Le chef des droits de l'homme de l'ONU exhorte les Etats à lutter contre les crimes motivés par la haine

Des étudiants regardent un spectacle sur la discrimination réalisé par leurs camarades à l’école Barros Barreto, à Salvador, au Brésil. Photo UNICEF/Claudio Versiani

20 mars 2017 – A la veille de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a exhorté les Etats à redoubler d'efforts pour lutter contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie, et les discours et crimes motivés par la haine.

« Les personnes d'ascendance africaine continuent d'être victimes de racisme et de crimes racistes motivés par la haine, dans tous les domaines de la vie. L'antisémitisme s'affiche aux États-Unis, en Europe, au Moyen-Orient et ailleurs. Dans certains pays, les femmes musulmanes qui portent le foulard se heurtent toujours davantage à la violence verbale et même physique. En Amérique latine, les populations autochtones restent en proie à la stigmatisation, y compris dans les médias », a dénoncé M. Zeid dans une déclaration à la presse.

« Les dangers de la diabolisation de certains groupes sont visibles à travers le monde. Une nouvelle flambée d'émeutes xénophobes et de violence à l'encontre des immigrés a récemment frappé l'Afrique du Sud. Le Soudan du Sud, sous l'effet de la polarisation ethnique, alimentée par la haine, est au bord de la guerre ethnique. Au Myanmar, la communauté musulmane Rohingya, longtemps perçue à tort comme un groupe 'd'immigrés en situation irrégulière', a souffert d'effroyables abus », a-t-il ajouté.

Le chef du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a noté également que les statistiques du gouvernement britannique ont révélé une forte augmentation des crimes de haine signalés dans les semaines qui ont suivi le référendum du 23 juin 2016 sur l'adhésion à l'Union européenne, qui faisait la part belle à l'immigration.

Aux Etats-Unis, les chiffres du FBI ont indiqué une hausse des crimes de haine à l'échelle nationale en 2015, au moment où a véritablement été lancée la campagne présidentielle américaine, souvent axée sur les soi-disant menaces posées par les migrants, les hispaniques et les musulmans.

En 2016, l'Allemagne a recensé près de 10 attaques quotidiennes contre des migrants et des réfugiés, soit une hausse de 42% par rapport à 2015.

« Ces chiffres brossent un tableau partiel de la situation des pays concernés, mais bon nombre de pays ne recueillent pas de données sur les crimes racistes, empêchant ainsi d'évaluer véritablement l'ampleur du problème. Or, pour lutter contre le racisme et la xénophobie, il faut comprendre l'étendue du problème », a estimé M. Zeid.

Il a encouragé les États « à redoubler d'efforts pour recueillir des données ventilées, y compris sur la base de la race et de l'origine ethnique, afin de pouvoir surveiller les tendances, comprendre les causes et concevoir et mettre en œuvre des mesures ciblées en vue d'instaurer un véritable changement ».

« Cette journée nous rappelle qu'il est injustifiable que les États permettent au racisme et à la xénophobie de se développer, et encore moins de prospérer. Au plan légal, il leur incombe d'interdire et d'éliminer la discrimination raciale, et de garantir le droit de chacun, indépendamment de sa race, sa couleur de peau ou son origine nationale ou ethnique, à l'égalité devant la loi », a-t-il ajouté.

Selon lui, les États devraient adopter une législation interdisant expressément les propos racistes. « Il ne s'agit pas de porter atteinte à la liberté d'expression, ni de faire taire le débat ou la critique; il s'agit de reconnaître que l'exercice de la liberté d'expression est soumis à des devoirs et des responsabilités », a-t-il souligné.

Le chef des droits de l'homme s'est félicité que « dans bien des pays, les organismes pour l'égalité de traitement et les institutions nationales des droits de l'homme œuvrent en faveur de la prévention et de la lutte contre la discrimination ».

Il a également rappelé que l'ONU a lancé plusieurs initiatives de lutte contre le racisme et la xénophobie, notamment ENSEMBLE qui favorise le respect, la sécurité et la dignité pour les réfugiés et les migrants, Je dis NON au racisme, ainsi que la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine.

« Mon Bureau, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, lance un appel au monde entier : «Défendez les droits de quelqu'un aujourd'hui! », a conclu M. Zeid. « Et c'est précisément ce que beaucoup de personnes font, aux quatre coins du globe. Prendre position contre la discrimination, où qu'elle se produise ».


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