Devant le Conseil de sécurité, l'ONU dénonce la « triple tragédie » qui frappe le Yémen

Une femme déplacée et sa fille regarde la ville de Sanaa, au Yémen, du toit d’un bâtiment endommagé. Photo Giles Clarke/OCHA

18 août 2017 – Deux hauts responsables des Nations Unies ont présenté vendredi au Conseil de sécurité leurs propositions pour mettre fin à la « triple tragédie » de la famine, de l'épidémie de choléra et du « choléra politique » qui frappent le Yémen.

Soulignant que ces trois maux entravent la voie vers la paix au Yémen, ces deux responsables ont notamment exigé le retour à la table des négociations des parties au conflit.

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, Stephen O'Brien, a indiqué que près de sept millions de personnes étaient menacés de famine et 16 millions étaient privées d'accès à l'eau potable ou à l'assainissement. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 500.000 cas de choléra auraient été recensés au Yémen.

Mettant en garde contre un « brouillard statistique », le Coordonnateur des secours d'urgence a rappelé que ces chiffres représentaient « des visages humains et d'énormes souffrances ». Il a en particulier dénoncé la brutalité des méthodes de guerre. « Même les guerres obéissent à des règles, ou du moins elles le devraient ».

M. O'Brien a rappelé que seule la coalition dirigée par l'Arabie saoudite avait les moyens aériens pour mener des frappes comme celles qui ont tué au moins douze civils à Sanaa au début du mois.

« Les parties au conflit continuent d'empêcher les importations de produits de base et de médicaments, alors que le pays doit importer 90 % de ces derniers », a-t-il accusé. Il a en outre déploré que le mécanisme de vérification et d'inspection des Nations Unies mis en place en juin 2016 pour faciliter l'importation de produits commerciaux essentiels soit contourné par le gouvernement et la coalition.

La fermeture de l'aéroport de Sanaa empêche toujours des milliers de Yéménites de se rendre à l'étranger, a continué le Secrétaire général adjoint, qui y a vu là « les manœuvres pernicieuses » des autorités locales appuyées par les parties au conflit.

Le chef de l'humanitaire de l'ONU a en conséquence demandé la réouverture de l'aéroport et du port d'Hodeïda, le déploiement du personnel humanitaire dans les zones où les besoins sont les plus grands – « dans le nord du pays » - et la fin du détournement de l'aide.

M. O'Brien a ensuite présenté les résultats obtenus grâce aux efforts humanitaires, rappelant que quelque 120 partenaires étaient parvenus à aider 5,9 millions de personnes cette année. Il a notamment rappelé que 222 centres de traitement du choléra et 926 points de réhydratation orales avaient pu être installés pour répondre à l'épidémie de choléra.

Le Coordonnateur des secours d'urgence a néanmoins fait observer que le plan d'aide humanitaire pour le pays n'avait recueilli à ce jour que 39 % des 2,3 milliards de dollars demandés. Les fonds doivent être fournis maintenant, a insisté le Secrétaire général adjoint, qui a affirmé que les prévisions de besoins n'étaient en aucun cas « gonflées », ajoutant que, même si le conflit cessait à cet instant, les fonds demandés resteraient nécessaires.

M. O'Brien a apporté son soutien à l'appel du Haut-Commissaire aux droits de l'homme (HCDH) en faveur de la création d'un mécanisme international indépendant d'enquête. « Les parties au conflit savent fort bien qui commet toutes les atrocités aujourd'hui au Yémen ».

« De nombreux marchands de guerre au Yémen ne veulent pas la paix »

S'exprimant par visioconférence depuis Amman, en Jordanie, l'Envoyé spécial du Secrétaire général au Yémen, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a exhorté les parties à assurer le flux continu de l'aide humanitaire, le paiement des salaires des fonctionnaires et le contrôle de la contrebande d'armes.

« Cette proposition vise à assurer le fonctionnement sûr et ininterrompu du port d'Hodeïda, qui est actuellement une artère clef pour l'ensemble de l'économie yéménite », a-t-il expliqué. M. Ould Cheikh Ahmed a précisé que cette proposition comprend un plan pratique pour remettre le contrôle du port à un comité de personnalités issues des secteurs économique et sécuritaire du Yémen, sous la supervision de l'ONU.

Se voulant optimiste, l'Envoyé spécial a noté qu'il existait encore un consensus pour parvenir à une solution politique et soutenir le processus de paix parrainé par l'ONU.

La voie vers la paix au Yémen est clairement dessinée et nous avons en main les propositions idoines pour restaurer la confiance entre les parties, a déclaré M. Ould Cheikh Ahmed. Il a précisé que l'élément manquant pour l'heure était la claire intention des parties de mettre fin à la guerre. « Ce n'est un mystère pour personne que de nombreux marchands de guerre au Yémen ne veulent pas la paix ».


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