Myanmar : des enquêteurs de l'ONU demandent un accès « sans entrave »

Le vaste camp de Kutupalong continue de croître à mesure que de nouvelles tentes du HCR sont construites pour accueillir les centaines de milliers de Rohingya qui ont fui le Myanmar. Photo: HCR / Paula Bronstein

19 septembre 2017 – La Mission d'établissement des faits au Myanmar a plaidé, ce mardi à Genève, pour un accès complet et sans entrave au pays afin de mener une enquête indépendante sur les allégations de violations des droits des Rohingyas.

« Il est important pour nous de voir de nos propres yeux les endroits où ces violations présumées se sont produites et de parler directement avec les personnes affectées et avec les autorités », a déclaré le Président de la Mission, Marzuki Darusman, devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève. « Nous croyons fermement qu'il est dans l'intérêt du Myanmar et de ses citoyens » de coopérer avec la Mission.

Dans son premier discours devant le Conseil des droits de l'homme, M. Darusman a rappelé l'importance d'un accès sans entrave pour mener une enquête indépendante. « Les centaines de milliers de réfugiés, les communautés affectées et toutes les personnes victimes de violations des droits de l'homme méritent que les faits et les responsabilités soient clairement établis », a-t-il dit.

D'autant que sur le terrain, la situation s'est dégradée ces dernières semaines. La Mission a ainsi enquêté sur des allégations de violations des droits de l'homme commises lors d'attaques contre des postes de sécurité dans l'État de Rakhine et lors d'opérations de rétablissement de l'ordre par les autorités du Myanmar.

Parmi ces allégations, des tueries de masse, un usage excessif de la force, des actes de torture et mauvais traitements, des violences sexuelles, ainsi que la mise à feu et la destruction totale de villages.

La mission a été informée aussi du minage de la frontière avec le Bangladesh, avec pour effet de tuer et de mutiler les personnes qui tentent de fuir les violences, en particulier des enfants. M. Darusman a dénoncé une tentative de déshumaniser les Rohingyas, traités de vermine par la propagande. À cet égard, le Président de la mission a rappelé que, trop souvent, les discours de haine précèdent et accompagnent des atrocités de grande ampleur.

« Il est clair pour nous qu'il y a une grave crise humanitaire en cours qui nécessite une attention urgente », a ensuite affirmé M. Darusman. En moins d'un mois, plus de 400.000 personnes ont cherché refuge au Bangladesh.

« Il y a des rapports indiquant qu'environ 200 villages rohingyas situés dans la zone affectée ont été vidés », a-t-il ajouté. Une équipe vient d'être dépêchée en urgence au Bangladesh pour recueillir des témoignages et établir les faits, a annoncé M. Darusman, qui a appelé à une résolution très rapide de la crise et invité tous les acteurs impliqués dans la violence au nord de Rakhine à y mettre un terme et de respecter les normes internationales.

Dans ces conditions, le président de la Mission a appelé à une mise en œuvre rapide des recommandations de la commission internationale dirigée par l'ex-secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

Mais le Représentant permanent du Myanmar auprès du Conseil, Htin Lynn, a déclaré que créer une telle mission « n'était pas une mesure utile et qu'elle ne permettrait pas de résoudre la situation dans l'État de Rakhine ». « Depuis les attaques en octobre de l'année dernière, le gouvernement avait fait des efforts pour rétablir l'harmonie entre les deux communautés », a ajouté l'Ambassadeur Htin Lynn. Naypyidaw se dit prêt à accueillir à nouveau toutes les personnes ayant fui au Bangladesh, avec toutes les garanties de sécurité et d'accès à l'aide humanitaire.

Le Conseil des droits de l'homme avait décidé en mars dernier de dépêcher d'urgence une mission internationale indépendante pour établir les faits et les circonstances concernant les allégations de violations des droits de l'homme par des membres de l'armée et des forces de sécurité au Myanmar et, en particulier, dans l'État de Rakhine. A cet égard, les enquêteurs de l'ONU, qui doivent présenter leur rapport final en mars 2018, ont demandé au Conseil de prolonger leur mandat jusqu'en septembre 2018.

Le HCR intensifie ses opérations

De son côté, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué qu'elle intensifiait ses opérations en raison de nouvelles arrivées de réfugiés rohingyas au sud-est du Bangladesh et de l'inquiétude suscitée par les conditions difficiles dans lesquelles vivent les milliers de personnes ayant fui l'Etat de Rakhine.

« Ce week-end et hier, notre travail a essentiellement consisté à aménager le nouveau Site Extension près du camp de Kutupalong, non loin de Cox's Bazar, où, dimanche et lundi, nous avons commencé à transférer, dans des tentes familiales et des abris communautaires temporaires, des personnes récemment arrivées », a expliqué une porte-parole du HCR, Duniya Aslam Khan, lors d'un point de presse à Genève.

« Le HCR et les autorités travaillent avec des partenaires pour veiller à ce que tous les réfugiés nouvellement arrivés aient de la nourriture, y compris ceux ayant été transférés dans des abris d'urgence », a-t-elle ajouté, précisant qu'avec environ 415.000 réfugiés arrivés depuis la fin du mois d'août, les défis humanitaires sont aujourd'hui immenses.


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