Deux ex-dirigeants khmers rouges condamnés à perpétuité pour crimes contre l'humanité

Khieu Samphan (à gauche) and Nuon Chea, lors de leur procès à la Chambre de première instance des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC). Pohoto: CETC

7 août 2014 – La Chambre de première instance des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) a déclaré jeudi deux ex-dirigeants khmers rouges, Nuon Chea et Khieu Samphan, coupables de crimes contre l'humanité commis entre le 17 avril 1975 et décembre 1977 et les a condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Nuon Chea a été secrétaire-adjoint du Parti communiste du Kampuchéa démocratique (PCK). Il détenait avec Pol Pot le pouvoir décisionnel ultime au sein du parti. Khieu Samphan est devenu membre candidat du Comité central du PCK en 1971 et membre de plein droit en 1976. En avril 1976, Khieu Samphan a été nommé Président du Présidium de l'État.

La Chambre de première instance est convaincue que Nuon Chea et Khieu Samphan ont participé à une entreprise criminelle commune ayant pour projet de réaliser une révolution socialiste rapide, par tous les moyens, à la faveur d'un « grand bond en avant ».

La Chambre est convaincue que ce projet commun a été mis en oeuvre à l'aide de politiques ayant pour objet de transférer de force les habitants des villes et de procéder à des déplacements forcés de population entre les zones rurales. En avril 1975, les soldats khmers rouges ont procédé à l'évacuation forcée de Phnom Penh et déplacé au moins deux millions de personnes, sous des prétextes fallacieux et des menaces, souvent sous la pression des armes, pratiquement sans avertissement, et dans une situation marquée par la terreur et les actes de violence.

La Chambre de première instance est également convaincue que Nuon Chea et Khieu Samphan ont mis en oeuvre le projet commun en ayant recours à une politique ayant consisté à prendre des mesures spécifiques à l'encontre des anciens soldats et fonctionnaires de la République khmère. Cette politique a notamment eu pour résultat l'exécution à Tuol Po Chrey, immédiatement après le 17 avril 1975, d'au moins 250 soldats et fonctionnaires de la République khmère.

La Chambre a dit que Nuon Chea et Khieu Samphan, par leur participation à l'entreprise criminelle commune, ont commis des crimes contre l'humanité. Selon elle, ils ont aussi planifié, incité à commettre et aidé et encouragé les crimes suivants : extermination, autres actes inhumains (sous la forme de disparitions forcées) et persécution pour motifs politiques. La Chambre a dit en outre que Nuon Chea avait ordonné ces crimes.

Selon la Chambre, Nuon Chea seul était pénalement responsable à titre de supérieur hiérarchique pour tous les crimes commis lors des déplacements de population et à Tuol Po Chrey.

La Chambre a condamné Nuon Chea et Khieu Samphan à la réclusion criminelle à perpétuité, rappelant qu'ils ont chacun le droit de faire appel des déclarations de culpabilité et de la condamnation.

La Chambre a aussi approuvé la mise en oeuvre de onze projets ayant pour objet de reconnaître de manière appropriée le dommage subi par les parties civiles. Elle a notamment approuvé l'instauration d'une journée nationale officielle de commémoration, l'édification à Phnom Penh d'un monument commémoratif en hommage aux victimes des évacuations forcées et un projet de témoignages à visée thérapeutique.

Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a pris note du jugement, estimant qu’il s’agissait d’un « jour capital pour le peuple du Cambodge et pour la justice criminelle internationale. »

M. Ban a aussi salué la décision de l’Assemblée nationale du Cambodge de tenir des sessions à partir du 8 août avec tous ses membres, dont les parlementaires de l’opposition. Il a également salué la réouverture du Parc de la liberté à Phnom Penh et a encouragé les deux principaux partis politiques au Cambodge à continuer leurs efforts pour mener des réformes et renforcer les institutions démocratiques, a indiqué son porte-parole dans une déclaration à la presse.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Cambodge : les Chambres extraordinaires clôturent l'affaire Ieng Sary à l'issue du décès de l'accusé

Coup de projecteur