Soudan du Sud: le nombre de civils réfugiés dans les bases de l'ONU est désormais de 63.000

Des civils se réfugient dans les locaux de la MINUSS à Juba, la capitale du Soudan du Sud. Photp: MINUSS/Shantal Persaud

27 décembre 2013 – Environ 63.000 civils se sont refugiés dans les bases des Nations Unies au Soudan du Sud alors que l'opération de maintien de la paix déployée dans ce pays, la MINUSS, s'efforce de renforcer ses troupes et d'obtenir les hélicoptères dont elle a besoin face à un conflit qui a tué des milliers de personnes et provoqué le déplacement d'au moins 122.000 autres au cours des 12 derniers jours.

« Les priorités des déplacées sont l'alimentation, la santé, le logement, l'eau, les services d'assainissement et d'hygiène, la protection et la gestion des camps », a expliqué vendredi la MINUSS, qui note que les agences humanitaires auront besoin de 166 millions de dollars pour répondre aux besoins immédiats jusqu'en mars 2014. « Des moyens aériens supplémentaires et un soutien logistique sont nécessaires pour permettre de répondre à cette situation. »

Toujours selon la MINUSS, de violents combats ont fait rage ces trois derniers jours entre forces gouvernementales et rebelles dans les Etats de Jonglei et du Haut-Nil. Mardi, le gouvernement avait déclaré avoir repris le contrôle de Bor, chef-lieu de l'État de Jonglei. « Depuis, il n'y aurait pas eu de combats dans la ville elle-même, bien que les affrontements se poursuivent aux alentours. »

De violents combats ont également été signalés hier à Malakal, dans le Haut Nil, tandis que la situation à Juba, la capitale du pays, est restée calme quoique tendue.

Les tensions au Soudan du Sud, la plus jeune nation du monde, ont dégénéré en un conflit ouvert le 15 décembre dernier après les accusations lancées par le gouvernement du Président Salva Kiir, contre son rival, l'ancien Vice-Président Riek Machar, limogé en juillet, et auquel est attribuée une tentative présumée de coup d'état. M. Kiir appartient à l'ethnie Dinka et M. Machar à celle des Lou Nuer, dont les membres se sont livrés à de violents affrontement intercommunautaires.

Mardi, le Conseil de sécurité avait autorisé le déploiement temporaire de renforts au sein de la MINUSS – 5.500 soldats et 440 policiers de plus –, ainsi que l'envoi d'actifs critiques pour aider la Mission, qui compte actuellement un effectif d'environ 7.000 personnels, à s'acquitter de son mandat. .

Les troupes supplémentaires seraient transférées au besoin depuis les opérations de maintien de la paix actuellement déployées en République démocratique du Congo (RDC), dans la région soudanaise du Darfour, à Abyei, en Côte d'Ivoire et au Libéria. Jeudi, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, Hilde Johnson, avait déclaré qu'elle espérait voir les premiers renforts arriver sous 48 heures. Aujourd'hui, un premier détachement de 72 policiers de la MONUSCO, spécialisés dans le contrôle et la sécurisation des foules, est arrivé à Juba.

Bien que le nombre exact de victimes faites par le conflit reste inconnu, la MINUSS estime que des milliers de personnes ont probablement été tuées.

Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA ) indique de son côté qu'au moins 121.600 personnes ont été déplacées, des organisations humanitaires affirmant que ce chiffre serait encore plus élevé.

« Une priorité pour les organisations humanitaires est de réintégrer les zones actuellement inaccessibles pour raisons de sécurité et de recueillir le plus d'informations possible sur les besoins des personnes déplacées à l'extérieur des principaux centres de population », souligne la MINUSS.

L'OCHA et les organismes d'aide ont distribué des vivres à des milliers de personnes à Juba, Bentiu, Malakal et Awerial, mais n'ont pu avoir accès aux stocks de l'entrepôt de Bor en raison de l'insécurité, et des informations indiquent qu'il pourrait avoir été pillé.

Des dispensaires mobiles se trouvant dans des locaux de l'ONU à Juba, où 25.000 civils ont trouvé refuge, tournent au rythme de 350 consultations par jour, et les campagnes de vaccination contre la poliomyélite et la rougeole devraient débuter avant le début de l'année. Les organisations humanitaires ont distribué des moustiquaires, des matelas, des tentes et du savon aux familles déplacées et installé 160 latrines sur les sites d'accueil à Juba.

La principale préoccupation reste l'assainissement ainsi que l'hygiène et le risque d'épidémies, comme le choléra. « Tous les acteurs ont leur attention braquée sur ce risque et s'efforce de le réduire en améliorant la santé publique », précise la MINUSS.

À Bor, où 15.000 civils ont trouvé refuge, les conditions sont « très difficiles, en particulier s'agissant de la santé et de l'eau et de l'assainissement », poursuit le communiqué de presse de la Mission. « Il y a peu de latrines sur place et l'accès à l'eau potable est limité. Il existe également des besoins urgents en vivres et en abris. »

A Bentiu, dans l'état d'Unity, près de 8.000 Sud-Soudanais ont trouvé refuge dans la base de l'ONU sur place. « La santé publique est la principale préoccupation, avec trois cas de rougeole recensés, et un manque d'articles de première nécessité et de couvertures pour protéger les gens contre le froid la nuit. »

Dans l'Etat du Haut Nil, 12.000 personnes ont trouvé refuge dans les locaux de l'ONU, plusieurs civils à l'intérieur de la base ayant été blessés par des balles perdues lors d'affrontements.

Parallèlement, M. Ban continue de s'entretenir avec les dirigeants du monde entier pour discuter de cette crise. Hier, le Président du Kenya, Uhuru Kenyatta, et le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn s'étaient rendus à Juba dans le but de négocier la paix.

La MINUSS examine aussi de nombreuses allégations de massacres, exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires, mauvais traitements, abus et viols en réunion. Hilde Johnson a souligné la nécessité pour tous les auteurs de violations graves d'être tenus pour comptables de leurs actes.


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