La force conjointe des cinq pays du Sahel peut contribuer à la stabilisation de la région, selon l'ONU

Le Conseil de sécurité de l’ONU. (archives). Photo ONU/Rick Bajornas

15 août 2017 – Le Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux opérations de paix, El-Ghassim Wane, appelé mardi le Conseil de sécurité à saisir l'occasion unique qu'offre la mise sur pied de la Force conjointe du G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie) pour répondre aux défis de cette région d'Afrique.

A travers une approche régionale,cette Force conjointe peut apporter une contribution significative à la stabilisation du Sahel, en synergie avec d'autres initiatives, a-t-il affirmé lors d'une réunion du Conseil consacrée à la paix et à la sécurité en Afrique. Mais, pour réussir, il faudra traiter simultanément des autres causes de l'instabilité au Mali et dans toute la région, a-t-il ajouté.

Cette séance du Conseil intervenait à la suite de l'adoption, le 21 juin, d'une résolution par laquelle le Conseil disait « se féliciter du déploiement de la Force conjointe sur l'ensemble du territoire des pays qui y participent » et demandait au Secrétaire général de l'ONU de lui présenter dans les deux mois un rapport oral sur les activités de la Force. Un rapport écrit est en outre prévu pour octobre, date à laquelle le Conseil a décidé de « réexaminer le déploiement » de la Force conjointe.

La réunion s'est tenue dans une période critique pour le Sahel au lendemain d'un attentat perpétré à Ouagadougou, au Burkina Faso, et de deux autres attaques terroristes au Mali contre des contingents de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Les membres du Conseil ont présenté leurs condoléances aux familles des victimes et aux pays affectés et plusieurs d'entre eux ont pu, comme M. Wane, y voir une illustration du caractère transfrontalier des enjeux de sécurité au Sahel, qu'il s'agisse de terrorisme, d'extrémisme violent, ou encore de criminalité organisée, laquelle leur est étroitement liée.

Il est urgent de trouver des solutions, a averti le Sous-Secrétaire général, qui a expliqué que, du fait de l'insécurité, l'État malien était de moins en moins présent dans le nord du pays. Or, confrontées au chômage et à la pauvreté chronique, les populations, les jeunes surtout, peuvent facilement devenir des proies pour les groupes criminels ou terroristes.

M. Wane a rendu hommage aux efforts des États membres de la Force conjointe du G5 Sahel et a mis en avant les progrès réalisés dans l'opérationnalisation de la Force.

Il a toutefois fait observer que divers défis restaient à relever : le financement, les capacités et l'équipement de la Force, mais aussi son articulation avec les autres structures militaires déjà présentes - MINUSMA, forces armées maliennes, opération française Barkhane -, les règles d'engagement et le respect du droit international humanitaire et des droits de l'homme, mais aussi « le cadre politique global » dans lequel elle doit évoluer, y compris au regard de l'architecture de paix et de sécurité de l'Union africaine et des accords de paix au Mali, qui doit être « mieux défini ».

Face aux inquiétudes exprimées notamment par les représentants du Japon, de l'Italie ou des États-Unis à propos de la coordination, le représentant du Mali s'est voulu rassurant. Le déploiement de la Force « ne remettra en question ni l'action des forces nationales des États membres, ni, non plus, la présence des forces partenaires », a-t-il affirmé, présentant celle-ci comme « un cadre de coordination et de complémentarité des efforts conjoints, afin d'en démultiplier l'impact ».

En revanche, le représentant malien a présenté comme un défi la « mobilisation du financement intégral » de la Force, estimé à 423 millions d'euros, dont seuls 25% environ sont actuellement promis. De nombreux membres du Conseil ont abordé la question, notamment les trois États africains - Égypte, Sénégal et Éthiopie – qui ont tous insisté sur la « responsabilité morale et politique » de la communauté internationale.

Toutefois, comme l'a fait observer M. Wane, la résolution 2359 (2017) impose aux États du G5 Sahel la responsabilité principale de donner à la Force les ressources dont elle a besoin.

Mais il ne saurait y avoir de solution seulement militaire. Il faut aussi s'attaquer au déficit de gouvernance, à la pauvreté chronique et au chômage, au changement climatique et au financement du développement, a insisté M. Wane, appuyé par plusieurs membres du Conseil, qui ont souhaité une relance de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.

Enfin, si M. Wane a tenu à rappeler la primauté du politique, en demandant en particulier que les activités de la Force conjointe soient alignées sur le processus de paix malien et les autres initiatives régionales.


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