Au Yémen, chaque jour qui passe est un jour perdu pour s'attaquer aux problèmes urgents de développement (PNUD)

Un patient atteint apparemment du choléra arrive à l’hôpital Al Joumhouri à Sanaa, au Yémen. Photo Giles Clarke pour OCHA

1 août 2017 – Alors que le Yémen est entré dans la troisième année du conflit, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a qualifié de « très sombre » la situation pour les civils qui subissent de plein fouet les difficultés.

« Il s'agit de la pire crise alimentaire et de la pire épidémie de choléra dans le monde », a rappelé mardi le Directeur du PNUD pour le Yémen, Auke Lootsma, lors d'une visioconférence de presse organisée depuis Sanaa.

Vingt millions de Yéménites (70% de la population) ont aujourd'hui besoin d'assistance humanitaire et le nombre de victimes civiles de cette « crise oubliée » continue d'augmenter.

« Malgré les efforts infatigables de l'Envoyé spécial du Secrétaire général, nous ne voyons pas la fin (de ce conflit) », a reconnu M. Lootsma. « Il est clair que la seule solution au conflit est une solution politique », a-t-il ajouté, renouvelant l'appel de l'ONU à toutes les parties à faciliter l'accès humanitaire aux zones affectées par le conflit.

Sur le terrain, le PNUD travaille avec les entités nationales pour retirer les mines et autres engins explosifs dispersés dans le pays. « En 2012, le Yémen était sur le point de se déclarer libéré des mines jusqu'à ce que le conflit éclate. Tout est à recommencer de zéro », a déploré M. Lootsma.

Un pays au bord de la famine

Au Yémen, sept millions de personnes sont sur le point de basculer dans un état de famine. « 16% de la population ne savent pas d'où viendra leur prochain repas et en même temps les maladies causent davantage de malnutrition », a indiqué le responsable du PNUD.

Près de deux millions d'enfants yéménites souffrent de malnutrition aigüe. « La malnutrition rend les enfants plus vulnérables au choléra et les maladies causent la malnutrition. C'est une combinaison mortelle », a dit M. Lootsma.

La crise alimentaire que traverse le Yémen est le fait des hommes. Elle n'est pas seulement la conséquence de décennies de pauvreté mais aussi le résultat de tactiques de guerre et d'étranglement économique, a souligné le responsable du PNUD.

« 90% de l'alimentation au Yémen est importée », a déclaré M. Lootsma, précisant que les importations sont actuellement faibles en raison des défis financiers d'accès aux lignes de crédits, au problème des banques et l'épuisement des réserves de devises étrangères.

Dans un pays où les vols commerciaux ont cessé depuis l'année dernière, beaucoup d'entreprises se sont effondrées. La distribution alimentaire via la chaîne d'approvisionnement a par ailleurs été interrompue en raison de capacités logistiques sévèrement endommagées. « Même si de la nourriture est disponible sur les marchés, elle est financièrement hors de prix pour beaucoup des familles pauvres », a dit le responsable du PNUD.

L'absence de soins, d'eau et d'assainissement a contribué à la poussée de choléra

M. Lootsma a rappelé que 400.000 cas suspects de choléra ont été enregistrés ces quatre derniers mois au Yémen et que 1.900 personnes sont décédées en raison de l'épidémie.

« Si elle n'est pas nouvelle, la poussée du choléra est due à l'effondrement du secteur de la santé, de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement en raison des absences de salaires et des infrastructures endommagées », a précisé le responsable du PNUD.

La moitié des installations de santé du pays ne fonctionnent pas car elles sont partiellement ou entièrement endommagées. « Les docteurs et les infirmières ne viennent pas au travail car ils ne sont pas payés et vont chercher des revenus ailleurs », a dit M. Lootsma.

Depuis septembre 2016, 1,2 million de fonctionnaires yéménites n'ont pas été payés. Le PNUD estime crucial de rémunérer les fonctionnaires travaillant notamment dans le secteur de la santé et de l'éducation. « La fermeture des écoles aura des conséquences à long terme sur l'éducation des enfants », a prévenu M. Lootsma.

Partout dans le pays, les déchets s'accumulent et les installations de traitement de l'eau ne fonctionnent que partiellement par manque d'argent pour alimenter les générateurs en carburant.

« La guerre a tout simplement aggravé la situation »

Le Yémen était historiquement déjà considéré comme le pays arabe le plus pauvre, frappé par la corruption, avec une gouvernance faible et disposant de très peu d'infrastructures. Avant le conflit, les Yéménites vivaient déjà sous le seuil de pauvreté. « La guerre a tout simplement aggravé la situation ».

En partenariat avec la Banque mondiale, le PNUD s'efforce de préserver les capacités d'institutions clés du pays en appuyant des activités de subsistances pour les familles pauvres avec un programme 'Travail contre argent liquide' afin de redémarrer les activités agricoles et réparer infrastructures tels que les égoûts et les réservoirs d'eaux.

Le PNUD a appelé la communauté internationale à redoubler d'efforts pour soutenir le peuple yéménite. Le Plan de réponse humanitaire d'un montant de 2,1 milliards de dollars n'est à ce jour financé qu'à hauteur de 45%.


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