Darfour : la CPI demande au Conseil de sécurité d'agir face à l'impunité

La Procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, s’adresse au Conseil de sécurité au sujet du Soudan et du Soudan du Sud. Photo ONU/Eskinder Debebe

15 décembre 2015 – La Procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a reproché mardi au Conseil de sécurité d'avoir vainement promis d'amener devant les tribunaux le Président soudanais Omar Al-Bachir afin qu'il soit jugé pour les atrocités commises au Darfour.

« En dépit de mes demandes répétées au Conseil de prendre des mesures face au mépris flagrant de ses obligations par le Soudan, et en violation de [ses] résolutions, mes appels continuent d'être ignorés », a déclaré Mme Bensouda devant les membres du Conseil, rappelant que c'est le Conseil de sécurité lui-même qui a référé le cas du Soudan à la CPI, il y a plus de 10 ans.

« Je constate avec grand regret que l'adoption de chaque résolution n'a correspondu dans les faits qu'à de vaines promesses », a-t-elle ajouté, soulignant que M. Al-Bachir, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt, continue de voyager à travers les frontières internationales, accueille d'autres fugitifs et refuse de faciliter leur reddition à la CPI.

En 2005, le Conseil de sécurité a demandé à la CPI, qui est basée à La Haye, d'enquêter sur les crimes de guerre au Darfour. En 2009 , les juges de la Cour ont émis des mandats d'arrêt contre M. Al-Bachir et d'autres hauts responsables accusés de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre au Darfour, où près de 300.000 personnes auraient péri et plus de 2 millions d'autres auraient été déplacées depuis que la guerre civile a éclaté en 2003 entre le gouvernement et les rebelles.

« Si je peux me permettre, ce Conseil doit faire davantage pour démontrer son engagement envers le Darfour », a souligné Mme Bensouda. « Il doit jouer son rôle pour faciliter l'arrestation des suspects contre qui la Cour a émis des mandats d'arrêt ».

Selon Mme Bensouda, les victimes sont démoralisées. « Leur frustration et leur résignation face à l'inaction doivent peser lourdement sur notre conscience collective », a-t-elle dit, exhortant le Conseil à prendre des mesures appropriées.

« Des crimes terribles continueraient d'être perpétrés au Darfour », a-t-elle conclu. « Seule une action forte et déterminée du Conseil et des États fera cesser la perpétration de crimes graves au Darfour et garantira que les auteurs de crimes commis dans le passé rendent des comptes ».


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