Réfugiés rohingyas au Bangladesh : l'ONU a besoin de plus d'argent pour éviter une catastrophe humanitaire

Des réfugiés rohingyas à Cox’s Bazar, au Bangladesh. Photo PAM/Saikat Mojumder

4 octobre 2017 – Trois haut responsables humanitaires des Nations Unies ont appelé mercredi la communauté internationale à financer d'urgence les 434 millions de dollars nécessaires pour répondre à la crise des réfugiés rohingyas au Bangladesh.

« La tragédie humaine qui se déroule dans le sud du Bangladesh est frappante dans son ampleur, sa complexité et sa rapidité », ont souligné dans une déclaration conjointe le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence (OCHA), Mark Lowcock, et le Directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Anthony Lake qui ont conclu une visite dans le pays.

Le plan de réponse humanitaire de l'ONU pour le Bangladesh a été réévaluée ce mercredi. 434 millions de dollars sont nécessaires pour intensifier les opérations de secours destinés aux réfugiés et à leurs communautés d'accueil. Le financement demandé permettra de fournir des vivres, des abris, de l'eau, des installations d'assainissement, des soins de santé et des services de protection.

L'OCHA a également octroyé 12 millions de dollars supplémentaires en provenance de son Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) pour permettre la création de nouveaux sites d'accueil pour les réfugiés nouvellement arrivés au Bangladesh.

Les Rohingyas continuent de fuir le Myanmar vers le Bangladesh « pour sauver leurs vies », ont indiqué MM. Lowcock et Lake, soulignant que les réfugiés ont besoin « d'un soutien immédiat ».

William Lacy Swing, le Directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui coordonne le travail des agences humanitaires à Cox's Bazar, dans le sud du Bangladesh, s'est fait l'écho de l'appel d'OCHA et de l'UNICEF. Dans un communiqué, M. Swing a appelé la communauté internationale à agir pour « éviter une catastrophe humanitaire des deux côtés de la frontière ».

Des réfugiés « effrayés, épuisés et affamés »

Au Bangladesh, les chefs d'OCHA et de l'UNICEF ont pu constater la souffrance des plus de 507.000 réfugiés rohingyas qui ont fui le Myanmar depuis le 25 août.

Sur place, ils ont vu des réfugiés arriver « effrayés, épuisés et affamés ». Ces derniers ont désespérément besoin d'une aide immédiate notamment des abris, de la nourriture, de l'eau propre et de l'assainissement, et des soins de santé.

« Ils apportent avec eux de terribles récits de ce qu'ils ont vu et souffert : des histoires d'enfants tués, des femmes brutalisées et des villages réduits en cendres », ont rapporté MM. Lowcock et Lake. « Malheureusement, cette situation épouvantable n'est pas terminée ».

Les conditions dans les sites d'accueil temporaires sont dramatiques. Les réfugiés rohingyas au Bangladesh vivent dans de fragiles cabanes en bambou et en plastique construites sur des espaces vastes et densément encombrés. « Dans ces conditions, il existe un risque croissant pour une épidémie de maladie », ont alerté les responsables d'OCHA et de l'UNICEF. « Sans une augmentation significative de l'assistance, les réfugiés, qui ont déjà tant souffert, pourraient faire face à une autre catastrophe, en plus des tragédies qui les ont amenés à fuir leurs foyers », ont-ils prévenu.

Les besoins humanitaires augmentent plus rapidement que les capacités actuelles d'aide

Lors de leur déplacement conjoint, les chefs d'OCHA et de l'UNICEF ont pu constater les efforts des autorités bangladaises et de l'ensemble de la communauté humanitaire.

« Le gouvernement et le peuple du Bangladesh ont démontré un esprit de générosité extraordinaire en ouvrant les frontières du pays et en menant les efforts pour apporter de l'aide aux réfugiés. Ils ont fourni au monde un exemple inspirant d'humanité », ont déclaré MM. Lowcock et Lake, saluant les assurances données par les autorités de Dacca sur une coopération plus étroite.

Au cours de leurs visites dans les camps et zones d'installations des réfugiés, les deux responsables onusiens ont été impressionnés par les progrès réalisés en matière d'aide humanitaire. « Mais les besoins augmentent à un rythme plus rapide que notre capacité à y répondre », ont prévenu les responsables d'OCHA et de l'OIM.

« À moins que nous appuyions les efforts déployés par le gouvernement du Bangladesh pour fournir une aide immédiate au demi-million de personnes arrivées au cours du mois écoulé, beaucoup des personnes les plus vulnérables - les femmes, les enfants et les personnes âgées - vont mourir », a pour sa part alerté le chef de l'OIM.

Les chefs d'OCHA et de l'UNICEF ont également souligné que la réponse humanitaire fait face à de nombreux défis, tels que des accès limités aux sites dispersés, une population toujours en déplacement et un manque de terrain pour abriter des infrastructures. « Au-delà de ces obstacles, nous sommes confrontés à un besoin urgent de ressources qui nous permettront de continuer à faire progresser nos efforts », ont souligné MM. Lowcock et Lake.

Rakhine : « nous ne pouvons pas rester silencieux »

Pour le Directeur général de l'OIM, il ne peut y avoir de paix durable dans l'Etat de Rakhine, au Myanmar, sans développement inclusif. M. Swing a rappelé que les Nations Unies soutiennent les recommandations de la Commission consultative sur l'État de Rakhine créée par le Bureau du conseiller d'Etat de Myanmar et la Fondation Kofi Annan.

« Pendant des décennies, les musulmans de l'État de Rakhine, qui s'identifient comme Rohingyas, ont été victimes de persécutions et d'abus. Et, comme d'autres groupes à travers le monde, ils ont réagi avec l'une des rares réponses qui leur sont offertes : la fuite », a-t-il souligné.

Selon l'OIM, la crise des réfugiés rohingyas est la plus importante et la plus rapide depuis le génocide rwandais de 1994. « Si nous devons renverser cette situation, stabiliser la région et aider (les Rohingyas) à rentrer chez eux, nous ne pouvons pas rester silencieux », a dit le Directeur général.

A Genève, le Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et le Comité des droits de l'enfant (CRC) ont appelé mercredi les autorités du Myanmar à faire cesser immédiatement les violences dans le nord de l'État de Rakhine, à mener des enquêtes rapides et efficaces et à condamner vigoureusement les cas de violences perpétrées à l'égard des femmes et des enfants.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par le sort des femmes et des enfants rohingyas victimes de graves violations de leurs droits humains, dont des meurtres, des viols et des déplacements forcés », ont déclaré dans un communiqué les experts des deux Comités.

« De telles violations peuvent constituer des crimes contre l'humanité », ont prévenu les experts, se disant profondément préoccupés par l'échec des autorités du Myanamar à mettre fin à « ces violations choquantes des droits de l'homme commises à la demande des forces militaires et des autres forces de sécurité, et dont les femmes et les enfants continuent à être les premières victimes ».

Les deux Comités, l'OCHA, l'UNICEF et l'OIM ont appelé les autorités de Naypyidaw à permettre aux organisations humanitaires d'accéder à l'Etat de Rakhine.


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