Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme demande au Yémen de renoncer à expulser son représentant dans le pays

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein. Photo ONU/Jess Hoffman

8 janvier 2016 – Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a exhorté vendredi le gouvernement du Yémen à revenir sur sa décision de déclarer son répresentant dans le pays persona non grata, la qualifiant d'« injustifiée, contre-productive et dommageable pour la réputation du gouvernement et de ses partenaires de la coalition ».

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lui-même condamné jeudi soir cette décision du gouvernement yéménite, se disant également très préoccupé par la sécurité du personnel national et international qui reste sur place.

« Je regrette profondément cette décision du gouvernement », a déclaré M. Zeid dans un communiqué de presse. « A mon avis, mon équipe sur le terrain s'est bien acquittée de sa tâche, dans des circonstances extrêmement difficiles. La décision du gouvernement semble basée sur un certain nombre de malentendus, à la fois sur ce que mon bureau a déclaré publiquement, et sur le rôle de l'ONU dans une situation de conflit. Je crains qu'elle ne handicape notre travail à l'avenir et les déclarations du gouvernement pourraient compromettre la sécurité du personnel national et international resté sur place », a-t-il affirmé.

« Notre travail ne consiste pas à mettre en lumière les violations commises par un camp et à ignorer celles de l'autre camp », a ajouté le Haut-Commissaire. « Nous avons fait de notre mieux, dans un environnement très changeant et dangereux, pour tenter d'observer et de rendre compte objectivement de la situation en matière de droits de l'homme au Yémen. Malheureusement, il est très clair que les deux côtés ont commis des violations, dont il est résulté environ 2.800 morts parmi la population civile au cours des neuf derniers mois. Notre rôle est de mettre l'accent sur les droits humains et sur la protection des civils, pas sur la politique », a-t-il dit.

« Comme l'a dit hier soir le porte-parole du Secrétaire général, le respect des droits de l'homme est absolument essentiel pour la paix et la stabilité à long terme. En entravant le travail des Nations Unies en matière de droits de l'homme, le gouvernement faillit à ses obligations », a affirmé M. Zeid.

Jeudi, dans ses déclarations publiques, le Ministre yéménite des droits de l'homme a avancé diverses raisons pour justifier la décision du gouvernement, affirmant notamment que le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme n'avait pas prêté suffisamment d'attention à la situation à Taëz, et qu'il diffusait des communiqués de presse contenant « des informations incomplètes ».

« Une partie de notre travail consiste à tenter d'éviter de nouvelles violations et pour ce faire, si la sécurité le permet, les responsables droits de l'homme de l'ONU dialoguent régulièrement et impartialement avec toutes les parties à un conflit », a poursuivi M. Zeid. « C'est une erreur de considérer cela comme étant une sorte d'approbation de la position d'un mouvement d'opposition au dépens du gouvernement. Nous avons fonctionné dans les limites d'un cadre de travail mutuellement accepté ».

M. Zeid s'est également dit « perplexe devant l'accusation selon laquelle la situation déplorable à Taëz aurait été ignorée » par ses services. Cette ville, a-t-il dit, souffre depuis plusieurs mois d'un blocus des voix d'approvisionnement imposé par les Comités populaires affiliés aux milices Houthis. Le HCDH a évoqué la situation à Taëz dans de nombreuses déclarations publiques, y compris cette semaine lors d'un point de presse à Genève, a-t-il rappelé. « Le fait que ce point de presse et d'autres déclarations publiques aient également mis l'accent sur les victimes causées par les forces de la coalition, y compris par le recours aux armes à sous-munitions, est révélateur de la triste réalité de la situation sur le terrain au Yémen, et non pas d'un parti-pris de notre part », a conclu le Haut-Commissaire.


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