ENTRETIEN – Soudan du Sud : la population a désespérément besoin d'aide, selon Toby Lanzer

Le Coordinateur humanitaire au Soudan du Sud,Toby Lanzer, (à gauche) dans un camp de réfugiés à Nyeel, au Soudan du Sud. Photo ONU/Martine Perret

4 mars 2014 – Dans un entretien au Centre d'actualités de l'ONU, le Coordinateur humanitaire des Nations Unies pour le Soudan du Sud, Toby Lanzer, a lancé mardi un cri d'alarme sur la situation dans ce pays qui pourrait s'effondrer si rien n'est fait.

« Quand la crise a éclaté mi-décembre, nombre d'entre nous pensaient qu'il s'agirait d'une situation temporaire », a expliqué M. Lanzer lors de cet entretien qui s'est déroulé à New York où il est de passage pour mobiliser le système des Nations Unies et les bailleurs de fonds. « Mais maintenant, nous sommes au troisième mois et il est très clair que les gens ne peuvent pas rentrer chez, ils ont trop peur, ils n'ont nulle part où aller. »

Selon lui, il faut que les pourparlers entre les parties en conflit qui se déroulent à Addis Abeba aboutissent à quelque chose. « Nous avons besoin d'un cessez-le-feu qui marche », a-t-il dit. « Lors des mois de mars, avril et mai, la saison traditionnelle des semis à travers le Soudan du Sud, nous avons l'opportunité de permettre aux gens de s'aider eux-mêmes à faire ce qu'ils font à cette période de l'année, c'est-à-dire, planter, chasser, pêcher et s'occuper de leur bétail . »

« Mais s'ils ne peuvent pas bouger, s'ils ne peuvent pas cultiver, je crains vraiment que d'ici la fin de l'année, le Soudan du Sud ne s'effondre et se trouve dans une situation bien plus désespérée que celle nous connaissons déjà », a prévenu le Coordinateur humanitaire.

La semaine dernière, M. Lanzer s'est rendu dans la ville de Malakal dans l'Etat du Haut-Nil, et il dit avoir vu une ville complète déserte. « Lors du trajet de l'aéroport vers la ville qui prend 20 minutes, nous n'avons pas vu une seule personne à vélo, ou marchant, pas une voiture, pas de chiens ni de poulets. Rien », a-t-il expliqué.

« Alors qu'on s'approchait du centre-ville, il était très clair que de nombreuses atrocités avaient été commises, les restes de gens étaient dispersés en différents endroits. Le plus terrible, c'est quand on est arrivé à l'hôpital, nous avons vu des vautours planer au-dessus », a-t-il ajouté.

Selon lui, ce qu'il a vu à Malakal est similaire à ce qu'il a vu ailleurs au Soudan du Sud. « J'ai visité tellement de villes dans l'Etat du Haut-Nil, dans l'Etat d'Unity et dans l'Etat de Jonglei qui ont été détruites, désertées », a-t-il dit.

Ayant travaillé au Darfour, jamais il n'aurait cru que des gens chercheraient refuge dans cette région du Soudan. Mais c'est bien ce qui se passe actuellement.


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