Le Conseil de sécurité juge que la lutte contre Ebola est un échec pour l'instant

Réunion sur l’épidémie d’Ebola au Conseil de sécurité. Photo: ONU

15 octobre 2014 – Le Conseil de sécurité des Nations Unies a estimé mercredi que la communauté internationale n'avait jusqu'à maintenant pas réussi à répondre de manière adéquate à l'épidémie d'Ebola qui frappe particulièrement trois pays d'Afrique de l'Ouest, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone.

Dans une déclaration à la presse, les membres du Conseil « ont réitéré leur sérieuse préoccupation concernant l'ampleur sans précédent de l'épidémie d'Ebola en Afrique. »

« Les membres du Conseil de sécurité ont souligné que la réponse de la communauté internationale à l'épidémie d'Ebola n'avait pas réussi jusqu'à présent à répondre de manière adéquate à l'ampleur de l'épidémie et à ses effets », précise le communiqué. « A cet égard, ils ont appelé tous les Etats membres, et les organisations multilatérales et les partenaires bilatéraux, à accélérer et élargir de manière considérable la fourniture de ressources et d'une assistance matérielle et financière », citant notamment des laboratoires mobiles, des hôpitaux de campagne, du personnel qualifié, et des équipements de protection.

Le Conseil de sécurité a aussi exhorté « les Etats membres et tous les acteurs pertinents à fournir des moyens logistiques et aériens ainsi que des capacités de transport et de construction pour la lutte contre Ebola. »

Les membres du Conseil ont réitéré leur profonde admiration pour les professionnels sur le terrain qui affrontent l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest.

Mardi après-midi, le chef de la Mission des Nations Unies pour l'action d'urgence contre l'Ebola (MINUAUCE), Anthony Banbury, a fait le point sur la situation dans les trois pays les plus touchés par l'épidémie devant le Conseil de sécurité des Nations Unies réuni à New York.

« Si nous ne réussissons pas à stopper Ebola, nous serons confrontés à une situation sans précédent pour laquelle nous n'avons pas de plan de secours », a-t-il dit via vidéoconférence depuis Accra, au Ghana, où se trouve le siège de la MINUAUCE.

Citant des sources scientifiques, il a indiqué que les projections les plus alarmantes prévoyaient jusqu'à 10.000 victimes par jour d'ici au 1er décembre. Rappelant que la maladie se propageait d'abord dans les centres urbains des pays touchés, il a averti que la moitié des nouveaux cas surviendront dans les villes.

« Plus le temps passe, plus nous avons besoin d'argent et d'une gestion de crise efficace », a insisté M. Banbury.

De son côté, le Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques, Taye-Brook Zerihoun, a noté que les gouvernements des trois pays avaient mis en place des couvre-feux, instauré l'état d'urgence et imposé des restrictions à la circulation des personnes.

« Le climat est tendu, des incidents ont éclaté. Des travailleurs sanitaires et des fonctionnaires ont, par exemple, fait l'objet d'agressions », a-t-il indiqué, en évoquant les émeutes en Guinée, les attaques contre la police en Sierra Leone et les pillages de cliniques au Libéria.

En ce qui concerne les effets néfastes d'Ebola sur les économies nationales, M. Zerihoun a souligné que l'isolement régional des trois pays affectés avait déjà des conséquences graves sur leur taux de croissance et celui de la sous-région. « La Banque mondiale estime que si l'épidémie n'est pas éradiquée rapidement, les produits intérieurs bruts de ces trois pays et de la région seront durablement impactés, faisant peser de graves menaces sur la stabilité à ce niveau », a-t-il prévenu.

M. Zerihoun a fait observer que l'épidémie avait exacerbé en l'espace de quelques mois les principaux défis en matière de paix et de sécurité auxquels fait face l'Afrique de l'Ouest. Il a demandé aux pays touchés et à leurs voisins de s'inspirer des mesures prises par les gouvernements du Nigéria et du Sénégal, « qui ont réussi à empêcher la propagation du virus sur leur territoire ».

De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) a déclaré que le soutien logistique à la lutte mondiale contre Ebola s'accélérait, avec un nouvel approvisionnement en provenance d'Italie qui devait arriver mercredi par avion au Libéria.

Le vol, transportant 58 tonnes d'équipement, dont des réservoirs d'eau, des unités de nettoyage, et des générateurs, a décollé du dépôt de réponse humanitaire de l'ONU géré par le PAM (UNHRD) à Brindisi, en Italie. Cette semaine, plusieurs cargaisons ont été expédiées des dépôts UNHRD de Dubaï, Accra au Ghana et Las Palmas en Espagne. Elles comportaient notamment des équipements de protection, des trousses sanitaires d'urgence, du matériel de secours et d'autres équipements pour toute la région touchée.

« Le monde se mobilise et nous devons atteindre les plus petits villages dans les endroits les plus isolés. Tout porte à croire que les choses vont empirer avant de s'améliorer. Jusqu'à quel point ? Cela dépend de nous tous », a déclaré la directrice régionale du PAM pour l'Afrique de l'Ouest, Denise Brown.

« Au PAM, nous avons changé de rôle pour appuyer la communauté internationale afin d'endiguer cette épidémie sans précédent. Nous distribuons bien sûr de la nourriture, mais nous construisons aussi des centres de traitement Ebola et des plates-formes logistiques en utilisant des avions, des hélicoptères, des navires et des camions », a-t-elle ajouté.

Outre des vols d'approvisionnement, un navire affrété par le PAM est parti de Cotonou au Bénin le 14 octobre avec 7.000 tonnes de riz à son bord. Il doit arriver à Freetown, en Sierra Leone, avant la fin de la semaine, puis il se dirigera vers Monrovia, au Libéria.

Au Libéria, à la demande du gouvernement et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le PAM a installé quatre centres de traitement Ebola à Monrovia d'une capacité de 400 lits. La construction de deux des centres devrait être achevée d'ici ce week-end.

Par ailleurs, le Service aérien humanitaire des Nations Unies (UNHAS), géré par le PAM, a ouvert un nouveau couloir aérien entre Dakar, Accra, Freetown, Monrovia et Conakry pour faciliter le déploiement rapide du personnel humanitaire sur le terrain.


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