Iraq : les violations des droits de l'homme sont de plus en plus préoccupantes, selon l'ONU

Des Iraquiens ayant fui l’Etat islamique d’Iraq et du Levant ont trouvé refuge dans la région du Kurdistan iraquien. Photo OCHA/Iason Athanasiadis

23 février 2015 – Alors que l'état de droit continue de se dégrader en Iraq, les violations généralisées des droits de l'homme dans le pays sont de nature de plus en plus sectaire, indique un nouveau rapport de l'ONU rendu public lundi.

Ce rapport, réalisé conjointement par la Mission des Nations Unies d'assistance pour l'Iraq (MANUI) et le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme (HCDH) couvre la période allant du 11 septembre au 10 décembre 2014. Il documente les violations graves du droit international humanitaire et les violations flagrantes des droits de l'homme commises sur cette période de trois mois par l'Etat islamique d'Iraq et du Levant (EIIL), avec un caractère délibérément systématique et généralisé.

Selon un communiqué de presse du HCDH à Genève annonçant la publication du rapport, cette étude fait notamment état d'assassinats de civils, d'enlèvements, de viols, de mise en esclavage et de traite des femmes et des enfants, de recrutements forcé des enfants par des groupes armés, de destructions de lieux de culte ou à caractère culturel, de pillages et de déni des libertés fondamentales des victimes.

« Les membres des diverses communautés ethniques et religieuses d'Iraq, y compris les Turkmènes, les Shabak, les Chrétiens, les Yézidis, les Sabéens, les Kaka'e, les Feylis kurdes, les Arabes chiites, et d'autres ont été intentionnellement et systématiquement visés par l'EIIL ou des groupes armés affiliés et soumis à des violations brutales des droits de l'homme, dans ce qui apparaît comme une politique délibérée visant à détruire, supprimer ou expulser ces communautés de façon permanente des zones sous leur contrôle », indique le rapport.

Le rapport détaille également l'assassinat de membres des forces de sécurité iraquiennes capturés et de personnes soupçonnées par l'EIIL d'être favorables au gouvernement. Parmi les personnes soupçonnées d'être déloyales envers l'EIIL, les religieux, les dirigeants communautaires et tribaux, les journalistes, les médecins ainsi que les femmes et dirigeants politiques ont été particulièrement visés. Au cours de la période considérée, au moins 165 exécutions ont eu lieu à la suite de condamnations par les « soi-disant » tribunaux de la charia instaurés par l'EIIL sur le territoire iraquien.

« Bon nombre des violations et des abus perpétrés par l'EIIL peuvent constituer des crimes de guerre, crimes contre l'humanité, voire crimes de génocide », note le rapport, qui fait également état de violations des droits de l'homme commises par les forces de sécurité iraquiennes au cours de la même période.

« Les groupes armés qui prétendent être affiliés à ou soutenir le gouvernement ont également perpétré des assassinats ciblés, notamment contre les combattants capturés issus de l'EIIL et des groupes armés affiliés, des enlèvements de civils et d'autres abus », précise le rapport.

Selon l'étude, au moins 11.602 civils ont été tués et 21.766 blessés entre janvier et le 10 décembre 2014.

« L'objectif de l'EIIL est de détruire l'Etat et la société iraquienne par l'usage de la violence et de la division », a déclaré à l'occasion de la publication du rapport le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l'Iraq, Nickolay Mladenov, notant que les chiffres fournis sont probablement en dessous de la réalité.

« Les dirigeants iraquiens doivent accélérer la mise en œuvre du programme du gouvernement en faveur de l'unité nationale et de la réconciliation afin de mettre un terme aux crimes odieux commis par l'EIIL et de garantir que tous les groupes armés soient sous le contrôle de l'Etat », a ajouté M. Mladenov.

« Je continue à être profondément choqué par les violations flagrantes des droits de l'homme commises par l'EIIL et les groupes armés qui y sont affiliés », a quant à lui déploré le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, réagissant à la publication de cette nouvelle étude.

« La prise pour cible de civils sur la base de leur foi ou de leur origine ethnique est tout à fait méprisable et nous ne devons ménager aucun effort pour établir la responsabilité de ces crimes », a déclaré M. Zeid en conclusion.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Iraq : l'envoyé de l'ONU encourage les autorités à poursuivre les efforts de réconciliation

En savoir plus