Traite des personnes dans les situations de conflit: l'ONU appelle les Etats à faire davantage pour les victimes

Deux jeunes femmes en Colombie soumises à l’exploitation sexuelle. Photo: UNICEF / Donna DeCesare

15 mars 2017 – Lors d'un débat du Conseil de sécurité consacré à la traite des personnes dans les situations de conflits, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a souligné mercredi la nécessité de s'attaquer aux vulnérabilités sous-jacentes qui alimentent ce fléau, en autonomisant les femmes par le biais de l'éducation, en respectant les droits des minorités et en établissant des canaux de migration sûrs et licites.

« Selon l'Organisation internationale du Travail (OIT), 21 millions de personnes seraient victimes du travail forcé et d'une exploitation extrême, générant chaque année 150 milliards de dollars de profits », a déclaré le Secrétaire général, rappelant que la traite d'êtres humains touche aujourd'hui 106 pays. « Les femmes et les filles en particulier sont ciblées encore et encore », a-t-il précisé, insistant sur les multiples formes que prend la traite d'êtres humains, dont la prostitution forcée, les mariages forcés et l'esclavage sexuel ou encore le trafic d'organes.

Indiquant que les situations de conflit armé étaient un terreau fertile pour la traite des personnes, M. Guterres a rappelé que l'organisation terroriste Daech avait organisé de véritables marchés aux esclaves et que Boko Haram avait argué que l'esclavage était licite.

« Fuyant le danger, les réfugiés et les personnes déplacées font face à de nouveaux dangers sur la route », a-t-il dit, mentionnant les trafiquants qui manipulent les individus aux fins d'exploitation sexuelle et de trafic de main d'œuvre.

S'agissant de la réponse à ce fléau, le chef de l'ONU a affirmé que les responsables mondiaux mettaient l'accent sur la lutte contre le trafic des stupéfiants plutôt que contre la traite d'êtres humains. Ils pensent en effet que le premier fléau touchera davantage leurs familles que le second, or cela n'est pas toujours vrai, a-t-il dit.

M. Guterres a indiqué qu'un cadre juridique robuste était d'ores et déjà en place. La Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et ses protocoles comprennent la première définition du crime de traite des personnes et constituent un cadre pour le combattre et le prévenir de manière efficace, a estimé le Secrétaire général. « En vertu du Statut de Rome, l'esclavage pourrait constituer un crime contre l'humanité », a-t-il dit.

« Le Programme de développement durable à l'horizon 2030 peut également nous aider à briser les chaînes de l'exploitation », a ajouté le Secrétaire général, en rappelant que trois objectifs de développement durable visaient à remédier à la traite des personnes.

M. Guterres a assuré que l'ONU était déterminée à, non seulement soutenir les victimes, mais à intégrer leurs voix et leurs vues lors de l'élaboration et de la mise en œuvre des actions contre la traite des êtres humains. « Alors que nous vivons un temps de division dans de nombreux domaines, la lutte contre la traite d'êtres humains doit nous unir », a-t-il conclu.

La traite est une entreprise à faible risque et très fructueuse >

D'après le rapport mondial 2016 de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) sur la traite d'êtres humains, les migrants issus de pays avec un taux élevé de criminalité organisée ou touchés par des conflits sont plus vulnérables à la violence et à d'autres formes d'exploitation.

Pour les réseaux criminels dans le monde, la traite est une entreprise à faible risque et très fructueuse, « une perception renforcée par des taux de condamnation inexcusablement bas », a déploré devant le Conseil de sécurité le Directeur exécutif de l'ONUDC, Yury Fedotov.

Selon M. Fedotov, les États peuvent et doivent faire plus pour empêcher que les personnes ne deviennent la proie des trafiquants. Un certain nombre de mesures concrètes doivent être adoptées. En premier lieu, il faut rendre la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et le Protocole s'y rapportant plus opérationnels. « Par ailleurs, des cadres législatifs complets doivent être établis pour encourager et faciliter la coopération transfrontière », a-t-il ajouté.

Pour le chef de l'ONUDC, certaines lois nationales devraient pouvoir s'appliquer aux actions de citoyens à l'étranger, y compris dans les zones de conflit. « Les lois contre la traite ne devraient pas seulement pénaliser la traite, mais aussi fournir une protection et un appui aux victimes », a-t-il affirmé, exhortant les pays à consacrer davantage de ressources à l'identification et à l'aide aux victimes, compte tenu des défis particuliers qui se posent dans les situations de conflit et des vastes mouvements de réfugiés et de migrants.

Enfin, a ajouté le Directeur exécutif, nous devons continuer à renforcer les capacités pour améliorer la justice pénale et mieux détecter, enquêter et juger les cas de traite. En octobre prochain, les États Membres vont évaluer le Plan d'action mondial pour la lutte contre la traite des personnes, adopté par l'Assemblée générale en 2010. Cet événement sera l'occasion de redoubler d'efforts pour lutter contre la traite dans les situations de conflit.

M. Fedotov a appelé les États Membres, le secteur privé et toutes les parties concernées à augmenter leur assistance à travers le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies en faveur des victimes de la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.

L'ONUDC, a-t-il souligné, œuvre avec ses partenaires de l'ONU, y compris le Département des opérations de maintien de la paix, pour s'interroger de façon systématique sur les réponses à apporter à la traite.


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