Libye : le HCR dénonce les souffrances et les abus dont sont victimes les réfugiés et les migrants à Sabratha

Des migrants dans un centre de détention en Libye. Photo OIM/2017

17 octobre 2017 – Les réfugiés et migrants retenus en captivité par les passeurs dans la ville libyenne de Sabratha sont détenus dans des conditions déplorables, a alerté mardi l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) qui s'emploie à répondre à leurs besoins humanitaires.

Selon le HCR, près de 20.500 réfugiés et migrants sont détenus dans cette localité située à 80 kilomètres à l'ouest de la capitale Tripoli et considérée comme l'une des plateformes de départs vers l'Europe. Ce chiffre comprend les personnes retenues dans les centre de détentions officiels.

« Depuis une semaine, les équipes du HCR travaillent sans relâche pour répondre aux besoins urgents de plus de 14.500 migrants et réfugiés qui étaient retenus en captivité par des passeurs », a déclaré un porte-parole de l'agence, Andrej Mahecic, lors d'un point de presse à Genève.

Ces réfugiés et migrants étaient retenus en captivité dans plusieurs lieux situés à Sabratha et aux alentours, la plupart du temps dans des fermes, des maisons et des entrepôts. Libérés, ils ont été emmenés dans un hangar servant de point de rassemblement d'où ils ont été transférés par les autorités vers des centres de détention officiels où les agences humanitaires fournissent une assistance vitale.

Les autorités libyennes estiment à 6.000 le nombre de réfugiés et migrants toujours détenus par les trafiquants.

AUDIO: William Spindler, porte-parole du HCR à Genève. Crédit: HCR

Des réfugiés et migrants « visiblement traumatisés »

A Sabratha, les employés du HCR ont constaté des scènes de souffrances et d'abus d'une ampleur choquante.

« Parmi ceux qui ont souffert d'abus aux mains des trafiquants, il y a des femmes enceintes et des nouveau-nés », a précisé M. Mahecic, ajoutant que des centaines de personnes ont été retrouvées sans vêtements, ni chaussures.

« Nombre d'entre eux ont besoin de soins médicaux d'urgence, certains souffrant de blessures par balle et d'autres signes visibles d'abus. Les réfugiés et les migrants qui ont été secourus des passeurs sont visiblement traumatisés », a souligné le porte-parole.

La plupart des réfugiés et migrants libéré du joug des passeurs disent avoir été victimes de nombreuses violations des droits de l'homme, notamment de violences sexuelles et sexistes, de travaux forcés et d'exploitation sexuelle. Détenus dans des conditions exigües, souvent sans toilettes ni ventilation, beaucoup disent avoir été battus et forcés de travailler pendant de longues heures sans nourriture, ni eau. « Une fois trouvés, des centaines d'entre eux nous ont dit qu'ils n'avaient pas mangé depuis des jours », a dit M. M. Mahecic

Le HCR a également relevé la présence d'un « nombre inquiétant d'enfants non accompagnés et séparés, beaucoup âgés de moins de six ans ». Nombre de ces enfants ont perdu leurs parents au cours du voyage vers la Libye ou lors des récents combats à Sabratha.

Réponse du HCR aux besoins des réfugiés et migrants

Depuis le début de cette crise humanitaire, le personnel du HCR présent à Sabratha fournit une assistance d'urgence dans tous les lieux où les réfugiés et les migrants ont été transférés et mène des évaluations pour déterminer les besoins et les vulnérabilités.

L'agence onusienne a ainsi acheminé plus de 15 camions chargés de produits de secours, y compris des sacs de couchage, des matelas, des couvertures, des trousses d'hygiène et des manteaux d'hiver. Dans certains endroits, le HCR a fourni des tentes qui sont utilisées comme hôpitaux de fortune et où les médecins de l'agence fournissent une assistance médicale.

« Les équipes du HCR s'emploient en priorité à identifier les réfugiés et continuent à plaider pour leur libération », a précisé M. Mahecic.

Pour l'agence onusienne, la situation à Sabratha montre une fois de plus la nécessité d'une action internationale et souligne le prix élevé que doivent payer les réfugiés pour retrouver la sécurité en l'absence de voies légales sûres. « Le HCR continuera à plaider pour plus de réinstallation afin de mieux protéger ces réfugiés vulnérables qui ont besoin d'une protection internationale », a dit le porte-parole.

Selon les derniers chiffres de l'Agence des Nations Unies pour les migrations (OIM), près de 145.355 migrants sont arrivés en Europe du sud depuis l'Afrique par la mer depuis le début de l'année. Les deux tiers de ces migrants sont arrivés en Italie. Près de 2.776 personnes sont mortes ou ont disparu pendant la traversée de la Méditerranée.


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