Le Soudan du Sud au bord d'une catastrophe humanitaire, selon l'ONU

Le Sous-Secrétaire général des Nations Unies pour les opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet. Photo ONU/Loey Felipe

6 août 2014 – Alors que les pourparlers entre le gouvernement du Soudan du Sud et l'opposition ont repris le 4 août sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), le Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet, a averti mercredi devant le Conseil de sécurité le pays était au bord d'une catastrophe humanitaire causée par la poursuite du conflit interne.

« Les responsables de cette crise prennent trop de temps pour la résoudre et chaque partie demeure convaincue qu'elle pourra accomplir davantage en optant pour la voie militaire », a regretté M. Mulet, qui a appelé les parties à conclure un accord sans plus tarder pour mettre un terme au conflit et lancer le processus de réconciliation.

M. Mulet, qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général sur le Soudan du Sud, a également prévenu que la situation qui prévaut actuellement sur le terrain risquait de faire durer les souffrances des personnes déplacées et que le statu quo actuel n'était pas viable. Il est donc important de rechercher activement une solution durable à cette crise, a-t-il insisté.

Le Sous-Secrétaire général a précisé qu'à Addis-Abeba, où se déroulent les pourparlers de paix, les représentants du gouvernement et du Mouvement/l'Armée populaire de libération du Soudan dans l'opposition (M/APLS dans l'opposition) axent leurs efforts sur la mise en œuvre de l'Accord de cessation des hostilités. Un des autres principaux défis, a-t-il ajouté, sera d'aligner les positions de l'ensemble des États membres de l'IGAD au sujet de l'application éventuelle de sanctions contre ceux qui continueraient de saper le processus de paix.

« Il est urgent que la communauté internationale s'exprime d'une seule voix pour prévenir toute entrave au processus de paix et dissuader les parties de régler le conflit par la voie militaire », a souligné M. Mulet, pour qui la visite qu'effectueront prochainement les membres du Conseil de sécurité au Soudan du Sud arrive à point nommé.

M. Mulet s'est dit très inquiet de l'insécurité alimentaire qui menace 3,9 millions de personnes, de la situation des 1,1 million de personnes déplacées et des 434.000 autres qui ont fui vers les pays voisins. En outre, 50.000 enfants risquent de mourir de malnutrition aiguë cette année et l'épidémie de choléra continue de s'étendre.

Les travailleurs humanitaires ont pu atteindre 2,4 millions de personnes, mais leurs efforts sont entravés par l'insécurité, le manque de ressources financières et de personnel, ainsi que par des contraintes logistiques et politiques, a-t-il fait remarquer.

Le Sous-Secrétaire général a indiqué que la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) accueillait actuellement plus de 95.000 personnes déplacées dans ses locaux. Les conditions dans lesquelles vivent ces personnes, qui sont déjà extrêmement difficiles, se sont considérablement détériorées à la suite des inondations à Bentiu et à Malakal. Des crimes violents ont été aussi signalés.

Le déploiement de troupes supplémentaires de l'ONU autorisé par la résolution 2155 du Conseil de sécurité progresse bien, a assuré M. Mulet, en précisant que depuis le 4 août, 3.525 des 5.500 soldats supplémentaires avaient été déployés et les contingents restant devraient l'être d'ici au mois d'octobre.

Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a également exprimé mercredi sa profonde préoccupation face à la situation humanitaire catastrophique au Soudan du Sud.

Il a notamment condamné dans les termes les plus forts le récent assassinat de cinq employés sud-soudanais travaillant pour des organisations humanitaires non gouvernementales dans l'Etat du Haut-Nil. « Le Secrétaire général présente ses plus sincères condoléances à leurs familles endeuillées », a dit son porte-parole dans une déclaration à la presse.

« Le Secrétaire général exige que les autorités compétentes procèdent à une enquête complète sur ces événements tragiques. Il appelle toutes les forces et groupes armés au Soudan du Sud à faire tout leur possible pour maintenir hors de danger les employés humanitaires et les civils », a-t-il ajouté. « Le Secrétaire général réaffirme qu'il n'y a pas de solution militaire à la crise au Soudan du Sud et exhorte les parties à cesser immédiatement leurs opérations militaires et à démontrer leur volonté politique de trouver une solution pacifique au conflit. »

Le Secrétaire général s'est félicité de la reprise, le 4 août, des pourparlers à Addis-Abeba sous les auspices de l'IGAD. Il a exhorté les parties à s'engager sérieusement et pleinement à un dialogue constructif pour faire avancer concrètement le processus politique et mettre en œuvre sans plus tarder les accords qu'ils ont signés le 23 janvier 2014, et sur lesquels ils se sont à nouveau engagés le 9 mai 2014, notamment une cessation des hostilités.

Le Secrétaire général s'est félicité également de la visite du Conseil de sécurité de l'ONU au Soudan du Sud prévue en août.

Dans une déclaration à la presse publiée mercredi soir, le Conseil de sécurité a également vivement condamné les récentes attaques meurtrières par des groupes armés contre des travailleurs humanitaires et des civils dans l'Etat du Haut-Nil.

"Les membres du Conseil ont condamné dans les termes les plus forts ces actes et ont souligné que les attaques contre des civils, et des travailleurs humanitaires, pourraient constituer des crimes de guerre", selon la déclaration.


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