Les affrontements en RCA pourraient dégénérer en conflit religieux et embraser la région, prévient l'ONU

Des Centrafricains déplacés vivent sous des tentes du HCR, à l’aéroport de Bangui. Photo: HCR/S. Phelps

6 janvier 2014 – Les affrontements interconfessionnels en République centrafricaine (RCA) pourraient tourner au conflit religieux et avoir des répercussions à l'échelle régionale, a prévenu lundi le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques.

« Les violences meurtrières sont quotidiennes dans la capitale Bangui et le reste du pays et la population reste divisée par les appartenances religieuses », a expliqué Jeffrey Feltman au Conseil de sécurité lors d'un exposé sur la situation en RCA, où des milliers de personnes ont déjà été tuées, près d'un million chassées de leurs foyers, et 2,2 millions – soit environ la moitié de la population –, a besoin d'aide humanitaire.

« L'accès aux quartiers résidentiels de Bangui est contrôlé soit par des miliciens « antichrétiens », soit par des « antimusulmans ». De même, les localités situées en dehors de Bangui comme Bossangoa, Bouar, Bozoum et Paoua, entre autres, sont le théâtre d'atrocités, notamment d'affrontements directs entre communautés chrétienne et musulmane », a poursuivi M. Feltman.

La Centrafrique est dans la tourmente depuis que les rebelles de l'ex-Séléka, des musulmans pour l'essentiel, ont lancé une offensive il y a un an, contraignant le Président François Bozizé à quitter le pouvoir en mars. Un gouvernement de transition a permis dans un premier temps de rétablir un semblant de paix, ouvrant la voie à la tenue de futures élections démocratiques. Mais le mouvement majoritairement chrétien des anti-balaka a pris les armes et des affrontements interconfessionnels ont éclaté à Bangui début décembre.

L'insécurité et le manque de financement et d'accès entravent les efforts déployés par l'ONU et ses partenaires pour prêter assistance aux populations en détresse, a annoncé de son côté le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

« Les violences et les atrocités de la RCA doivent cesser », a déclaré M. Feltman. « Ceux qui exercent une autorité ou une influence doit faire davantage pour mettre fin aux violences et aux violations graves contre des civils, y compris des enfants. »

« Les attaques contre le personnel humanitaire et l'utilisation de bâtiments civils, tels que les écoles et les hôpitaux, à des fins militaires, doivent également mettre fin. Je demande au Conseil de rappeler à nouveau à toutes les parties au conflit leurs responsabilités au regard du droit international et de veiller à ce que tous les responsables de violations soient traduits en justice. »

M. Feltman a estimé que l'incapacité des autorités de transition à lutter contre les violations des droits de l'homme dont la Séléka s'est rendue coupable au cours de l'année écoulée a contribué à la mobilisation progressive des groupes d'autodéfense locaux, les « anti-balaka ».

« En raison de sa composition à majorité musulmane, les exactions de la Séléka contre les populations chrétiennes ont rapidement été interprétées comme un conflit religieux opposant musulmans et chrétiens », a-t-il ajouté.

« D'autre part, la frustration des communautés musulmanes en RCA est le fruit d'années de marginalisation par les gouvernements successifs depuis l'indépendance du pays il y a plus de 50 ans. Ainsi, alors que la communauté musulmane représente environ 20% de la population totale de la RCA, aucune fête musulmane n'est observée officiellement par le pays. »

A l'heure actuelle, près d'un habitant de Bangui sur deux a été chassé de son foyer, 513. 000 au total, dont 100.000 se sont regroupées à l'aéroport, où l'OCHA affirme que l'insécurité rend difficile de fournir des services de base, notamment de dispenser des vaccins contre la rougeole.

Pour la première fois dans son histoire, une partie de la population centrafricaine s'est sentie contrainte à l'exil en raison de son affiliation religieuse, notamment au Cameroun, au Tchad , en Côte d' Ivoire, au Mali, au Niger, au Nigeria et au Sénégal, où ils ont été des dizaines de milliers à se rendre. La plupart d'entre eux sont des musulmans, a relevé M. Feltman.

« Les déplacés ont besoin de toute urgence de protection et d'abris, ainsi que d'accès à l'eau potable, aux soins de santé, à des vivres, à des articles de première nécessité et à ses services d'assainissement et d'hygiène », a-t-il déclaré. « Aux côtés du personnel des agences, fonds et programmes humanitaires de l'ONU, des ONG partenaires sont restées RCA pour fournir une assistance dans un environnement très dangereux et imprévisible. »

« La hausse des violences le mois dernier a exacerbé les besoins. Malgré les efforts considérables déployés par les humanitaires sur le terrain, les besoins continuent de dépasser les capacités de réponse. La violence et l'insécurité ont contraint nombre de Centrafricains à fuir dans la brousse, où l'aide ne peut leur parvenir. Le manque de financement a également entravé l'action humanitaire et menace de compliquer davantage les opérations à moins que des fonds ne soient débloqués rapidement. »

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui a fourni plus de 1,7 tonne de vivres à près de 250.000 personnes en décembre, risque de voir ses stocks épuisés à hauteur de 90% dès février en l'absence de financements supplémentaires.

L'équipe de pays des Nations Unies a préparé un plan pour les 100 prochains jours d'un montant de 152 millions de dollars pour intensifier rapidement l'assistance et la protection en RCA.

M. Feltman a salué le déploiement rapide de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine, et des troupes françaises qui les soutiennent, qui a empêché la situation de s'aggraver davantage. L'ONU travaille actuellement avec l'Union africaine à l'organisation d'une conférence des donateurs, le 1er février à Addis-Abeba, pour permettre à la MISCA d'atteindre son effectif maximal autorisé de 6.000 soldats.

Le numéro 1 des affaires politiques à l'ONU a toutefois état de quelques progrès, s'agissant notamment des élections, avec l'adoption d'un nouveau code électoral, ainsi que la prestation de serment des sept membres de l'Autorité électorale nationale (AEN), qui réunit des représentants de la société civile, des partis politique et du gouvernement.

« Il existe un risque très réel de voir la crise se propager au-delà des frontières du pays et déstabiliser davantage la région », a-t-il cependant prévenu en conclusion, promettant que l'ONU continuerait de faire tout son possible pour éviter que la situation en RCA ne se détériore davantage et que les violations des droits de l'homme n'atteignent des niveaux impensables, fournir une aide humanitaire aux plus vulnérables et assurer le retour du pays à l'ordre constitutionnel ».


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