Nigéria : Ban Ki-moon très inquiet du sort des jeunes filles enlevées

Photo: UNICEF

8 mai 2014 – Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, s'est dit très préoccupé par le sort des jeunes filles récemment enlevées dans l'Etat de Borno, au Nigéria, et il a fait part de son inquiétude lors d'une conversation téléphonique avec le Président nigérian Goodluck Jonathan.

Le Secrétaire général « partage l'angoisse des familles des jeunes filles et du peuple du Nigéria en cette période traumatique ». Il affirme une nouvelle fois « que viser des enfants et des écoles est contraire au droit international et ne peut être justifié en aucune circonstance », a dit son porte-parole dans une déclaration à la presse.

Lors de sa conversation téléphonique avec le Président Jonathan, M. Ban a exprimé sa solidarité avec le peuple du Nigéria, notamment avec les familles des jeunes filles.

Le Président nigérian a informé le Secrétaire général sur l'état actuel des recherches menées pour libérer les jeunes filles enlevées. Il a accepté l'offre de Ban Ki-moon d'envoyer un représentant de haut-niveau au Nigéria pour discuter comment les Nations Unies peuvent mieux soutenir les efforts du gouvernement pour s'attaquer aux défis internes.

« Le Secrétaire général promet la poursuite du soutien des Nations Unies aux efforts du Nigéria pour s'attaquer aux défis internes. Le Secrétaire général rappelle à toutes les personnes concernées que les droits de l'homme et le droit humanitaire international doivent être pleinement respectés », a dit son porte-parole.

De son côté, la Procureure de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a déclaré jeudi que l’enlèvement de plus de 200 lycéennes dans l’Etat de Borno était choquant et inquiétant.

De tels actes « pourraient constituer des crimes relevant de la compétence de la Cour pénale internationale », a dit Mme Bensouda dans un communiqué de presse.

« Le phénomène inquiétant consistant à cibler des personnes de sexe féminin en période de conflit, cette fois-ci dans l’État de Borno, ne saurait être toléré et doit cesser. Il ne faut négliger aucune piste pour que les responsables de telles atrocités répondent de leurs actes devant la justice au Nigéria ou à la CPI », a-t-elle ajouté. « Ces jeunes filles doivent être libérées immédiatement pour leur permettre de retrouver, saines et sauves, leurs communautés et leurs familles. »

La situation au Nigéria fait l’objet d’un examen préliminaire ouvert par le Bureau du Procureur de la CPI depuis 2010. En août 2013, le Bureau a publié un rapport dans lequel il a conclu qu’il existait une base raisonnable de croire que le groupe Boko Haram, qui a revendiqué l’enlèvement des jeunes filles, commettait les crimes de meurtre et persécution constitutifs de crimes contre l’humanité depuis juillet 2009.

Les informations qu’a pu recueillir le Bureau donnent à penser que la fréquence et l’intensité des attaques attribuées à Boko Haram, s’agissant notamment d’enlèvements de femmes et de filles et d’esclavage sexuel, se sont fortement accrues depuis janvier 2014. Certains crimes présumés commis par Boko Haram constitueraient également des crimes de guerre, dans la mesure où le Procureur a récemment conclu que la situation constituait un conflit armé non international.

Le Nigéria étant un État partie au Statut de Rome, la CPI peut exercer sa compétence s’agissant des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de génocide commis sur le territoire de ce pays ou par ses ressortissants à partir du 1er juillet 2002. Ayant conclu que certains crimes présumés commis dans le cadre de la situation au Nigéria relevaient de la compétence ratione materiae de la CPI, le Bureau du Procureur examine actuellement les procédures nationales pertinentes engagées conformément au principe de complémentarité.

Au vu des dispositions du Statut de Rome, il revient en premier lieu aux autorités nigérianes d’enquêter à propos des crimes présumés et d’en poursuivre les responsables. Toutefois, la CPI pourrait être saisie à un stade ultérieur pour connaître de telles affaires si aucune enquête ou poursuite véritable n’est entamée au Nigéria, ou si les autorités nationales compétentes n’ont ni la volonté ni la capacité de le faire.

De leur côté, des experts des droits de l’homme des Nations Unies et de l’Union africaine ont aussi appelé le groupe Boko Haram a libérer immédiatement les jeunes filles enlevées.

Dans un communiqué de presse conjoint, les experts ont également appelé le gouvernement nigérian « à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir leur retour sains et saufs et à faire en sorte que les auteurs de l’enlèvement rendent des comptes. »

Ce groupe d’experts comprend la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants, Najat Maalla M’jid, la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les forms contemporaines d’esclavage, Gulnara Shahinian, la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes, ses causes et ses consequences, Rashida Manjoo, la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur le traffic des êtres humains, notamment les femmes et les enfants, Ngozi Ezeilo, la Présidente du Groupe de travail de l’ONU sur la question de la discrimination contre les femmes dans la loi et dans la pratique, Frances Raday, et la Rapporteuse spéciale sur les droits des femmes en Afrique de la Commission africaine sur les droits humains et des peuples, Soyata Maiga.


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