Des responsables du maintien de la paix de l'ONU saluent la réussite des programmes de réduction de la violence communautaire

La section pour la réduction des violences communautaires de la Mission de l’ONU en Haïti (MINUSTAH) entreprend un projet pilote conjoint avec la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA) pour installer un système de filtrage de l’eau et dispenser une formation en hygiène dans le quartier de Cité Soleil, à Port au Prince.

16 novembre 2016 – Les programmes de réduction de la violence communautaire (RVC) sont peu connus, mais se révèlent être des outils de maintien de la paix efficaces, ont annoncé aujourd'hui de hauts responsables de l'ONU lors d'un événement commémorant le dixième anniversaire du lancement de la RVC en Haïti.

« Depuis le lancement du premier programme, le RVC s'est avéré utile dans de nombreux contextes, précisément parce qu'il est agile et axé sur les personnes », a déclaré le Secrétaiee général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, lors d'une réunion organisée au siège de l'ONU sur le thème «Créer un espace pour la paix».

Pour M. Ladsous, une approche inclusive de la réduction de la violence constitue un objectif pour toute la famille des Nations Unies. Le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR) ont joué un rôle central dans la réalisation de cet objectif au cours des trois dernières décennies. L'endurance du DDR est principalement due aux approches flexibles qu'il a prises pour s'adapter à la nature changeante des groupes armés.

Au cours d'une période de 10 ans, les conflits non étatiques - en Afrique subsaharienne – ont entraîné 60.000 décès, a déclaré le Secrétaire général adjoint. Cependant, cela ne tient pas compte du coût réel en termes de destruction socio-économique qui affecte les communautés dans lesquelles sévissent les groupes armés.

Le rapport du Groupe indépendant de haut niveau sur les opérations de paix a clairement indiqué que le maintien de la paix devait élaborer des approches souples. Les programmes RVC sont l'un de ces outils, qui fait exactement cela. « Il s'agit d'un exemple d'apprentissage de la paix pour apprendre à s'adapter et à innover», a dit M. Ladsous.

RVC : une approche souple appliquée dans six différentes opérations de maintien de la paix

Selon une note conceptuelle préparée pour cet événement anniversaire, le premier programme RVC a été créé en 2006 dans un mouvement sans précédent, lorsque le Conseil de sécurité a demandé à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) , dans sa résolution 1702 (2006), de réorienter son programme de désarmement, ainsi que des efforts de réinsertion [...] en vue d'un programme global de réduction des violences communautaires adapté aux conditions locales, y compris l'aide aux initiatives visant à renforcer la gouvernance locale et l'état de droit et à offrir des possibilités d'emploi aux anciens membres de gangs et aux jeunes à risque.

C'est la première fois que le Conseil demandait un programme de base ciblant les bandes armées opérant dans les quartiers urbains. Depuis lors, l'approche RVC est devenue mondiale, avec la programmation RVC dans cinq autres missions de maintien de la paix en République centrafricaine (RCA), au Mali, en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan et en Côte d'Ivoire.

M. Ladsous a expliqué qu'en Haïti, le DDR traditionnel ne fonctionnait pas dans un contexte où l'instabilité et la violence provenaient de bandes criminelles instrumentées politiquement plutôt que de combattants armés. Plus de 400.000 femmes et hommes haïtiens ont bénéficié du programme RVC.

« Si la MINUSTAH n'avait pas été prête et capable de faire face à la menace des gangs - et je n'exagère pas ici - nous aurions peut-être assisté à l'échec de la Mission », a souligné le chef du maintien de la paix de l'ONU.

Plus tôt cette année, la Mission multi-dimensionnelle de stabilisation intégrée des Nations Unies en République centrafricaine (MINUSCA) a anticipé la menace des membres anti-Balaka et ex-Séléka qui avaient la capacité d'agir violemment violement alors que le pays se préparait à organiser des élections libres, a expliqué le patron des Casques bleus.

À Kaga Bandoro, Bria, Bangui, Bouar et dans autres points chauds, le personnel RVC a mobilisé les communautés locales et atténué cette menace potentielle. «Ils ont réussi à garder les membres des groupes armés engagés, leur donnant un emploi temporaire, des possibilités de revenus et de formation professionnelle. Les élections se sont déroulées pacifiquement et le pays continue de se reconstruire », a déclaré M. Ladsous.

Au Mali, les activités de RVC sont conçues pour être complémentaires au DDR, ouvrant ainsi la voie à la mise en œuvre de l'Accord de paix d'Alger. Au 30 juin 2016, un total de 44 projets étaient en cours dans le nord du pays dans des endroits tels que Gao, Kidal, Mopti et à Tombouctou, où l'absence d'autorité de l'État a rendu difficile le terrain plus que la situation géographique, a-t-il noté.

Ces projets, qui vont de la réhabilitation des infrastructures d'approvisionnement en eau de base à l'amélioration de la gestion et de l'élevage du bétail, fournissent un emploi à court terme aux jeunes à risque de recrutement dans les mouvements armés, les groupes terroristes et les groupes menaçant les communautés de retour des démobilisés ex-combattants, a-t-il fait valoir.

Le DDR et la RVC : un pilier central de la prévention

De son côté, le Sous-Secrétaire général pour l'état de droit et les institutions de sécurité, Dmitry Titov, a déclaré que le succès des programmes RVC peut s'expliquer de trois façons.

D'abord, le RVC démantèle directement les groupes armés et est le seul outil non militaire à le faire. Par exemple, la composante RVC a commencé à parler aux membres de gangs et aux communautés dans les quartiers les plus dangereux de Port-au-Prince au plus fort de la violence des bandes au milieu des années 2000.

«En écoutant leurs préoccupations et en les prenant au sérieux, en initiant la réconciliation communautaire et en lançant des projets semenciers, nous avons donné à ces communautés l'espoir, les opportunités pour un nouveau départ et des incitations positives à travailler ensemble pour maîtriser la violence».

La deuxième raison principale de ce succès est lié à son extrême flexibilité et au fait qu'il peut être mis en œuvre même là où il n'y a pas de paix à garder. Les praticiens de la RVC ont démontré qu'ils sont capables de fonctionner dans les endroits les plus à risque, de naviguer dans des environnements fortement polarisés et de renforcer la confiance, aussi bien entre les parties belligérantes, mais aussi entre ces groupes et les communautés.

Par exemple, en République centrafricaine, il n'existe pas d'accord de paix global, ni même de stratégie politique pour faire entrer tous les membres de la ligne dure. Pourtant, le programme RVC a réussi à ouvrir une communication franche avec les groupes armés et engager des combattants des deux côtés dans des projets conjoints.

La troisième raison tient au fait que l'expérience et les leçons apprises ont été consolidées en politiques, règles et procédures qui permettent une prestation de plus en plus efficace. Reconnaissant l'importance d'utiliser les fonds budgétaires de façon souple et adaptée, la RVC investit de faibles sommes d'une manière très ciblée, engage des groupes armés dans des activités constructives et ouvre des zones où autrement l'Équipe de pays des Nations Unies et d'autres partenaires n'avaient jamais osé entreprise.

La MINUSTAH a consciencieusement encouragé l'expertise d'une unité de gestion de projet qui a maintenant partagé son expérience et ses conseils avec de nombreuses autres missions. Un grand nombre d'orientations politiques et de soutien en matière de réinsertion signifie que les composantes du DDR sont bien en avance sur la gestion de ce financement, a déclaré M. Titov.

Lorsqu'il est bien fait et en collaboration avec l'équipe de pays des Nations Unies et d'autres acteurs, le DDR et la RVC représenteront un pilier central de la prévention, a-t-il noté. Le suivi de l'impact de ces programmes devrait servir de baromètre pour mesurer le maintien de la paix.

« Cela nous permettra d'analyser deux choses. Premièrement, la mesure dans laquelle les ex-combattants sont réintégrés avec succès dans leurs communautés; et, deuxièmement, la résilience des individus et des communautés pour résister à glisser de nouveau dans le cycle de la violence », a-t-il dit.


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