UNESCO : les efforts pour combler la pénurie d'enseignants se fait au détriment de la qualification

École primaire dans le district de Kyenjojo en Ouganda. Photo: UNICEF/Noorani (photo d’archive)

2 octobre 2014 – Dans la course pour combler la pénurie chronique d'enseignants dans le monde, de nombreux pays relèguent au second plan les exigences en termes de qualification. Ils compromettent de fait tout progrès en recrutant des personnes peu ou pas qualifiées, selon un nouveau rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

Ce rapport est publié à l'occasion de la Journée mondiale des enseignants, qui est officiellement célébrée le 5 octobre.

Préparé par l'Institut de statistique de l'UNESCO (ISU) et le Rapport mondial de suivi sur l'éducation pour tous, ce document montre qu'au moins 93 pays souffrent d'une pénurie aiguë d'enseignants et que près de quatre millions d'enseignants devront être recrutés pour assurer l'accès universel à l'éducation primaire d'ici 2015.

Si l'échéance est repoussée à 2030, ce sont plus de 27 millions d'enseignants qui devront être recrutés, parmi lesquels 24 millions devront l'être pour compenser l'attrition, d'après les données de l'ISU. Selon les tendances actuelles, 28 (soient 30%) de ces 93 pays ne pourront pas y parvenir. L'Afrique subsaharienne fait face à la pénurie d'enseignants la plus importante puisque c'est sur le continent que deux-tiers des nouveaux enseignants devront être recrutés d'ici 2030. Le problème est exacerbé par la croissance régulière de la population en âge d'être scolarisée.

« Pour les millions d'enfants vivant dans les pays qui manquent d'enseignants qualifiés, une éducation primaire universelle de qualité reste largement hors de portée », a déploré la Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova. « Les enseignants sont au cœur de tout système éducatif. Le recrutement et la formation des enseignants, qu'ils soient nouveaux ou déjà en poste, sont des éléments clé pour permettre la scolarisation et l'apprentissage des enfants ».

Pour faire face à cette pénurie, de nombreux pays recrutent des enseignants sans aucune qualification de base. D'après l'ISU, dans un tiers des pays disposant de données, moins de 75% des enseignants de primaire avaient reçu une formation conforme aux normes nationales en 2012. En Angola, au Bénin, en Guinée équatoriale, en Guinée-Bissau, au Sénégal et au Soudan du Sud, ce chiffre descend en dessous des 50%. Par conséquent, dans environ un-tiers des pays d'Afrique subsaharienne, le Rapport mondial de suivi sur l'éducation montre que le défi consistant à former des enseignants déjà en poste est plus grand encore que celui qui consiste à recruter de nouveaux enseignants.

« Mettre des formateurs, même s'ils sont de bonne volonté, devant des classes et proclamer qu'ils sont enseignants ne nous permettra pas de réaliser nos ambitions, à savoir assurer la scolarisation et l'apprentissage de tous les enfants », a affirmé Aaron Benavot, Directeur du Rapport mondial sur l'éducation pour tous. « Nous avons préparé un nouveau kit d'outils destiné aux enseignants afin qu'ils nous aident à relayer ces messages auprès de leurs gouvernements. Mieux que quiconque, les enseignants peuvent démontrer que la pénurie de personnel et le manque de formation ne permettent pas d'assurer une éducation de qualité ».

Les pays doivent s'assurer que tous les candidats au poste d'enseignant ont au moins terminé leurs études secondaires. Et pourtant, le Rapport montre que ce n'est souvent pas le cas : huit pays d'Afrique subsaharienne devraient recruter au moins 5% de leurs diplômés du secondaire pour renforcer leur corps enseignants d'ici 2020. Le Niger devrait en recruter jusqu'à 30%.

Selon les projections de l'ISU, le coût des salaires des enseignants supplémentaires nécessaires d'ici 2020 en Afrique subsaharienne équivaut à un surplus budgétaire de 5,2 milliards de dollars par an. Ce surcoût ne prend pas en compte la formation, les matériels d'apprentissage et les bâtiments scolaires. Le Nigéria, qui compte le plus grand nombre d'enfants non-scolarisés dans le monde, devra allouer à lui seul un surplus budgétaire de 1,8 milliard de dollars par an.

« La bonne nouvelle, c'est que la plupart des pays peuvent se permettre de recruter des enseignants supplémentaires s'ils continuent à investir régulièrement dans le domaine de l'éducation », a expliqué Hendrik van der Pol, Directeur de l'Institut de statistique de l'UNESCO. « Au cours des dix dernières années, les budgets de l'éducation en Afrique subsaharienne ont augmenté de 7% en termes réels, ce qui montre leur engagement à recruter plus d'enseignants et à scolariser plus d'enfants. Cependant, quatre pays devront augmenter de façon significative les budgets qu'ils allouent à l'éducation s'ils comptent couvrir ces coûts : la République centrafricaine, le Mali, le Tchad et le Malawi.»


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