Syrie : la Commission d'enquête indépendante affirme que l'impunité est généralisée

Le Président de la Commission internationale d’enquête sur la Syrie, Paulo Pinheiro. Photo ONU/Jean-Marc Ferré

17 juin 2014 – Le Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne, Paulo Sérgio Pinheiro, a indiqué mardi que le conflit en Syrie avait atteint un « point de basculement » alors que la violence a connu une escalade fulgurante et que l'impunité est généralisée même pour les crimes les plus graves.

« Nous attendons toujours que la communauté internationale, et en particulier le Conseil de sécurité, exigent que les auteurs des crimes qui sont commis tous les jours contre le peuple syrien soient tenus pour responsables. Par leur inaction, un espace a été créé pour les pires comportements », a déclaré M. Pinheiro lors de la présentation de son rapport au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève.

M. Pinheiro a expliqué que les détenus sont torturés dans les prisons, des hommes ont été décapités en public dans la ville de Raqqah, les femmes portent les cicatrices de violences sexuelle et les enfants sont recrutés pour combattre dans les groupes armés.

Le rapport de la Commission d'enquête se base sur plus de 3.000 entretiens avec des témoins qui indiquent qu'il y a eu un grand nombre de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité en Syrie. « La nature systématique des violations a été établie et la culpabilité des auteurs présumés a été déterminée. Le résultat est une base solide de preuves qui servira d'engagement pour assurer la responsabilité », a indiqué M. Pinheiro.

Les forces du gouvernement ont progressé de façon lente mais constante depuis plusieurs mois en inscrivant des victoires stratégiques dans les gouvernorats de Homs, de Damas et d'Alep. Ces victoires ont souvent été obtenues grâce à des attaques sans distinction concernant la nature des cibles et à de longs sièges des quartiers occupés par les forces d'opposition.

Les groupes armés d'opposition ont quant à eux subi des revers, en partie à cause de leurs mauvais traitements des populations civiles, l'incapacité à améliorer la situation humanitaire et la mauvaise gestion des ressources disponibles, souvent à cause de la corruption. Les défaites militaires ont également contribué au déclin de leur popularité.

« Les groupes armés qui ont récemment réalisé des avancées à Idlib et à Quneitra doivent leur succès à la collaboration avec des groupes tels que Jabhat al-Nusra et au soutien de gouvernements étrangers. Le groupe islamiste l'Etat islamique en Iraq et au Levant (EIIL) continue de contrôler une grande partie du nord et de l'ouest de la Syrie et pourra bientôt se servir de l'équipement militaire saisi lors de l'occupation de plusieurs villes iraquiennes », a rappelé le Président de la Commission d'enquête.

« Les bombardements aériens menés par les forces du gouvernement, y compris avec des barils de pétrole remplis d'explosifs, ont causé des pertes considérables parmi les civils. La ville d'Alep et des localités autour de Deraa ont été attaquées de façon impitoyable. Les attaques contre des écoles notamment ont fait un grand nombre de victimes parmi les enfants », a-t-il ajouté.

En outre, les groupes armés et les forces du gouvernement continuent de limiter l'accès des travailleurs humanitaires et l'approvisionnement en nourriture, en eau et en médicaments, malgré l'appel lancé par le Conseil de sécurité dans la résolution 2139. Ils ont aussi délibérément désactivé et détruit les infrastructures civiles essentielles, telles que les réseaux de distribution d'eau et d'électricité.

« Les tentatives pour parvenir à un règlement politique négocié semblent avoir été abandonnées », a indiqué M. Pinheiro. « Les parties prenantes ont relancé les efforts militaires dans l'illusion dangereuse que la victoire militaire est à portée de main. Cette illusion a conduit à de nouveaux massacres, qui détruisent la nation et laissent des cicatrices pour les générations à venir ».

Le Président de la Commission d'enquête a affirmé que les États qui ont une influence sur les parties prenantes semblent s'être détournés de la recherche d'une solution politique, en ajoutant que certains États continuent de livrer des armes, soit aux forces du gouvernement soit aux groupes d'opposition.

« Ce faisant, ils alimentent une guerre par procuration en Syrie », a déclaré M. Pinheiro. « Aucun de ces États ne peut prétendre ignorer la façon dont leur soutien sera utilisé. Les armes qu'ils envoient aux parties prenantes au conflit en Syrie sont utilisées pour commettre des crimes de guerre et les violations des droits de l'homme ».


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