Des responsables de l'ONU désignent des pays dont les troupes sont accusées d'abus sexuels en Centrafrique

29 janvier 2016 – Deux responsables de haut rang des Nations Unies ont révélé vendredi les noms de certains des pays dont les troupes sont accusées d'avoir commis des abus sexuels sur des mineurs en République centrafricaine (RCA), où elles avaient pour mandat, sous le drapeau de l'ONU ou non, de maintenir la paix et la sécurité.

« Je crois qu'il est difficile d'imaginer l'indignation que ressentent les personnes qui travaillent pour les Nations Unies et pour la cause de la paix et de la sécurité lorsque des allégations de ce genre font surface. Notamment quand cela implique des mineurs, c'est difficile à comprendre », a dit le Sous-Secrétaire général de l'ONU chargé de l'appui aux missions, Anthony Banbury, dans une déclaration pleine d'émotion à la presse à New York.

Au bord des larmes, M. Banbury a affirmé que l'ONU faisait tout son possible pour venir en aide aux victimes, pour que justice leur soit rendue et pour empêcher que de tels abus soient commis de nouveau.

Il a annoncé qu'un nouveau site internet présentera prochainement un rapport du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, sur les mesures spéciales à prendre pour lutter contre l'exploitation et les abus sexuels, qui est attendu le mois prochain. Pour la première fois, il identifiera les pays dont les troupes sont impliquées dans ces affaires et contiendra des informations sur les allégations spécifiques, sur l'état d'avancement des enquêtes et sur les mesures disciplinaires éventuellement prises.

Illustrant le fait que la transparence est un élément important de la lutte contre ce « fléau incroyablement difficile », M. Banbury a nommé certains des pays dont les troupes – toutes placées sous le drapeau de l'ONU- sont impliquées : le Bangladesh, la République démocratique du Congo (RDC), le Maroc, le Niger et le Sénégal.

Il a noté que dans ces affaires, toutes les victimes étaient mineures au moment des prétendus abus, lesquels ont été perpétrés par un total de 10 personnes originaires de ces 5 pays. Il a précisé que l'ONU avait lancé sa propre enquête dans les affaires impliquant des soldats de la RDC et du Niger, car ces deux pays n'ont pas répondu à la demande de l'ONU de prendre l'initiative en la matière.

De son côté, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a évoqué des crimes présumés qui ont principalement eu lieu en 2014, mais n'ont été découverts que ces dernières semaines.

Une équipe conjointe des Nations Unies en République centrafricaine a récemment interrogé plusieurs filles qui ont déclaré avoir été exploitées ou abusées sexuellement par des soldats étrangers, selon un communiqué de presse du Haut-Commissariat.

Quatre de ces filles ont indiqué que leurs agresseurs appartenaient à des contingents opérant au sein de la force de l'Union européenne (EUFOR/RCA). Deux des filles interviewées ont déclaré avoir été violées par des soldats de l'EUFOR et les deux autres filles ont dit avoir été payées pour avoir eu des rapports sexuels avec d'autres soldats de l'EUFOR. Bien que la nationalité de certains des soldats ne soit pas clairement établie, trois de ces filles ont déclaré qu'elles pensaient que leurs agresseurs faisaient partie du contingent géorgien de l'EUFOR. Ces quatre filles étaient âgées de 14 à 16 ans au moment des faits présumés.

Le personnel onusien des droits de l'homme a aussi interrogé une fille et un garçon respectivement âgés de 7 et 9 ans lorsqu'ils auraient été victimes d'abus en 2014 par des membres des troupes françaises Sangaris. La fille a dit avoir pratiqué des actes sexuels par voie orale sur des soldats français en échange d'une bouteille d'eau et d'un sachet de biscuits. Elle a déclaré, tout comme son frère de neuf ans, que d'autres enfants avaient été abusés de la même manière lors d'incidents répétés impliquant plusieurs soldats français.

Ces six allégations, qui impliquent des forces militaires étrangères n'appartenant pas aux Nations Unies, ont eu lieu dans les environs ou à l'intérieur du camp de déplacés internes de M'Poko, situé près de l'aéroport dans la capitale, Bangui.

Le Haut-Commissaire a soulevé ces cas la semaine passée avec les autorités européennes, géorgiennes et françaises ainsi qu'avec un autre pays, également confronté à une allégation similaire mais pour laquelle davantage de corroborations sont nécessaires. Les quatre autorités concernées ont toutes rapidement répondu au Haut-Commissaire et affirmé avoir immédiatement ouvert des enquêtes ou référé les cas aux autorités judiciaires compétentes dans leurs pays respectifs.

« Ces accusations sont extrêmement graves et il est crucial que ces cas fassent l'objet d'une enquête approfondie et urgente », a dit le Haut-Commissaire. « Je suis encouragé par les réponses initiales reçues des pays concernés et de l'Union européenne; elles montrent qu'ils prennent ces terribles allégations très au sérieux. Nous allons continuer à suivre ces cas de près ainsi que tout autre cas qui pourrait émerger, l'équipe des Nations Unies poursuivant ses investigations sur le terrain. Bien trop de ces crimes restent impunis, leurs auteurs bénéficiant d'une impunité totale. Cela favorise tout simplement la commission d'autres violations. Les Etats ont l'obligation d'enquêter, de poursuivre les auteurs et de s'assurer que les victimes reçoivent les réparations auxquelles elles ont droit. Alors que de plus en plus de cas émergent, impliquant de plus en plus de contingents nationaux, il apparaît clairement que toutes les forces militaires étrangères, qu'elles soient onusiennes ou pas, doivent mener des actions beaucoup plus robustes et efficaces pour empêcher d'autres abus et cas d'exploitation, et cela pas seulement en République centrafricaine ».

Bien que les cas soulevés par le Haut-Commissaire se réfèrent à des forces militaires n'appartenant pas à l'ONU, un certain nombre de cas impliquant des soldats de la paix onusiens ont aussi été mis en lumière lors des entretiens menés par l'équipe conjointe des Nations Unies. Ces cas sont en train d'être soulevés de manière séparée avec les pays fournisseurs de contingents par les forces de maintien de la paix de l'ONU, en conformité avec la politique standard du Siège de l'ONU à New York.


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