Soudan du Sud : violations généralisées des droits de l'homme par toutes les parties au conflit, selon l'ONU

Un groupe d’enfants dans un camp de protection des civils de la MINUSS, à Bentiu, dans l’Etat d’Unité, au Soudan du Sud. Photo ONU/JC McIlwaine

21 janvier 2016 – Des violations généralisées des droits de l'homme ont été commises au Soudan du Sud par toutes les parties au conflit depuis son déclenchement en décembre 2013, y compris des centaines de meurtres extra-judiciaires, disparitions forcées, violences sexuelles, recrutements de force et attaques aveugles contre des civils, selon un nouveau rapport de l'ONU publié jeudi.

Ce rapport, rédigé par la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) et le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH), montre que « très peu d'endroits situés dans les zones du conflit se sont révélés sûrs, car les parties ont attaqué délibérément les sanctuaires traditionnels, tels que les lieux de culte, les hôpitaux et, parfois, les bases des Nations Unies ».

Ces attaques révèlent un mépris choquant de la vie des civils, affirme le rapport, alors qu'un nombre croissant de groupes armés et de communautés s'engagent dans la violence. « A partir du milieu de l'année 2015, une nouvelle tendance est apparue, en particulier dans les zones centrales et méridionales de l'Etat d'Unité, où des villages entiers ont été incendiés, les récoltes vivrières détruites et le bétail pillé. Selon certaines indications, ceci pourrait résulter de stratégies délibérées de la part du gouvernement ou de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) visant à priver les civils de tout moyen de subsistance et à les forcer à partir », dit le rapport.

Le rapport documente au moins 280 cas de violences sexuelles liées au conflit, y compris des viols collectifs, des cas d'esclavage sexuel et des avortements forcés. Le recrutement de force d'enfants a également connu une forte hausse, avec entre 13.000 et 15.000 enfants soldats recrutés principalement, quoique pas exclusivement, par les forces de l'opposition, à fin décembre 2015.

« Malgré la gravité des violations des droits de l'homme et du droit humanitaire perpétrées par les deux parties au conflit, il n'y a aucun mécanisme réel d'établissement des responsabilités au-delà de la propre rhétorique des principaux belligérants », constate le rapport.

« L'établissement des responsabilités doit être un élément fondamental du processus de paix en cours. J'espère que ce rapport, en révélant l'impact du conflit sur la vie des citoyens ordinaires du Soudan du Sud, sera pris en compte dans les processus qui se dessinent afin de mettre en œuvre l'Accord sur la résolution du conflit au Soudan du Sud (ARCSS) facilité par l'IGAD et signé par les parties en août 2015 », a déclaré la Représentante spéciale du Secrétaire général au Soudan du Sud et chef de la MINUSS, Ellen Margrethe Loej. « Il est temps de mettre fin au cycle de l'impunité qui a rendu possible toutes ces violations et d'opter pour un avenir plus radieux de paix durable pour tous les Sud-Soudanais », a-t-elle ajouté.

« Les attaques constantes contre les femmes, les viols, les réductions en esclavage et les massacres de personnes innocentes; le recrutement de milliers et milliers d'enfants soldats; le déplacement délibéré de grands nombres de personnes dans un pays aussi pauvre et déshérité – toutes ces pratiques sont abominables et doivent cesser », a déclaré le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.

« Responsabilité et justice sonnent comme des mots creux dans un paysage aussi sombre , mais elles sont essentielles si le Soudan du Sud doit un jour sortir de cette terrible passe », a ajouté M. Zeid. « Les efforts de paix régionaux et internationaux actuellement en cours offrent un peu d'espoir que ce cycle perpétuel de sang et de misère puisse être interrompu et j'exhorte toutes les parties à négocier de bonne foi ».

Un accord de paix a été signé en août 2015 par le Président sud-soudanais, Salva Kiir, et le chef de l'opposition, Riek Machar, faisant suite à un accord de cessation des hostilités signé le 23 janvier 2014 par le gouvernement du Soudan du Sud et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (M/APLS), dans l'opposition. Mais la mise en œuvre de cet accord s'est révélée très difficile.


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