RCA : une ex-responsable de l'ONU appelle à rester constamment vigilant face à l'exploitation et aux abus sexuels

Diane Corner visite la ville de Kaga Bandoro en 2014 accompagnée du Commandant de la Force de la MINUSCA, le Général Martin Chomu Tumenta, et le Commandant du secteur Centre, le Général Mohamed Amin. Photo: MINUSCA

6 juillet 2017 – Bien qu'un certain nombre de mesures aient été prises pour lutter contre le fléau de l'exploitation et des abus sexuels, la vigilance doit rester de mise pour s'assurer que le personnel servant sous le drapeau onusien en République centrafricaine (RCA) ne cause pas de préjudice dans l'exercice de leurs fonctions.

Tel est le message qu'a voulu transmettre Diane Corner alors qu'elle vient de terminer sa mission en qualité de Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général en Centrafrique.

« Chaque jour, à chaque étape, chaque fois que nous mettons en place une nouvelle mission, chaque fois que vous déployez un nouveau contingent, vous devez mettre en place les mesures qui élimineront l'exploitation et les abus sexuels. Et nous devons continuer à le faire », a déclaré Mme Corner dans un entretien accordé à ONU info à la fin de sa mission en Centrafrique.

Les dernières années ont été particulièrement difficiles pour la RCA, un pays de 4,5 millions de personnes qui a plongé dans une guerre civile en 2013. Selon les Nations Unies, plus de la moitié de la population a grandement besoin d'aide. Malgré des progrès significatifs et des élections réussies, la Centrafrique reste en proie à une instabilité et à des troubles sporadiques.

Déployée en RCA depuis avril 2014 afin de protéger les civils, soutenir le processus de transition et faciliter l'assistance humanitaire, la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations Unies en Centrafrique (MINUSCA) a été amenée à traiter de nombreuses allégations d'exploitation et d'abus sexuels commis par son personnel.

« Ce fut un choc énorme pour la Mission », a déclaré Mme Corner qui fut pendant 3 ans Chef adjoint de la MINUSCA, ajoutant que cela « a vraiment bouleversé» la façon dont l'opération de maintien de la paix aborde ce problème.

« J'ai insisté pour que nous soyons transparents. J'ai insisté que nous devions essayer d'adopter une approche centrée sur la victime. Je dis 'essayer' parce que, dans un pays comme la République centrafricaine, il n'y a pas beaucoup d'appuis à disposition des personnes dans le besoin. Donc, vous devez faire de votre mieux pour utiliser les services disponibles et maximiser cela ».

Suite aux allégations survenues en RCA, ainsi que dans d'autres missions, l'ONU a pris un certain nombre de mesures pour prévenir de tels abus, répondre rapidement et efficacement aux allégations qui se révèlent, protéger et soutenir les victimes et exiger une impunité zéro. Les Nations Unies ont également rappelé que dans les cas impliquant du personnel en uniforme, la responsabilité est partagée et requiert des mesures de la part des États membres.

Mme Corner a noté que ce qui s'est passé en RCA a incité le système des Nations Unies dans son ensemble à résoudre le problème de l'exploitation et des abus sexuels de manière « complètement différente » maintenant. « Les risques que cela se produise de nouveau sont réduites, mais je pense que nous devons être constamment vigilants », a souligné Mme Corner. « Nous ne pouvons jamais rien prendre pour acquis ».

Intégrer la perspective des femmes dans la recherche de la paix et de la sécurité

Mme Corner a également souligné que la présence de femmes à des postes de direction à l'ONU faisait une « grande différence ».

« Évidemment, vous voyez les choses différemment », a-t-elle noté. « Ce n'est pas dire qu'il n'y a pas eu d'hommes qui ont été des champions fantastiques de la lutte contre l'exploitation et les abus sexuels, nous en avons eu aussi dans notre mission ».

« Je pense que les femmes ont une meilleure compréhension de ce que cela signifie pour les victimes et ont peut-être une meilleure idée de la façon d'avoir une réponse plus holistique afin de s'assurer que nous prenons vraiment cela au sérieux et que nous faisons tout ce que nous pouvons », a souligné Mme Corner.

L'ancienne Représentante spéciale adjointe a ajouté que les protagonistes de ces violences et les combattants sont souvent des hommes, alors que les femmes sont celles qui souffrent. « Nous avons vu en RCA par exemple, qu'entre les communautés, quand il y a des problèmes, quand il y a des tensions, ce sont souvent les femmes qui reviennent à nouveau et qui recréent les liens entre les communautés ».

« Et je pense que les femmes prennent une vision à plus long terme parce qu'elles pensent à la génération à venir, à leurs enfants, et donc elles s'investiront vraiment en essayant de faire en sorte que la paix soit rétablie, qu'elles puissent s'occuper de leurs familles », a-t-elle déclaré. « Je pense simplement qu'elles peuvent être une force très puissante pour le bien ».

Mme Corner a ajouté que l'importance de MINUSCA ne pouvait pas être surestimée. « En RCA, si MINUSCA n'était pas là, vous auriez eu un génocide », a-t-elle rappelé. « Dans mon esprit, il ne fait aucun doute que nous avons sauvé des dizaines de milliers de vies en RCA».


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