Yémen : les raids de la coalition contre des civils pourraient constituer des crimes internationaux, selon l'ONU

La ville de Sa’ada au Yémen gravement endommagée par des frappes aériennes en janvier 2016. Photo : OCHA/Philippe Kropf

18 mars 2016 – Suite à un nouveau raid aérien meurtrier, mardi, dans lequel 106 civils ont trouvé la mort sur un marché fréquenté au Yémen, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a condamné vendredi l'échec répété des forces de la coalition à prendre des mesures efficaces pour empêcher que de tels incidents ne se produisent.

« Le carnage causé par deux frappes aériennes sur le marché d'Al-Khamis, dans le nord-ouest du Yémen, mardi, a été l'un des incidents les plus meurtriers depuis le début du conflit il y a un an », a déclaré M. Zeid dans un communiqué de presse, notant que c'était le deuxième incident de ce type en trois dernières semaines. Le 27 février dernier, au moins 39 civils, dont neuf enfants, avaient trouvé la mort dans une frappe aérienne sur le marché Khaleq, dans un quartier du nord-est de la capitale Sanaa.

M. Zeid a indiqué que le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) au Yémen s'est rendu sur le marché d'Al-Khamis le lendemain des frappes, dans le nord du Gouvernorat de Hajja, et a interrogé un certain nombre de témoins. Ces derniers ont déclaré que les frappes aériennes, qui auraient eu lieu l'après-midi à l'heure de pointe, avaient complètement détruit 16 boutiques sur le marché, qui constitue la zone commerçante principale des 15 villages environnants.

Parmi les 106 personnes mortes des suites de l'attaque, 24 enfants ont été dénombrés, a déploré le Haut-Commissaire, rappelant que depuis le début du conflit il y a un an, un peu moins de 9.000 personnes, dont 3.218 civils, ont été tuées et 5.778 blessées.

Le personnel du HCDH n'a pu trouver aucune preuve d'une quelconque confrontation armée ou de la présence d'équipement militaire important dans la région au moment de l'attaque, en dehors d'un point de contrôle à près de 250 mètres du marché, « habituellement tenu par un petit groupe de policiers et de Houthis », a indiqué M. Zeid.

« En observant les chiffres, il semblerait que la coalition soit responsable de deux fois plus de victimes civiles que toutes les autres partes réunies, la quasi-totalité à la suite de frappes aériennes », a indiqué le Haut-Commissaire de l'ONU. « Elle a frappé des marchés, des hôpitaux, des cliniques, des écoles, des usines, des fêtes de mariage – et des centaines de résidences privées dans les villages et les villes, y compris la capitale Sanaa ».

Malgré de nombreuses démarches internationales, ces incidents terribles continuent de se produire avec une régularité inacceptable, a dénoncé M. Zeid.

« En outre, en dépit des promesses publiques d'ouverture d'enquêtes sur ces incidents, nous n'avons pas encore noté de progrès réalisés dans ces enquêtes », a ajouté le Haut-Commissaire.

« Il semblerait que la distinction entre les cibles militaires légitimes et les civils – qui sont protégés par le droit international – soit au mieux très insuffisantes », a déclaré M. Zeid. « Et au pire, nous sommes peut-être confrontés à des crimes internationaux commis par les membres de la coalition », a-t-il dit, rappelant l'obligation de distinguer en tout temps les cibles militaires et les civils.

« Les Houthis et leurs alliés ont aussi été responsables d'attaques aveugles au sol, qui ont entraîné des pertes civiles que je condamne également et qui pourrait être considérées, de la même façon, comme des crimes internationaux », a-t-il spécifié.

« J'exhorte les deux parties à ravaler leur fierté et à mettre fin à ce conflit », a déclaré M. Zeid. « Le peuple du Yémen a assez souffert ».


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