Centrafrique : Pillay prévient que le soutien de la communauté internationale est insuffisant

La Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, lors d’une conférence de presse à Bangui, en République centrafricaine. Photo: BINUCA/ Dany Balepe

20 mars 2014 – La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, qui est actuellement en mission en République Centrafricaine, a exprimé jeudi sa préoccupation concernant la situation d'urgence complexe qui affecte ce pays, et a souligné la nécessité d'un soutien plus solide de la communauté internationale.

« La situation en République Centrafricaine est extrême. Bien que les tueries à grande échelle qui ont eu lieu en décembre et janvier paraissent être arrêtées pour le moment, principalement en raison de la présence des Forces de la Mission de maintien de la paix de l'Union africaine (MISCA) et de la Force militaire française, connue sous le nom de Sangaris dans des zones chaudes, des personnes continuent d'être tuées quotidiennement, notamment par des groupes anti-Balaka », a déclaré Mme Pillay lors d'une conférence de presse à Bangui.

« Environ 15.000 musulmans se trouvent piégés à Bangui et dans d'autres endroits du pays au Nord, au Nord-Ouest et au Sud, protégés par les forces internationales, néanmoins dans des situations extrêmement dangereuses et insoutenables », a-t-elle ajouté.

La Haut-Commissaire a affirmé que la haine entre communautés demeure à un niveau terrifiant. Les personnes, et même des enfants, sont non seulement tuées, mais aussi torturées, mutilées, brûlées et démembrées – parfois par des groupes mobilisés de manière spontanée, tout comme par des groupes organisés de combattants armés.

Selon les organisations de la société civile et les agences des Nations Unies, les viols et violences sexuelles ont augmenté, particulièrement dans les camps des personnes déplacées. Deux districts dans la capitale demeurent des zones non-accessibles, avec des populations musulmanes piégées. Une grande partie des musulmans qui vivaient auparavant à Bangui se sont enfuis, tout comme les habitants de plusieurs villes et villages – dont beaucoup ont été partiellement ou entièrement détruits – dans l'ouest du pays.

« Les anti-Balaka, dont création est au départ liée à la réaction contre les exactions des Séléka, se métamorphosent désormais en gangs criminels qui ont également commencé à entraîner les chrétiens et autres non-musulmans », a expliqué Mme Pillay.

La Haut-Commissaire a expliqué que la MISCA, Sangaris et les agences humanitaires doivent surmonter des problèmes considérables, pour tenter de protéger les populations musulmanes, et sont souvent confrontés au terrible dilemme de devoir choisir entre aider involontairement au « nettoyage » des populations musulmanes piégées, ou de les laisser – contre leur volonté – dans des lieux où il y a un réel danger de les voir exécutés en masse.

L'économie s'est effondrée, le système sanitaire est virtuellement inexistant dans plusieurs endroits, de même que l'éducation. Comme souligné par le Programme alimentaire mondial (PAM), le pays fait également face à une crise alimentaire, avec une sécurité alimentaire menacée par le manque de fonds, les difficultés d'accès, ainsi qu'une longue saison de pluie qui va bientôt commencer.

« Les dirigeants de l'Etat m'ont fait comprendre, qu'en réalité, il n'existait pas d'Etat. Il n'y a pas d'armée nationale cohérente, ni de police, ni de système judiciaire, pratiquement pas de lieux de détention des criminels, ni de moyens de les juger », a indiqué Mme Pillay.

« Tous ceux que j'ai rencontrés ont mis l'accent sur la nécessité urgente de rétablir la loi et l'ordre - notamment grâce le déploiement de policiers et de gendarmes bien formés. Cependant, avec si peu de ressources disponibles même pour payer leurs salaires, il semble y avoir peu en matière de planification sérieuse pour assurer non seulement que cela se produise, mais se produise rapidement », a-t-elle souligné.

La Haut-Commissaire a rappelé qu'au cours des neuf derniers mois, elle a envoyé trois équipes de surveillance en Centrafrique pour documenter les violations des droits de l'homme qui ont été commises. Les capacités de la composante droits de l'homme du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA) devront être renforcées, notamment pour appuyer la Commission d'enquête sur la Centrafrique qui a été mise en place par le Conseil de sécurité en décembre et qui est maintenant sur le terrain et opérationnelle.

« J'ai exhorté tous mes interlocuteurs à faire tout leur possible pour aider cet organe très important, qui jouera un rôle clé pour désigner les responsables des violations les plus graves qui ont eu lieu depuis le début de la crise actuelle », a déclaré Mme Pillay.

Bien que la Centrafrique ait fait l'objet de l'attention internationale, cette attention est selon Mme Pillay loin d'être proportionnelle aux besoins, surtout par rapport à d'autres situations où les interventions internationales ont été marquées de succès.

« La création d'un système efficace de justice, de prisons de forces de police et autres institutions clés de l'État en pratiquement de zéro, est une entreprise énorme et complexe qui ne peut être accomplie sans les ressources nécessaires. La communauté internationale semble avoir oublié quelques-unes des leçons apprises en Bosnie-Herzégovine, au Rwanda, au Kosovo et au Timor oriental - pour n'en citer que quelques-unes », a mis en garde la Haut-Commissaire.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Le PAM prévient que la situation en Centrafrique risque de devenir une crise « oubliée »