Iraq : l'envoyé de l'ONU avertit que de multiples défis restent à relever après la libération de Mossoul

Dans l’est de la ville de Mossoul, 4.000 travailleurs aident à nettoyer la ville. Photo: PNUD / Ahmed Swadi

17 juillet 2017 – La libération historique de Mossoul ne doit pas faire oublier les multiples défis qui restent à relever en Iraq, notamment la réconciliation nationale et sociétale, a averti lundi le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Iraq et chef de la Mission d'assistance des Nations Unies pour l'Iraq (MANUI), Jan Kubis.

Lors d'un exposé devant les membres du Conseil, M. Kubis s'est en particulier inquiété des représailles exercées par la population contre des familles perçues comme ayant soutenu Daech, des retards dans le processus électoral et de l'intention du président de la région du Kurdistan d'organiser cet automne un référendum sur l'indépendance.

S'agissant de la libération de Mossoul par les forces de sécurité iraquiennes, annoncée officiellement le 10 juillet par le Premier ministre iraquien Abadi, le Représentant spécial a rappelé que des territoires sont encore à reconquérir sur Daech dans plusieurs gouvernorats du pays.

La défaite finale de Daech ne pourra être obtenue que par des solutions inclusives et à long terme, a poursuivi M. Kubis. L'autorité de l'État doit être rétablie et des réformes entreprises pour garantir l'état de droit, la bonne gouvernance, une justice équitable et la redevabilité, y compris dans les provinces du sud du pays. Le gouvernement devra faire tout son possible pour rétablir la sécurité et permettre à ses ressortissants de vivre dans la dignité, a-t-il averti.

À cet égard, M. Kubis s'est montré particulièrement préoccupé par la volonté croissante de la population d'imposer des sanctions collectives aux familles perçues comme associées à Daech. Ces familles sont en effet de plus en plus souvent expulsées et soumises à diverses formes de vengeance.

La MANUI, dont le Conseil a vendredi prorogé pour un an le mandat dans les mêmes termes qu'auparavant, a d'ailleurs demandé au Premier ministre de prendre des mesures urgentes pour maintenir l'ordre et éviter les expulsions, a expliqué le Représentant spécial.

Pour assurer cette réconciliation, l'Iraq va devoir continuer de bénéficier d'un appui international de fond. L'assistance actuelle ne pourra pas s'achever avec la fin de la campagne militaire, a averti M. Kubis, qui s'est dit encouragé par la volonté affichée en ce sens par les pays voisins de l'Iraq lorsque le Premier ministre Abadi s'est rendu, en juin, en Arabie saoudite, en Iran et au Koweït.

M. Kubis a également appelé à lutter contre le sectarisme, qui ne peut que causer des destructions et rendre les pays vulnérables aux influences extérieures. Tous ceux qui occupent des positions de pouvoir doivent considérer l'ensemble des Iraquiens comme des citoyens égaux en droits et en devoirs. C'est à cette condition que la confiance de la population envers les institutions du pays sera rétablie.

Le Représentant spécial a en particulier recommandé des négociations d'urgence entre le gouvernement fédéral et celui de la région du Kurdistan iraquien. Il a rappelé le contexte dans lequel le Président de la région, M. Massoud Barzani, entend mener un référendum le 25 septembre pour trancher une question relative à l'indépendance non seulement de la région, mais aussi de tous les territoires dits contestés, à population majoritairement kurde mais qui ne font pas partie de la région du Kurdistan dans ses limites administratives actuelles.

Autre sujet d'inquiétude pour le Représentant spécial : le processus électoral national, complexe, dont les échéances approchent. M. Kubis a ainsi noté l'annonce faite par la Haute Commission électorale indépendante, le 21 juin, qu'elle ne serait pas en mesure d'organiser les élections des conseils de gouvernorat à la date prévue du 16 septembre. Il faut tout faire pour que les élections au Conseil des représentants se tiennent au plus tard en mai 2018, comme prévu par la Constitution, a déclaré M. Kubis.

Sur le plan humanitaire, le Représentant spécial a estimé que le nombre des personnes déplacées depuis le début des opérations militaires en octobre s'approchait du million, tout en relevant que le rythme des déplacements s'était ralenti.

Enfin, il a rappelé qu'une des priorités de la MANUI avait été la reddition des comptes pour les multiples exactions commises pendant le conflit. La MANUI, a expliqué M. Kubis, s'attache à ce que les tribunaux nationaux aient compétence pour juger les auteurs des crimes internationaux commis, afin de compléter les initiatives prises au plan international pour rassembler les preuves des crimes les plus graves commis par Daech.

Comme la lutte contre le groupe terroriste approche de sa fin, la MANUI va réorienter son action dans ce domaine et se concentrer sur les violences sexuelles commises, avec une priorité accordée à la réintégration des victimes survivantes.


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