Iraq : la chef des droits de l'homme de l'ONU tire la sonnette d'alarme

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay. Photo ONU/Jean-Marc Ferré

25 août 2014 – La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a condamné lundi les persécutions systématiques et généralisées commises en Iraq par l'organisation EIIL, qui s'autoproclame Etat islamique, et par les forces qui lui sont associées, qu'il s'agisse d'assassinats, de conversions forcées, d'enlèvements, d'abus sexuels, et de destructions de lieux de culte.

L'Etat islamique s'attaque à des communautés entières en raison de leur appartenance ethnique, religieuse ou confessionnelle, notamment des Chrétiens, des Yézidis, des Shabaks, des Turkmènes, des Kaka'e et des Sabéens.

« De graves et horribles violations des droits de l'homme sont commises quotidiennement par l'EIIL et les groupes armés associés », a dénoncé Mme Pillay dans une déclaration à la presse. « Ils visent systématiquement des hommes, des femmes et des enfants en fonction de leur appartenance ethnique ou religieuse et procèdent de manière impitoyable à un nettoyage ethnique et religieux dans les zones sous leur contrôle. De telles persécutions constitueraient des crimes contre l'humanité. »

Dans le gouvernorat de Ninive, des centaines de personnes pour la plupart yézidies ont été tuées et près de 2.500 enlevées au début du mois d'août. Les personnes enlevées seraient détenues dans divers endroits à Tal Afar et Mossoul. Les personnes qui ont accepté de se convertir sont détenues par l'EIIL. Quant à celles qui ont refusé de se convertir, des témoins ont rapporté que les hommes ont été exécutés tandis que les femmes et leurs enfants ont été emmenés comme esclaves.

« Des employés de l'ONU en Iraq ont reçu des appels téléphoniques déchirants de civils assiégés qui survivent dans des conditions terribles, avec peu ou pas d'accès à l'aide humanitaire, » a déclaré Mme Pillay. « Une femme enlevée par l'EIIL a réussi à communiquer avec notre personnel, et leur a dit que son fils adolescent et sa fille faisaient partie des nombreuses personnes violées et agressées sexuellement par des hommes armés de l'EIIL. »

Mme Pillay a également souligné le besoin urgent d'assistance humanitaire pour les personnes déplacées par le conflit et celles assiégées dans les zones sous contrôle de l'EIIL.

Au moins 13.000 membres de la communauté turkmène chiite à Amerli, dans le gouvernorat de Salah al-Din, dont 10.000 femmes et enfants, sont assiégés depuis le 15 juin par l'EIIL et des groupes armés associés. Les résidents endurent des conditions de vie difficiles avec de graves pénuries alimentaires et en eau et une absence complète de services médicaux. « On craint un possible massacre imminent », a dit le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH).

Navi Pillay a joint sa voix à celle du Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Iraq, Nickolay Mladenov, qui a appelé la communauté internationale à travailler avec les autorités pour prévenir une tragédie humanitaire et des droits de l'homme.

Samedi, M. Mladenov a lancé un cri d'alarme concernant les conditions dans lesquelles vivent les habitants d'Amerli.

« La situation des gens à Amerli est désespérée et exige des mesures immédiates pour empêcher le massacre possible de ses citoyens. La ville est assiégée par l'EIIL et des informations indiquent que les gens survivent dans des conditions désespérées. J'exhorte le gouvernement iraquien à faire tout son possible pour lever le siège et s'assurer que les résidents reçoivent une assistance vitale humanitaire ou sont évacués d'une manière digne. Les alliés de l'Iraq et la communauté internationale devraient travailler avec les autorités pour prévenir une tragédie humaine », a dit M. Mladenov.

Navi Pillay a également déclaré être préoccupée par le déplacement de milliers de Chrétiens et de membres des communautés turkmène et shabak, qui ont fui Mossoul et d'autres villes du gouvernorat de Ninive sous le contrôle de l'EIIL. Après avoir fui leurs maisons par crainte de représailles et d'exécutions, la plupart des personnes déplacées vivent dans des conditions désastreuses dans la région du Kurdistan et dans d'autres endroits dans le pays.

« Le gouvernement de l'Iraq, la région du Kurdistan iraquien et la communauté internationale doivent prendre toutes les mesures nécessaires et ne ménager aucun effort pour protéger les membres des communautés ethniques et religieuses, qui sont particulièrement vulnérables, et garantir leur retour dans leurs lieux d'origine dans la sécurité et la dignité », a dit Mme Pillay.


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