Centrafrique : une experte de l'ONU dénonce les attaques à connotation religieuse

L’experte indépendante pour la situation des droits de l’homme en République centrafricaine (RCA), Marie-Thérèse Keita Bocoum. Photo: ONU/Jean-Marc Ferré

28 septembre 2017 – L'Experte indépendante sur la situation des droits de l'homme en République centrafricaine (RCA), Marie-Thérèse Keïta Bocoum, s'est déclaré inquiète jeudi devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève de la situation dans le pays qui a de nouveau connu « un seuil critique de violences » et de nombreuses attaques ayant pris une connotation religieuse.

Selon elle, en dehors de la capitale Bangui, qui bénéficie d'une sécurité relative, les groupes armés se sont affrontés dans des conflits violents, alimentés par la transhumance saisonnière et les opérations visant à prendre le contrôle de territoires riches en ressources.

« Un nouveau cycle de violence qui viserait principalement les communautés musulmanes notamment à Bangassou, Bria, Rafai et Zemio, avec la destruction de leurs maisons, leurs biens, les édifices religieux et l'obstruction délibérée de leur accès à l'eau, à la nourriture ou à la santé », a-t-elle indiqué. « Il y aurait eu aussi des discours haineux par des anti-Balaka dans certaines localités, rarement condamnés par les autorités locales ».

Cette insécurité qui épargne seulement la capitale centrafricaine fait qu'en dehors de Bangui, des groupes finissent par établir des structures administratives parallèles, s'arrogeant également les pouvoirs de la police et des autres institutions nationales.

À l'est du pays, Mme Keïta Bocoum a indiqué que si la sécurité a été renforcée à Bambari grâce à une forte présence de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), les attaques entre groupes armés dans et autour des localités de Bria et Bangassou ont fait de nombreuses victimes et ont pris une connotation dangereuse avec le ciblage des membres de certaines ethnies.

Les anti-Balaka ont également visé la Mission des Nations Unies, MINUSCA, dans cette région, l'attaque la plus violente ayant eu lieu le 13 mai à Bangassou, avant de s'en prendre à un quartier à majorité musulmane : il y a eu 115 personnes tuées et 64 blessées, 7.200 personnes déplacées et plus de 2.750 réfugiées en République démocratique du Congo. Un Casque bleu a aussi été tué et un autre blessé lors de la riposte contre l'assaut. « L'archevêque catholique de Bangassou abriterait en ce moment près de 2000 musulmans qui craignent la milice anti-Balaka », a indiqué Mme Keïta Bocoum.

Au sud-est, le départ des soldats déployés dans le cadre de la Force régionale de l'Union africaine pour l'élimination de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) a laissé un vide sécuritaire, a poursuivi l'Experte indépendante, précisant qu'au nord-ouest, la situation y a été marquée par les tentatives des groupes armés de faire main basse sur le bétail et par les nombreux abus commis par les anti-Balaka et le groupe armé 3R. Elle a ajouté que les groupes armés continuent de commettre des violations des droits de la population civile : exécutions arbitraires, atteintes à l'intégrité physique, violences sexuelles, arrestations et détentions arbitraires, ainsi qu'enlèvements.

De nouvelles vagues de violence qui aboutissent à une situation humanitaire de « désastreuse », avec près de la moitié de la population centrafricaine dépendant de l'assistance humanitaire alors que 600.000 personnes sont déplacées à l'intérieur près de 440.000 sont réfugiées à l'étranger.

En conclusion, Mme Keïta Bocoum a encouragé la communauté internationale à poursuivre ses efforts pour une paix juste et durable en République centrafricaine. Face à ce sombre tableau décrit, la délégation centrafricaine a reconnu avoir encore besoin de l'assistance technique de la part de la communauté internationale pour lutter contre l'impunité, d'autant que l'autorité de l'État n'est pas encore établie sur toute l'étendue du territoire.


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