Iraq : les opérations de secours à l'ouest de Mossoul atteignent leur « point de rupture », selon l'ONU

Une jeune fille de neuf ans s’accroche à sa poupée usée, l’un des rares biens qu’elle a réussi à emporter avec elle lorsqu’elle s’est enfuie avec sa famille de la région de Tal al-Ruman, à l’ouest de Mossoul, en Iraq. Photo: UNHCR / Saif Al-Tatooz

16 mars 2017 – Alors que les forces iraquiennes combattent toujours l'organisation terroriste Etat islamique en Iraq et au Levant (EIIL) à Mossoul, l'ONU et ses partenaires humanitaires s'efforcent d'obtenir des sites d'urgence prêts à accueillir un exode massif en provenance de l'ouest de la ville, a indiqué jeudi une haute responsable des Nations Unies en Iraq.

« Le nombre de personnes est plus élevé que prévu », a déclaré depuis Bagdad la Coordonnatrice humanitaire en Iraq, Lise Grande, lors d'une visioconférence de presse organisée avec des journalistes à New York. « Si le rythme s'accélère, cela va nous pousser jusqu'au point de rupture », a-t-elle ajouté, précisant que si 50.000 civils fuient en une seule journée, le système actuellement en place ne fonctionnera pas correctement.

L'ONU et ses partenaires ont déjà commencé à mettre en place de grandes structures d'entrepôts qui abriteront les familles en attendant « le soutien digne qu'ils méritent », a déclaré Mme Grande. Selon les derniers chiffres donnés par la Coordonnatrice, entre 650.000 et 680.000 civils seraient encore présents dans la vieille ville de Mossoul.

« Nous craignons que les civils soient pris au piège dans une situation extrêmement difficile. Les familles qui choisissent de rester sont confrontées à des risques. Les familles qui partent sont prennent également des risques », a déclaré Mme Grande, soulignant que l'EIIL cible les personnes qui essaient de fuir ce qui semble devenir un état de siège prolongé.

Pendant ce temps, les gens qui restent à Mossoul sont sans nourriture et sans eau. Aucun approvisionnement régulier n'a été en mesure d'atteindre la ville depuis la mi-novembre, a déclaré la responsable humanitaire.

Selon des témoignages de gens qui ont pu fuir la ville du nord de l'Iraq, les familles disposant de ressources essaient de vendre ce qu'elles peuvent pour avoir au moins un repas par jour, tandis que d'autres personnes passent plusieurs journées sans manger.

« Que vous restiez ou que vous partiez, les risques sont importants pour les civils», a noté Mme Grande, soulignant que le « plus grand problème est l'eau ».

Environ 1,5 million de civils vivaient à Mossoul lorsque l'opération militaire visant à évincer l'EIIL de la région a commencé le 17 octobre 2016. Dans la partie est de la ville, environ 345.000 personnes ont été déplacées. Parmi elles, environ 70.000 sont rentrées dans leurs foyers en raison de conditions « sûres », a indiqué la Coordonnatrice aux journalistes.

La partie ouest de Mossoul est plus densément peuplée. L'espoir de voir un nombre limité de victimes civiles réside dans ce qui est qualifié de « concept humanitaire des opérations ». Adopté par les forces iraquiennes, ce concept interdit le recours aux tirs d'artillerie, oblige les civils à rester dans leurs foyers et fournit des couloirs de sortie humanitaire chaque fois que cela est nécessaire.

Les personnes qui parviennent à fuir sont ensuite contrôlées sur le site de Hammam al-Alil, où les hommes sont séparés des femmes et des enfants. Une fois interrogées et dédouanés de toutes responsabilités, les familles sont réunies. Mme Grande a indiqué que les préoccupations concernent l'eau et l'assainissement dans les sites de contrôles et que le gouvernement avait demandé un appui supplémentaire pour l'aider à corriger ces conditions.

La responsable humanitaire a déclaré que l'ONU et ses partenaires humanitaires travaillent « 24 heures sur 24 » pour aider le gouvernement iraquien à préparer rapidement des sites d'accueil pour les civils déplacés. Les travailleurs humanitaires se voient accordé un site, installent des tentes et des matelas, creusent et construisent des zones d'assainissement, puis transfèrent les zones aux militaires irakiens qui y amènent des civils par autobus.

L'ONU et ses partenaires fournissent des aliments, de l'eau et d'autres services à plus de 1,4 million de personnes sur ces sites. La coordination entre l'ONU, ses partenaires et le gouvernement est bonne, mais « compliquée », a reconnu Mme Grande, faisant remarquer que les Nations Unies participent chaque jour à 19 forums de coordination incluant des responsables locaux et nationaux.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Iraq : le HCR ouvre un nouveau camp pour accueillir des déplacés de Mossoul

En savoir plus