Aucune tradition ne peut justifier les mutilations génitales féminines, selon Ban Ki-moon

À l’âge d’un an, Fatima a été soumise à la mutilation génitale féminine dans son village de la région d’Afar, en Ethiopie. Photo: UNICEF/Kate Holt

6 février 2014 – À l'occasion de la Journée internationale de la tolérance zéro à l'égard des mutilations génitales féminines, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon a affirmé jeudi qu'il fallait favoriser l'autonomisation des femmes et des filles, la défense de leurs droits et la promotion de la santé féminine.

« Nous devons nous efforcer de préserver la culture, mais abandonner les pratiques néfastes », a souligné M. Ban dans son message. « Aucun motif tenant au développement, à la religion ou à la santé ne saurait justifier qu'une fille ou une femme soit excisée ou mutilée ».

« D'aucuns diraient qu'il s'agit d'une tradition. N'oublions pas que cet argument peu convaincant a également été utilisé pour défendre l'esclavage, les 'crimes d'honneur' et d'autres pratiques inhumaines », a-t-il ajouté.

Les mutilations génitales féminines causent un préjudice grave aux femmes qui les subissent. Elles ont des effets immédiats et à long terme sur la santé, qui se manifestent par des douleurs chroniques, des infections, de l'incontinence et parfois des complications mortelles lors de la grossesse et de l'accouchement.

Ces pratiques régressent dans presque tous les pays, mais le problème reste répandu. D'après les estimations, plus de 125 millions de filles et de femmes vivant aujourd'hui dans 29 pays d'Afrique et du Moyen-Orient, là où les mutilations génitales féminines sont particulièrement fréquentes et où il existe des données, auraient été excisées.

« Si la tendance se maintient, dans le monde entier, quelque 86 millions de jeunes filles risquent de subir cette pratique, sous une forme ou une autre, d'ici à 2030. L'Amérique du Nord, l'Asie, l'Europe et les autres régions ne sont pas épargnées; elles doivent également faire preuve de vigilance », a prévenu le Secrétaire général. « Heureusement, l'action que nous menons à l'échelle mondiale pour mettre fin à cette pratique néfaste laisse présager des avancées encourageantes ».

Dernièrement, l'Ouganda, le Kenya et la Guinée-Bissau ont adopté des lois visant à mettre fin aux mutilations génitales féminines. En Éthiopie, des responsables ont été arrêtés, jugés et sanctionnés, sous l'œil des médias, ce qui a sensibilisé l'opinion publique.

L'ONU fait de la prévention, mais s'emploie aussi, en collaboration avec ses partenaires, à aider les femmes qui ont subi des mutilations génitales. La médecine ayant connu des progrès sans précédent, les médecins peuvent à présent, grâce à la chirurgie réparatrice, redonner aux femmes leur intégrité physique et leur permettre de retrouver la santé.

« Tous les États d'Afrique se sont portés coauteurs de la résolution historique par laquelle l'Assemblée générale a proclamé cette Journée internationale, adoptée à l'unanimité par les États Membres de l'Organisation. Voilà un bel exemple de ce qui peut se passer quand les Nations Unies font bloc pour défendre les droits de l'homme dans toute leur universalité », a déclaré M. Ban.

« Le véritable défi, maintenant, est de donner tout son sens à cette Journée en la mettant à profit pour mobiliser les populations, obtenir des avancées sur les plans juridique et pratique, et aider les filles et les femmes qui ont subi ou risquent de subir des mutilations génitales féminines », a-t-il ajouté.

De son côté, le Président de l'Assemblée générale des Nations Unies, John Ashe, a souligné que, comme toutes les pratiques profondément enracinées, les excisions et mutilations génitales féminines sont difficiles à éradiquer.

« Les interdictions et condamnations sont importantes, mais insuffisantes. Une approche culturellement appropriée est nécessaire pour mobiliser et faire évoluer les communautés et sociétés afin d'arriver à supprimer cette violation massive et menace contre la santé des filles et des femmes », a affirmé M. Ashe.


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