Syrie: les exécutions par l'opposition pourraient constituer des crimes de guerre - Pillay

A Arsal, au Liban, des réfugiés syriens patientent pour être enregistrés par le HCR. Photo: HCR/M. Hofer

16 janvier 2014 – Alors que des informations faisant état d'une multiplication d'exécutions de masse dans le nord du pays continuent à émerger, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a averti jeudi les groupes d'opposition armés en Syrie que les exécutions et les meurtres extra-judiciaires violent le droit international des droits de l'homme et le droit humanitaire et pourraient constituer des crimes de guerre.

« Au cours de deux dernières semaines, nous avons reçu des informations faisant état d'une multiplication d'exécutions de masse de civils et de combattants ne participant plus aux hostilités à Alep, Idlib et Raqqa, en Syrie, par des groupes d'opposition armés extrémistes, en particulier par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) », a déclaré la Haut-Commissaire.

« Si les chiffres exacts restent difficiles à vérifier, des informations crédibles que nous avons recueillies auprès de témoins oculaires suggèrent que de nombreux civils et combattants sous la garde de groupes d'opposition armés extrémistes ont été exécutés depuis le début de l'année. »

Des rapports suggèrent qu'au cours de la première semaine de janvier, de nombreuses personnes ont été exécutées à Idlib par des groupes d'opposition armés. Le 6 janvier, à Alep, trois individus qui étaient supposément détenus par l'EIIL dans sa base de Makhfar al-Saleheen ont été retrouvés morts, menottés et avec des blessures par balle à la tête. Le 8 janvier, à Alep, de nombreux corps, pour la majorité également menottés et les yeux bandés, ont été retrouvés dans un hôpital pour enfants qui servait de base à l'EIIL jusqu'à ce que celui-ci soit contraint de battre en retraite après un raid mené par d'autres groupes d'opposition armés. Un témoin oculaire interrogé par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme a identifié au moins quatre activistes locaux des médias parmi les personnes décédées, ainsi que des combattants affiliés à divers groupes d'opposition armés qui avaient été capturés.

« Les informations en provenance de Raqqa sont plus difficiles à vérifier, mais il existe des rapports profondément dérangeants sur des exécutions de masse par l'EIIL lorsque le groupe s'est retiré de Raqqa au début du mois et lorsqu'il en a repris le contrôle plus tôt cette semaine », a déclaré Navi Pillay.

La Haut-Commissaire a rappelé à toutes les parties au conflit que le droit international interdit en tout temps et en toutes circonstances les atteintes à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices. L'article 3 commun des Conventions de Genève stipule que « les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité. »

« Des incidents récents suggèrent que certains groupes d'opposition armés procèdent à des exécutions lorsqu'ils sont contraints d'abandonner leurs bases et de laisser derrière eux des individus sous leur garde », a déclaré Navi Pillay.

« L'exécution de civils et de personnes ne participant plus aux hostilités constitue une violation flagrante du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire, et pourrait constituer un crime de guerre. Ces rapports sont particulièrement alarmants, étant donné le nombre important de personnes, dont des civils, que les groupes d'opposition armés sont présumés détenir. La prise d'otages est interdite par le droit international humanitaire et pourrait aussi constituer un crime de guerre, » a-t-elle ajouté.

La Haut-Commissaire a réitéré son appel à toutes les parties au conflit de traiter avec humanité les personnes sous leur garde et de libérer immédiatement toutes les personnes privées de liberté en violation du droit international.

« J'appelle également toutes les parties au conflit à respecter de manière stricte leurs obligations en vertu du droit international et leur rappelle que toute personne impliquée dans des crimes graves doit rendre des comptes », a ajouté Navi Pillay.


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