Centrafrique : l'évacuation des déplacés doit être une mesure de dernier recours - experts

Des résidents musulmans de Kaga Bandoro, en République centrafricaine, fuient vers le Tchad, escortés par des miliciens Séléka en mars 2014. Photo ONU/Emmanuelle Schneider

25 avril 2014 – L'évacuation, en République centrafricaine, de minorités religieuses afin de protéger leur vie doit être une mesure de dernier recours mise en œuvre en consultation avec elles et en conformité avec les normes internationales, ont averti vendredi deux experts onusiens des droits de l'homme.

Les rapporteurs spéciaux sur les droits de l'homme des personnes déplacées internes, Chaloka Beyani, et sur les questions des minorités, Rita Izsák, ont souligné que, même dans une situation aussi extrême que celle-ci, il est important de s'assurer que les communautés concernées soient en mesure de prendre leur propre décision. « Le dilemme entre rester et risquer sa vie ou être évacué est très lourd pour les membres des minorités religieuses en République centrafricaine », ont-ils ajouté.

« Les évacuations doivent être décidées au cas par cas, avec le plein consentement des personnes concernées. Il est important que chacun ait le droit de décider de rester ou d'être évacué avec la garantie d'un retour dans la sécurité et la dignité, une fois que les conditions le permettent », a déclaré M. Beyani, tout en soulignant le risque de déplacement prolongé et de nouvelles divisions au sein des communautés.

Mme Izsák a exprimé sa profonde inquiétude face à la situation des personnes déplacées, en majorité de confession musulmane, et réclamé la protection des droits des minorités. « La situation dans le pays est extrêmement grave et la nécessité de sauver des vies doit être une préoccupation majeure, au regard du niveau actuel de violence et de l'échelle des déplacements. »

« Une évacuation ne doit être entreprise que si elle est absolument nécessaire pour sauver des vies et ne doit engendrer qu'un déplacement à court terme, avec une perspective de retour dans le foyer », a déclaré l'experte sur les questions des minorités. « Qu'elles restent là où elles sont ou qu'elles soient évacuées, ces personnes doivent être protégées de façon urgente et pleinement consultées sur ce qui leur arrive dans le court, moyen et long terme. »

Le Rapporteur spécial Chaloka Beyani s'est félicité de la résolution du Conseil de sécurité visant à déployer une mission de maintien de la paix dans le pays, tout en se disant préoccupé par le fait que les composantes policière et militaire de la mission ne commenceront à être opérationnelles qu'à partir de la mi-septembre.

« Le temps presse et les personnes ayant besoin de protection ne peuvent pas attendre plus longtemps », a-t-il souligné. « Elles ont besoin d'être assurées qu'elles bénéficieront d'une protection immédiate et efficace contre les représailles. »

« Dans l'intervalle, le gouvernement doit recevoir un soutien adéquat de l'Union africaine, ainsi que des forces françaises et européennes », a déclaré M. Beyani, joignant en cela la voix des experts des droits de l'homme à celle du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a indiqué vendredi que le nombre d’enfants traités pour malnutrition aiguë sévère à Bangui a triplé depuis le début de 2014. Près de 680 enfants au cours du premier trimestre de cette année ont été traités à l’hôpital pédiatrique de Bangui contre 214 l’an dernier.

On estime que 28.000 enfants pourraient souffrir de malnutrition aiguë cette année, a expliqué un porte-parole de l’UNICEF, Christophe Boulierac, à Genève.

« La majorité des familles sont incapables de planter leurs cultures ou gagner leur vie, et il y a un accès insuffisant à l’eau potable, à l’assainissement et aux soins de santé », a-t-il ajouté.

« Ici, en République centrafricaine, davantage d’enfants vont mourir de malnutrition et de maladies connexes que de blessures par balles », a dit le Représentant de l’UNICEF en République centrafricaine, Souleymane Diabaté. « La malnutrition est encore plus mortelle pendant la saison des pluies, quand la diarrhée et le paludisme sont à leur apogée. Ces deux maladies mettent en danger la vie des enfants souffrant de malnutrition ».


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