Centrafrique : la situation se détériore et le chaos menace, selon l’ONU

Des résidents musulmans de Kaga Bandoro, en République centrafricaine, fuient vers le Tchad, escortés par des miliciens Séléka en mars 2014. Photo ONU/Emmanuelle Schneider

28 mars 2014 – Un an après que les rebelles ont pris le pouvoir en République centrafricaine (RCA), la situation dans le pays continue de se détériorer, ont affirmé vendredi plusieurs responsables des Nations Unies.

Lors d’une conférence de presse à Genève, Volker Turk, responsable de la protection internationale au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a indiqué que l’insécurité dans la capitale Bangui s’était considérablement accrue récemment.

« Ce que nous voyons maintenant, c’est que les éléments anti-Balaka sont effectivement de plus en plus militarisés », a dit M. Turk, qui a récemment visité le pays. « Il y a une transformation de la violence concernant notamment les populations musulmanes qui sont plus en plus menacées à Bangui, mais aussi dans d’autres parties de l’ouest de la République centrafricaine. Le niveau de haine est extrêmement élevé. »

Jens Laerke, le porte-parole du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Genève a indiqué pour sa part que la tendance au retour des personnes déplacées s’était inversée.

Le 27 février, il y avait 276.000 personnes déplacées à Bangui, selon OCHA. Deux semaines plus tard, le 12 mars, le nombre de déplacés dans la capitale avait diminué de 100.000. Mais à compter d’aujourd’hui, le nombre de déplacés à Bangui est de nouveau passé de 177.000 à environ 200.000.

« Si la violence continue, les personnes déplacées ne pourront pas rentrer chez elles avant la saison des pluies, qui commence vraiment à la mi-avril », a déclaré M. Laerke. « La violence limitera également l’accès humanitaire et sapera nos efforts visant à stabiliser les communautés et permettre les retours. »

De son côté, l'Experte indépendante des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en République centrafricaine, Marie-Thérèse Keita-Bocoum, a averti vendredi que le gouvernement de transition avait moins d'un an pour préparer les élections et améliorer la situation des droits de l'homme et que ces avancées ne pourraient intervenir sans un soutien fort et durable.

« Sans une assistance réelle, il sera impossible de faire fonctionner l'Etat et d'améliorer la situation des droits de l'homme dans le pays », a-t-elle déclaré lors de la présentation, à Genève, de son premier rapport devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies depuis sa nomination en janvier 2014.

« Pour éviter le chaos en République centrafricaine et dans la sous-région, on ne peut plus se contenter de solutions purement cosmétiques ni se contenter de compter les morts et les victimes », a affirmé l'Experte indépendante.

Elle s'est félicitée de la prise de conscience, par les autorités de la transition, de la nécessité de protéger les droits de l'homme et de prévenir leurs violations, et de la reconnaissance de la fragilité de l'Etat et de son administration. Elle a expliqué que cette prise de conscience constituait une opportunité réelle d'établir un dialogue et une assistance technique.

Cette opportunité ne pourra toutefois se concrétiser que si la communauté internationale tient ses promesses et met à disposition les effectifs de fonctionnaires internationaux civils et militaires nécessaires, conformément à la résolution du Conseil de sécurité, a précisé Mme Keita-Bocoum.

Selon elle, les limites des capacités de l'Etat centrafricain exigent des mesures intérimaires plus robustes et audacieuses. L'Experte indépendante a exhorté la communauté internationale à doter les missions internationales présentes en République centrafricaine d'un mandat, de ressources et de l'expertise nécessaires pour rétablir immédiatement la sécurité et restaurer l'autorité de l'Etat, au besoin, par des mesures et des prérogatives intérimaires d'administration territoriale et de maintien de l'ordre.

« J'ai lu le désespoir dans les yeux des Centrafricains traumatisés par la violence ; ce désespoir interpelle toute la communauté internationale », a dit Mme Keita-Bocoum.


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