En Afrique centrale, le bureau régional de l'ONU concentre son action sur la prévention

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale, François Louncény Fall, devant le Conseil de sécurité, en décembre 2016. Photo ONU

28 septembre 2017 – Alors que le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a fait de la prévention des conflits un élément central de son action, le Bureau régional des Nations Unies pour l'Afrique centrale (UNOCA) joue son rôle de bons offices auprès des pays de la région afin d'encourager des dialogue politiques inclusifs.

« Nous jouons pleinement notre rôle de bons offices dans la région. Nous avons hérité d'une situation post-électorale dans la plupart des pays. Il y a eu sept élections présidentielles l'année dernière dans la région. A l'exception de Sao Tomé et de la Centrafrique, toutes les autres élections ont créé des problèmes », explique le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afrique centrale et Chef de l'UNOCA, François Louncény Fall, dans un entretien à ONU Info.

« Aujourd'hui, avec l'entregent que nous menons auprès des différents Etats, nous essayons d'organiser des dialogues politiques pour préparer les élections législatives », a-t-il ajouté.

M. Fall a ainsi noté qu'au Tchad il y a un début de dialogue entre le Président Idriss Déby et l'opposition. « Egalement, au Gabon, il y a eu un dialogue politique, malheureusement qui n'était pas inclusif, mais il y a quand même eu un dialogue politique qui a essayé de prendre en compte certaines revendications de l'opposition », a-t-il ajouté. « Dans l'ensemble, par les bons offices que nous menons, les choses commencent à se mettre en place mais nous sommes encore très, très vigilants ».

S'agissant de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC), le Représentant spécial a rappelé que l'UNOCA a pour responsabilité de renforcer les institutions d'intégration de la CEEAC, « qui ne dispose pas d'un organe de prévention des conflits encore bien étoffé ».

« Nous avons fait un plan d'action avec la CEEAC qui couvre un certain nombre de domaines en vue de renforcer les capacités de cette organisation en matière de prévention », a-t-il expliqué. « Le Secrétaire général attache beaucoup de prix à la prévention et nous pensons que la CEEAC peut jouer le même rôle que la CEDEAO en Afrique de l'Ouest ».

C'est à ce titre que l'UNOCA a organisé récemment une rencontre entre la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la CEEAC à Abuja pour permettre à la CEEAC de tirer profit de l'expérience acquise par la CEDEAO en matière de prévention et de règlement des conflits.

VIDEO: Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale et Chef de l’UNOCA, François Louncény Fall, explique le rôle de bons offices que joue son bureau auprès des pays de la région. Crédit: Nations Unies

L'ONU soutient les efforts de dialogue au Cameroun

L'UNOCA joue un rôle de bons offices pour soutenir les efforts de dialogue au Cameroun concernant les tensions dans les régions anglophones. Le gouvernement avait pris des mesures pour couper l'accès à l'Internet, ce qui a eu des conséquences importantes sur les écoles, les banques et les affaires.

« Nous sommes intervenus. Nous avons offert nos bons offices, en rencontrant les deux côtés, les anglophones et aussi le gouvernement. Grâce à nos efforts, le gouvernement a rétabli Internet dans ces régions qui en avaient été privées depuis au moins quatre mois », a expliqué François Louncény Fall.

Le Chef de l'UNOCA a aussi obtenu, avec l'appui du Secrétaire général qui est intervenu personnellement, la libération de leaders anglophones qui étaient détenus. Selon lui, les revendications des anglophones sont fondées, même s'il y a des problèmes dans la partie anglophone, avec notamment « des extrémistes qui demandent la sécession et d'autres qui veulent le retour au fédéralisme ».

« Nous sommes pour l'unité du Cameroun mais ce que nous voulons c'est que l'on prenne en compte les revendications des anglophones qui sont tout à fait fondées et que le gouvernement continue dans son élan d'apaisement en libérant les derniers prisonniers pour que la vie reprenne, car jusqu'à présent les écoles sont fermées, les activités n'ont pas repris correctement et il y a encore une certaine incertitude qui se développe ces jours-ci », a expliqué M. Fall.

AUDIO: François Louncény Fall, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale était au micro d’ONU Info Crédit: ONU Info

Des progrès militaires face à Boko Haram

S'agissant du groupe terroriste Boko Haram qui sévit dans plusieurs pays d'Afrique centrale, le Représentant spécial a estimé que la Force multinationale « a accompli de grands progrès sur le terrain militaire de même que les quatre pays qui sont engagés sur le front, le Nigéria, le Niger, le Tchad et le Cameroun ».

« Mais nous assistons quand même à une multiplication d'attaques suicide, surtout dans le nord du Cameroun et aussi à un regain d'activités à la frontière entre le Nigéria et le Cameroun. Donc c'est encore le ventre mou des opérations », a-t-il ajouté.

Quant à la République centrafricaine, M. Fall a rappelé qu'il y avait une initiative africaine actuellement sur la table, que les Nations Unies soutiennent. Le rôle de l'UNOCA en tant que bureau régional est d'appuyer le Représentant spécial pour la Centrafrique. C'est à ce titre que l'UNOCA a négocié avec le gouvernement tchadien la possibilité de diffuser un peu les tensions entre la République centrafricaine et le Tchad par l'organisation de la Commission mixte de coopération entre les deux pays.

S'agissant de la menace posée par l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) en Afrique centrale, M. Fall a rappelé que le chef de cette rébellion, Joseph Kony, était toujours en liberté et que ses troupes étaient en activité, opérant au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo et en République centrafricaine. Selon lui, cela reste un sujet d'inquiétude. « Nous continuons à travailler pour que la LRA soit définitivement éradiquée », a-t-il expliqué.

Enfin s'agissant de la piraterie dans le golfe de Guinée, le Représentant spécial a noté qu'il y a eu une amélioration au point de vue institutionnel. Le Centre interrégional de Yaoundé est maintenant opérationnel, ainsi que les deux centres régionaux.

« Nous allons très prochainement accompagner une mission pour une levée de fonds afin de soutenir plus activement ces bureaux parce que nous considérons que la piraterie maritime devient une véritable menace pour toute la région du golfe de Guinée », a-t-il expliqué, ajoutant que l'ONU travaillait avec l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale pour mettre en place un dispositif militaire robuste qui puisse permettre de faire face à la piraterie.


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