Centrafrique : un rapport de l'ONU confirme de graves violations des droits de l'homme

Des civils déplacés près de l’aéroport de Bangui. Photo PAM/Ingela Christiansson

14 janvier 2014 – Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a publié mardi les conclusions préliminaires d'une équipe envoyée en décembre en République centrafricaine confirmant de graves violations des droits de l'homme contre la population civile.

L'équipe de quatre personnes s'est rendue dans le pays du 12 au 24 décembre. Son rapport met en lumière un cycle de violations généralisées des droits de l'homme et de représailles, parmi lesquelles des exécutions extrajudiciaires, des violences sexuelles, des mutilations, des disparitions forcées, des mauvais traitements, des viols et des attaques délibérées contre des civils en raison de leur religion.

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a averti qu' « en dépit d'importants efforts pour la réconciliation à Bangui, la situation demeure extrêmement instable et dangereuse. Sans une intervention sérieuse, d'autres attaques, y compris des atrocités à grande échelle telles que celles qui se sont déroulées le 5 décembre, pourraient bien se reproduire. » Toutefois, elle a dissuadé les nouvelles autorités de recourir à une politique de « tirer pour tuer », en précisant qu' « il est essentiel que la réponse du gouvernement ne viole pas le droit international relatif aux droits de l'homme. »

L'équipe onusienne des droits de l'homme a documenté de nombreux meurtres extra-judiciaires perpétrés à Bangui les 5 et 6 décembre, suite au lancement d'une attaque coordonnée par les forces anti-Balaka. Lors de ces heurts, les forces anti-Balaka ont tué des membres des forces ex-Séléka et délibérément pris pour cible des civils musulmans, dont des femmes et des enfants.

Lors des représailles qui ont suivi, de nombreuses exécutions extra-judiciaires ont aussi été commises par des forces ex-Séléka. Des ex-Séléka auraient détenu des civils de sexe masculin, dont des garçons, et les auraient exécutés au camp Kassai. Ils auraient aussi recherché et exécuté des hommes et des garçons dans des hôpitaux, dont des patients sévèrement blessés.

L'équipe a aussi documenté des attaques contre des lieux de cultes impliquant des anti-Balaka attaquant des lieux de culte musulmans, notamment dans le district de Fouh, où 200 anti-Balaka ont attaqué et incendié une mosquée. Ils auraient aussi tué et mutilé plusieurs personnes.

Depuis la fin de la première phase de combats intenses des 5 et 6 décembre derniers, des accrochages sporadiques ont continué à avoir lieu, aboutissant à de multiples meurtres par représailles de civils musulmans et chrétiens. Ces incidents ont tout particulièrement frappé la capitale Bangui mais ont aussi affecté d'autres parties du pays, et notamment les préfectures d'Ouham et de Nana-Mambéré.

L'équipe onusienne des droits de l'homme a, notamment, établi que, le 7 décembre 2013, deux personnes déplacées internes de l'église Saint Paul à Bangui auraient été tuées par les forces ex-Séléka, à dominante musulmane. Le 13 décembre, huit civils chrétiens et musulmans ont aussi été tués dans différents quartiers de Bangui.

Les conclusions préliminaires suggèrent que le déploiement des troupes françaises et le renforcement des forces africaines de maintien de la paix, ainsi que le cantonnement consécutif de combattants ex-Séléka ont, dans une certaine mesure, empêché d'autres attaques à grande échelle par des ex-Séléka contre des anti-Balaka et des civils chrétiens. Toutefois, la mission a reçu de nombreux rapports indiquant que le désarmement des ex-Séléka mené par les forces françaises aurait laissé certaines communautés musulmanes vulnérables aux représailles des anti-Balaka. Divers incidents se sont déroulés à Bangui, incidents au cours desquels des anti-Balaka ou des foules hostiles ont pris pour cible et tué des ex-Séléla désarmés et leurs familles.

« L'état généralisé de non-droit et les violations flagrantes des droits de l'homme mis en exergue dans ces conclusions préliminaires confirment la nécessité d'une action urgente », a dit Navi Pillay.

La Haut-Commissaire donnera un compte-rendu complet des conclusions de son équipe, ainsi qu'une mise à jour de la situation des droits de l'homme lors de la session spéciale organisée par le Conseil des droits de l'homme qui se déroulera à Genève le 20 janvier.

De leur côté, le Programme alimentaire mondiale (PAM) et l’Office des Nations Unies pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA) ont publié mardi un rapport d’évaluation sur la situation humanitaire en République centrafricaine.

Selon cette évaluation, environ 2,6 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire. Les priorités concernent la santé, la nourriture, l’eau et l’assainissement.

Le PAM a déclaré qu’il était préoccupé par la détérioration de la sécurité dans le nord-ouest du pays. L’accès aux personnes dans le besoin à Bozoum est limitée en raison de nouvelles vagues de violence.

A l’issue d’une visite de quatre jours en République centrafricaine, le directeur des opérations d’OCHA, John Ging, a appelé la population à l’unité, lors d’une conférence de presse mardi à Bangui.

Il a déclaré que les acteurs humanitaires avaient accru leurs activités mais que les besoins avaient fortement augmenté. M. Ging s’est dit préoccupé par la dégradation de la situation humanitaire et appelé les bailleurs de fonds à apporter leur soutien.


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