Une « crise de l'apprentissage » risque de compromettre l'avenir de millions d'enfants, prévient la Banque mondiale

Un jeune garçon indique la lettre F, avec l’aide de son enseignant dans une école rurale au Népal. Photo: Aisha Faquir / Banque mondiale

27 septembre 2017 – Un nouveau rapport de la Banque mondiale souligne que des millions de jeunes élèves dans les pays à revenu faible et intermédiaire courent le risque de rater des opportunités et de percevoir de bas salaires plus tard dans la vie parce que leurs écoles primaires et secondaires ne parviennent pas à leur donner l'éducation dont ils ont besoin pour réussir.

Même après avoir passé plusieurs années sur les bancs de l'école, des millions d'enfants ne peuvent ni lire, ni écrire, ni effectuer des opérations de mathématiques élémentaires.

Mettant en garde contre une « crise de l'apprentissage » dans l'éducation mondiale, le 'Rapport sur le développement dans le monde 2018 : « Apprendre pour réaliser la promesse de l'éducation »' soutient que sans apprentissage, la scolarisation n'est pas seulement une occasion manquée, elle est également une grosse injustice pour les enfants et les jeunes du monde entier et ne permettra pas d'éliminer la pauvreté, ni de promouvoir une prospérité partagée pour tous.

« Cette crise de l'apprentissage est d'ordre moral et économique », a déclaré mardi le Président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim, dans un communiqué. « Lorsqu'elle est fournie de manière satisfaisante, l'éducation fait entrevoir la perspective d'un emploi, de meilleurs revenus et d'une existence en bonne santé et à l'abri de la pauvreté pour les jeunes », a-t-il dit. « Pour la communauté, elle stimule l'innovation, renforce les institutions et consolide la cohésion sociale ».

Mais ces bienfaits dépendent des connaissances acquises, « et sans apprentissage, la scolarisation est une occasion manquée », a prévenu M. Kim. « Pire encore, elle est une grosse injustice : les enfants les plus défavorisés de la société sont ceux qui ont le plus besoin d'une bonne éducation pour réussir dans la vie ».

Une crise de l'apprentissage qui accroit les inégalités

Pour la Banque mondiale, cette crise de l'apprentissage élargit les disparités sociales au lieu de les rétrécir. Les jeunes élèves déjà défavorisés par la pauvreté, les conflits, leur genre ou un handicap entrent dans la vie adulte sans avoir acquis ne seraient-ce que les compétences de base.

Le rapport recommande des mesures concrètes pour aider les pays en développement à résoudre cette crise de l'apprentissage en renforçant les évaluations des acquis scolaires ; en s'appuyant sur les données concernant ce qui marche et ce qui ne marche pas pour orienter les décisions dans le domaine de l'éducation ; et en impulsant une forte dynamique sociale dans le but de susciter une réforme visant à mettre l'objectif « d'apprentissage pour tous » au centre de l'éducation.

Bien que tous les pays en développement n'affichent pas des résultats aussi déprimants, beaucoup sont largement à la traine de ce qu'ils ambitionnent.

Des évaluations internationales de référence en matière de lecture, de calcul et d'écriture révèlent que les notes de l'élève moyen d'un pays pauvre sont inférieures à celles de 95 % des élèves de pays à revenu élevé — ce qui signifie qu'un tel élève serait admis à un programme de remise à niveau dans un pays à revenu élevé. De nombreux élèves affichant d'excellentes performances dans certains pays à revenu intermédiaire — garçons et filles se classant dans le quartile supérieur de leur cohorte — se retrouveraient dans le quartile inférieur des élèves d'un pays plus riche.

Le rapport pointe les éléments déterminants du déficit d'apprentissage en faisant ressortir non seulement les manifestations de la rupture entre l'enseignement et l'apprentissage dans un trop grand nombre d'établissements scolaires, mais aussi les facteurs politiques plus profonds qui font perdurer cette situation.

'Rechercher la vérité à partir des faits'

L'étude de la Banque mondiale révèle toutefois que lorsque « l'apprentissage pour tous » devient une priorité pour les pays et leurs dirigeants, on peut améliorer considérablement les normes en matière d'éducation.

À titre d'exemple, la Corée du Sud est parvenue en 1995 à une scolarisation universelle dans un système d'enseignement de qualité jusqu'au secondaire – ses jeunes étant classés au plus haut niveau par les évaluations internationales des performances scolaires – alors qu'elle était déchirée par la guerre et avait un très faible taux d'alphabétisation au début des années 50.

« Le seul moyen de faire des progrès est de 'rechercher la vérité à partir des faits' », a déclaré l'économiste en chef de la Banque mondiale, Paul Romer. « Si nous nous y employons, nous trouverons que les faits concernant l'éducation révèlent une triste réalité. Pour un trop grand nombre d'enfants, scolarisation n'est pas synonyme d'apprentissage ».

S'appuyant sur des données factuelles et des conseils recueillis durant des consultations approfondies menées dans 20 pays et associant gouvernements, organes de développement et de recherche et le secteur privé, le rapport énonce trois approches stratégiques : apprécier les acquis pour faire de l'apprentissage un objectif sérieux, mettre l'école au service de l'ensemble des apprenants et mobiliser tous ceux qui ont un intérêt dans l'apprentissage.


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