », a plaidé le Secrétaire général adjoint, en accusant les dirigeants sud-soudanais d'assumer une « responsabilité directe » dans le conflit qui sévit dans leur pays.

Lesquels dirigeants peuvent selon lui sauver le pays de l'« abîme qui le guette », à condition de faire preuve de volonté politique et de saisir l'opportunité offerte par le Forum de revitalisation de l'IGAD.

Le représentant du Soudan du Sud, Akuei Bona Malwal, a donné l'assurance que le gouvernement de transition d'unité nationale reste plus que jamais engagé en faveur de ce Forum, dont l'un des objectifs est de « faire taire les armes » et de ménager une place à tout groupe extérieur à l'Accord de paix déterminé à « dénoncer la violence ». Il a proposé que la mise en œuvre de l'Accord sur le règlement du conflit constitue la « base » du processus placé sous l'égide du Forum de revitalisation.


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