Soudan du Sud : Navi Pillay met en garde contre des signes précurseurs de génocide

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, (au centre), et le Conseiller spécial des Nations Unies pour la prévention du génocide, Adama Dieng, lors d’une visite au Soudan du Sud en mai 2014. Photo MINUSS

9 mai 2014 – Suite à la publication d'un rapport de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) sur de probables crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis par les parties prenantes dans ce pays, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a souligné vendredi qu'il était urgent de mettre fin au conflit.

Mme Pillay avait déjà tiré la sonnette d'alarme face à la gravité de la situation suite à sa mission dans le pays il y a deux semaines, et elle a indiqué que le rapport de la MINUSS est une nouvelle preuve de la situation « extrêmement dangereuse » au Soudan du Sud. Le rapport relate avec beaucoup de détails les meurtres de masse et les représailles dont souffrent les civils sud-soudanais.

« En tant qu'ancienne Présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Mme Pillay reconnait un grand nombre de signes précurseurs de génocide, dont la diffusion par les médias d'incitations à la haine et aux violences sexuelles contre les femmes d'un groupe ethnique particulier, les attaques contre des civils dans des hôpitaux, des églises et des mosquées et même contre des personnes ayant trouvé refuge dans des camps de l'ONU », a expliqué le porte-parole du Haut-commissariat aux droits de l'homme (HCDH), Rupert Colville, lors d'un point de presse à Genève.

La Haut-Commissaire a indiqué que sa propre visite, et plus récemment la visite du Secrétaire général Ban Ki-moon et d'autres personnalités politiques, avaient aidé à attirer l'attention sur la nécessité d'agir, notamment en faisant pression sur les dirigeants des deux parties en conflit pour qu'elles entament des négociations de paix sérieuses et mettent fin à la violence.

Il est urgent pour ces dirigeants sud-soudanais, le Président Salva Kiir d'une part et le dirigeant de l'opposition Riek Machar de l'autre, de prendre des mesures concrètes pour éteindre le feu qu'ils ont eux-mêmes allumé, a souligné la chef du HCDH.

« Suite aux révélations de ce rapport, il n'y a plus d'excuses pour MM. Kiir et Machar de continuer à éviter d'identifier et d'arrêter les commandants et autres individus issus de leurs rangs qui sont impliqués dans de graves violations des droits de l'homme, y compris des crimes de guerre et crimes contre l'humanité », a déclaré le porte-parole.

« Il n'est simplement pas possible de croire que le gouvernement ne savait pas qui, parmi ses commandants, étaient responsables de l'organisation du massacre de plus de 300 hommes Nuer qui ont été forcés à entrer dans un bâtiment du gouvernement dans le quartier de Gudele de la capitale Juba le 16 décembre », a-t-il affirmé. « De même, il n'est pas possible de croire que M. Machar ne sait pas lesquels de ces commandants ont initié et procédé au massacre de plusieurs centaines de civils dans des hôpitaux, mosquées, marchés et autres endroits à Bentiu le 15 avril. Malheureusement, ces deux incidents s'inscrivent dans une longue liste de meurtres de civils et autres graves violations décrits dans le rapport ».

La Haut-Commissaire a exhorté le Président Kiir et M. Machar de dénoncer publiquement et clairement de tels actes de la part de leurs combattants et de souligner que les auteurs de tels crimes seront arrêtés et poursuivis en justice. En tant que dirigeants, ils ont une obligation d'empêcher toutes violations commises par des hommes sous leurs ordres.

Les deux dirigeants sud-soudanais devaient se rencontrer vendredi à Addis Abeba, en Ethiopie, pour des négociations de paix, et la Haut-Commissaire les a appelés à faire de véritables efforts concertés pour arriver à un accord au plus vite. En attendant, ils doivent agir pour mettre fin à la violence, a-t-elle dit.


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