Soudan : la FAO prévient d'une aggravation de la crise alimentaire et nutritionnelle

Une femme dans un camp de déplacés près de Nyala, au Sud-Darfour. Photo ONU/Albert Gonzalez Farran

10 avril 2014 – L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a prévenu jeudi que les agriculteurs et les éleveurs du Soudan ont besoin d'une aide d'urgence pour empêcher la situation d'insécurité alimentaire de se détériorer davantage.

Près de 3,3 millions d'individus sont actuellement en situation d'insécurité alimentaire, mais les chiffres devraient grimper à 4 millions durant les prochains mois compte tenu de l'intensification des conflits et des déplacements au Darfour, des mouvements de réfugiés depuis le Soudan du Sud, des mauvaises récoltes et de l'escalade des prix alimentaires.

Dans certaines zones du Soudan, l'insécurité alimentaire devrait atteindre des niveaux extrêmement critiques au cours des prochaines semaines, entraînant une malnutrition encore plus aiguë aux conséquences dévastatrices pour les groupes vulnérables.

« Le Soudan est une crise oubliée qui ne cesse de dégénérer », a déclaré le Représentant de la FAO dans le pays, Abdi Adan Jama. « Nous devons veiller sans délai à ce que les éleveurs et les cultivateurs vulnérables soient en mesure de rebâtir leurs moyens d'existence, nourrir leur famille, réduire leur dépendance vis-à-vis de l'aide alimentaire et reconstruire leur vie ».

Pour l'heure, les agences onusiennes et leurs partenaires n'ont reçu que 3,5% des 995 millions de dollars sollicités pour lancer les interventions humanitaires d'urgence énoncées dans le Plan de réponse stratégique pour le Soudan 2014.

La situation de la sécurité alimentaire actuelle au Soudan a de multiples causes, notamment une mauvaise récolte 2013-2014 due à des précipitations tardives et inférieures à la moyenne dans les principales zones de culture, avec une chute de la production céréalière à 65-70% de la moyenne des cinq dernières années.

Face à la recrudescence des combats et des violences inter-tribales, les habitants ont abandonné leurs logements et leurs terres, manquant les campagnes essentielles des semis et des récoltes, en particulier dans les régions du Darfour, du Nil bleu et du Kordofan méridional. La recrudescence des hostilités au Darfour a entraîné des déplacements de plus de 200.000 personnes depuis le début de l'année.

Les prix des céréales, poursuivant leur hausse constante depuis mai-juin 2013, avaient atteint des niveaux record sur la plupart des marchés en mars 2014, réduisant considérablement le pouvoir d'achat des familles vulnérables. En mars 2014, le prix du sorgho, le principal aliment de base, était supérieur de plus de 70% à celui de mars 2013.

Les prix des denrées vivrières de base devraient poursuivre leur escalade de février à juin 2014 de 10-15 pour cent en moyenne, a précisé la FAO.

Parallèlement, l'intensification des mouvements de réfugiés en provenance du Soudan du Sud vers les zones frontalières mettent les ressources locales sous pression et accroissent les risques de conflits.

Cela aura également un impact sur les populations pastorales nomades du Soudan, qui font paître des millions de têtes de bétail au Soudan du Sud durant la saison sèche.

« Environ 80% de la population rurale du Soudan dépend de l'agriculture pour vivre, et si nous manquons de reconnaître l'ampleur de la crise et nous n'agissons pas à temps, la situation va dégénérer considérablement », a souligné M. Jama.

La FAO sollicite 19 millions de dollars pour une série d'interventions d'urgence en faveur de 5,4 millions de personnes. Elle n'a reçu que 7 millions de dollars jusqu'à présent. Il reste donc 12 millions de dollars à pourvoir.

L'Organisation envisage de fournir une aide à 900.000 des ménages les plus vulnérables pour rebâtir leurs moyens d'existence, c'est-à-dire des cultures polyvalentes qui répondent à leurs besoins nutritionnels, protègent les sols, servent d'alimentation pour le bétail afin de soutenir la production laitière, et garantissent de bons prix sur les marchés.


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