Rakhine : l'ONU appelle à apporter une aide vitale aux 125.000 personnes qui ont fui le Myanmar vers le Bangladesh

Sous la pluie et dans la boue, des réfugiés rohingyas arrivent au camp de Kutupalong au Bangladesh après des jours de marche à pied. Photo: HCR / Vivian Tan

5 septembre 2017 – Préoccupé par la situation sécuritaire, humanitaire et des droits de l'homme au Rakhine, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a jugé essentiel de donner aux musulmans de cet État du Myanmar soit la nationalité, soit, du moins pour l'instant, un statut juridique.

« Nous sommes tous conscients d'une longue histoire de discrimination, de désespoir et d'extrême pauvreté dans cet État », a déclaré le Secrétaire général lors d'un point de presse mardi à New York.

« J'ai condamné les récentes attaques de l'Armée du salut rohingya de l'Arakan », a dit M. Guterres. « Mais maintenant, nous recevons des rapports constants de violence menés par les forces de sécurité de Myanmar, y compris des attaques indiscriminées », a-t-il ajouté, considérant que ces violences augmenteront encore davantage la radicalisation.

Pour le chef de l'ONU, les griefs et le sort non résolu des Rohingyas ont duré trop longtemps et constituent un facteur indéniable de déstabilisation régionale.

« J'ai écrit officiellement au Président du Conseil de sécurité pour exprimer mes préoccupations et proposer diverses mesures pour mettre un terme à la violence et traiter les causes sous-jacentes de la crise », a dit à la presse M. Guterres, considérant que la communauté internationale doit entreprendre des efforts concertés pour prévenir toute nouvelle escalade et chercher une solution holistique.

« Les autorités du Myanmar doivent prendre des mesures déterminées pour mettre un terme à ce cercle vicieux de violence et assurer la sécurité et l'assistance à tous ceux qui en ont besoin », a dit le Secrétaire général, les exhortant à assurer un accès humanitaire sans entrave aux opérations de secours.

« Dans le même temps, il n'est plus possible de retarder un plan d'action efficace pour traiter les causes profondes de la crise », a estimé M. Guterres. « Les recommandations du rapport de la Commission consultative sur Rakhine dirigée par mon prédécesseur, Kofi Annan, et que le gouvernement a indiqué accepter, doivent être pleinement mises en œuvre », a-t-il dit.

Réfugiés rohingyas au Bangladesh : le HCR et l'OIM soulignent qu'une aide vitale est nécessaire

Le Secrétaire général a été rejoint par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) qui s'est dit mardi préoccupé par des informations selon lesquelles des civils auraient péri durant leur fuite en quête de sécurité.

« Les personnes ayant réussi à rejoindre le Bangladesh sont dans un mauvais état de santé », a déclaré une porte-parole du HCR, Duniya Aslam Khan, lors d'un point de presse à Genève. « La plupart ont marché pendant des jours depuis leurs villages – en se cachant dans la jungle et en franchissant des montagnes et des rivières avec ce qu'ils avaient pu emporter de chez eux. Ils sont affamés, affaiblis et malades ».

« Le HCR estime urgent de lutter contre les causes profondes de la récente vague de violences, afin que les gens ne soient plus forcés de fuir et qu'ils puissent rentrer chez eux en toute sécurité et dans la dignité », a dit la porte-parole.

Les camps de Kutupalong et Nayapara ont atteint leur point de saturation

Selon les estimations rapportées par le HCR, 123.000 réfugiés sont arrivés au Bangladesh depuis l'éruption le mois dernier des violences dans l'Etat Rakhine.

Les nouveaux arrivants sont dispersés dans différentes localités au sud-est du Bangladesh. Selon les estimations, plus de 30.000 Rohingyas auraient trouvé refuge dans les camps de réfugiés existants de Kutupalong et Nayapara.

« Beaucoup d'autres vivent dans des sites de fortune et des villages locaux », a dit Mme Aslam Khan, précisant que le HCR a distribué lundi quelques vêtements, bâches en plastique et articles de secours par l'intermédiaire d'une ONG partenaire.

Le Secrétaire général a exprimé sa reconnaissance aux autorités du Bangladesh pour leur décision de permettre aux réfugiés d'entrer dans le pays et les encouragé à répondre aux besoins des nouveaux arrivants.

« Le HCR comprend les défis auxquels est confronté le Bangladesh et continue de fournir un appui pour assurer un passage sûr aux personnes qui fuient la violence », a déclaré la porte-parole de l'agence onusienne, tout en soulignant que l'enregistrement et la délivrance de documents aux nouveaux arrivants permettraient aussi aux organisations humanitaires de traiter les cas par ordre de priorité ainsi que de fournir un soutien et une assistance indispensables.

Compte tenu des arrivées quotidiennes de centaines de nouveaux réfugiés, les camps de Kutupalong et Nayapara ont atteint leur point de saturation. Les nouveaux arrivants sont accueillis par des familles réfugiées et dans des écoles pour réfugiés, des centres communautaires, des écoles coraniques et des structures couvertes.

« La coordination avec les autorités est cruciale »

Le HCR coopère avec les autorités locales et ses partenaires pour distribuer des articles de secours tels que vêtements, bâches en plastique pour abris et nattes de couchage. Les ONG partenaires et les réfugiés bénévoles renforcent les systèmes d'orientation pour que les nouveaux arrivants sachent où ils peuvent obtenir des services et une assistance essentiels.

« Nous identifions également les personnes vulnérables, notamment les enfants non accompagnés qui ont besoin de soins et d'une protection supplémentaires », a dit Mme Aslam Khan.

Le HCR estime que des abris d'urgence et des terrains supplémentaires sont indispensables pour faire face aux nouvelles arrivées de réfugiés. « La coordination avec les autorités est cruciale pour veiller à ce que l'aide vitale atteigne ceux qui en ont le plus besoin », a précisé la porte-parole.

18 millions de dollars nécessaires pour assurer l'aide aux nouveaux arrivants

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a déclaré mardi que l'aide humanitaire dans la localité de Cox's Bazar, au Bangladesh, doit être accrue d'urgence, alors que des dizaines de milliers de ressortissants de Myanmar nouvellement arrivés continuent d'errer dans des campements de fortune à la recherche d'aide.

L'OIM et les agences partenaires qui opèrent dans ce district qui borde le Myanmar ont besoin d'un financement immédiat de 18 millions de dollars au cours des trois prochains mois pour permettre d'élargir les secours aux nouveaux arrivants.

Alors que des milliers de personnes arrivent tous les jours, à la recherche d'espaces pour s'établir, l'OIM voient des signes évidents selon lesquels plus de gens continueront de traverser la frontière avant que la situation ne se stabilise. La plupart des personnes qui traversent la frontière sont des femmes, des enfants et des personnes âgées, dont beaucoup sont vulnérables et n'ont pas la capacité de prendre soin d'elles-mêmes.

« Les nouveaux arrivants mettent énormément de pression sur les structures de soutien existantes. Celles-ci doivent être immédiatement élargis pour s'assurer que les vies ne soient pas menacées », a déclaré le chef de mission de l'OIM à au Bangladesh, Sarat Dash.

« Nous manquons de place dans les établissements existants et les nouveaux arrivants sont en train de planter partout où ils peuvent ériger des bâches en plastique pour se protéger des éléments. Ils ont une compréhension très limitée des services disponibles », a dit M Dash. « Nous devons examiner d'urgence leurs besoins d'hébergement et nous assurer que les gens aient des espaces sûrs pour rester », a-t-il ajouté.


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