Mali : l'UNESCO évalue à Gao les dommages causés au patrimoine de la ville

Le Secrétaire général de l’ONU (au centre) dans la mosquée de Djingareyber à Tomboctou, au Mali en novembre 2013. Photo: ONU

13 février 2014 – L'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) a indiqué jeudi qu'elle a effectué à une première mission d'évaluation des dommages causés au patrimoine culturel de la ville de Gao, qu'il soit matériel ou immatériel, suite à l'occupation de certaines parties du nord du Mali par des groupes armés.

« Des mesures urgentes sont nécessaires pour sauvegarder le Tombeau des Askia, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, avant la prochaine saison des pluies en juin », a déclaré le Directeur du Bureau de l'UNESCO au Mali, Lazare Eloundou, dans un communiqué de presse.

« Pour ce qui est du patrimoine de Gao, nous devons aussi prendre en compte le traumatisme culturel subi par la population locale après les actions violentes menées par les occupants armés pour tenter de détruire leur identité et leurs pratiques culturelles, notamment la musique traditionnelle. Nous devons panser ces plaies pour favoriser la réconciliation et une paix durable dans la région », a-t-il ajouté.

Parmi les autres participants à la mission qui s'est rendue à Gao cette semaine figuraient notamment Lassana Cissé, directeur national du patrimoine culturel malien ; Alain Crédeville, de l'Ambassade de France à Bamako et Sophie Ravier, chef de l'unité culture et environnement de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), qui a facilité cette première mission en assurant le transport et la sécurité.

Au cours de la visite, les experts ont constaté que les habitants ont effectué des travaux de consolidation du Tombeau des Askia à leurs propres frais afin d'éviter que ce monument en terre du 15e siècle ne subisse d'autres dommages. Des jeunes habitants de la ville ont aussi pris le risque de défendre le site pendant l'occupation, empêchant les extrémistes de commettre des dégâts semblables à ceux infligés aux sites du patrimoine mondial de Tombouctou.

Les experts ont toutefois noté que les efforts de la population ont été temporaires et que les salles de prières de la mosquée nécessitent un important travail de conservation avant la prochaine saison des pluies.

Ils ont également observé que d'autres biens culturels ont été sérieusement mis à mal à Gao. Quatre-vingt-dix pour cent du site archéologique de Gao Saneye, qui date du 11e siècle, a été pillé par les extrémistes. Les nouveaux locaux du Musée du Sahel, où les collections ont été transférées en mars 2012, ont servi de résidence aux extrémistes pendant près d'un an. Ils ont été largement endommagés. Il faudra réhabiliter le bâtiment avant de transférer les collections.

Les collections se trouvant dans les anciens locaux du Musée, notamment les instruments à cordes utilisés pour la musique touarègue Imzad, récemment inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, ont été cachées par le conservateur du musée et le personnel.

Au cours des nombreuses consultations qu'ils ont eues avec des représentants de la population locale, les membres de la mission ont eu connaissance des difficultés auxquelles ont été confrontés les habitants, notamment les groupes culturels, les musiciens et les danseurs, dont les instruments ont été brûlés et les costumes et accessoires pillés et détruits. Le Takamba, une danse populaire Songhoy, et le Holey-Orey, la danse des possédés, ont été interdites. La Maison des artisans a été vandalisée et les artisans ont perdu leur source de revenus.

L'UNESCO et les autorités maliennes vont coopérer pour dresser une évaluation complète des besoins relatifs au patrimoine culturel de Gao et prendre des mesures afin de préserver ce patrimoine.


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