RCA: consterné par l'intensification des violences interconfessionnelles, Ban renouvelle ses appels au dialogue

Des Centrafricains déplacés vivent sous des tentes du HCR, à l’aéroport de Bangui. Photo: HCR/S. Phelps

27 décembre 2013 – Le Secrétaire général de l'ONU s'est dit jeudi consterné par la poursuite des violences intercommunautaires en République centrafricaine (RCA), alors que des informations font état de dizaines de corps supplémentaires trouvés dans les rues de la capitale Bangui.

Dans une déclaration officielle rendue publique dans la soirée par son porte-parole, Ban Ki-moon se dit également attristé par la mort, mercredi, de six soldats de la paix de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA), ainsi que d'un employé centrafricain de l'ONU, décédé mardi.

« Il appelle toutes les parties et les citoyens à coopérer avec l'Union africaine et les forces françaises. Leur mission est d'assurer une sécurité désespérément nécessaire. Ils ne font pas partie du conflit entre Centrafricains », indique la déclaration du porte-parole.

Appuyée par des forces françaises autorisées « à prendre temporairement toutes mesures nécessaires », la MISCA, est notamment chargée de contribuer à protéger les civils et rétablir la sécurité et l'ordre public, à stabiliser la RCA et à créer les conditions propices à la fourniture d'une aide humanitaire aux populations en détresse.

Cette mission a été autorisée le 5 décembre dernier par le Conseil de sécurité alors que la RCA, engagée dans une délicate transition politique sur fond de crise humanitaire aigue, est de nouveau secouée par des affrontements armés, cette fois-ci entre des éléments de l'ex-Séléka et des miliciens anti-balaka.

Constituée en août 2012, la Séléka était une coalition de partis politiques et de forces rebelles opposés au Président François Bozizé, qu'elle a contraint à quitter le pouvoir en avril 2013. À l'origine des groupes d'autodéfense, les anti-balaka se sont ligués contre les miliciens de la Séléka, après les exactions commises par ces derniers dans le pays. Ils sont issus d'une population centrafricaine à 80% chrétienne, alors que la Séléka est principalement formée de musulmans.

Au cours des dernières semaines, les violences interconfessionnelles se sont intensifiées dans un pays qui n'en avait encore jamais connu de telles par le passé. Des violations graves des droits de l'hommes commises par toutes les parties, y compris contre des civils, ont été signalées par les médias et l'ONU, qui fait état, entre autres, de représailles, d'exécutions arbitraires, de recrutement d'enfants soldats, de violences sexuelles et d'attaques contre des installations médicales.

« Le Secrétaire général appelle de nouveau les autorités de transition de la RCA à assumer leurs responsabilités pour neutraliser ceux qui planifient et se livrent à des violences. Il rappelle que les responsables des atrocités doivent être tenus pour comptables de leurs actes. [Il] se félicite des appels à la paix lancés par des leaders religieux, chrétiens et musulmans, et espère que tous les dirigeants, à quelque niveau que ce soit, amplifieront ce message. »

Réaffirmant l'engagement total de l'ONU à aider la RCA à sortir de cette crise terrible, M. Ban, ajoute son porte-parole, souligne l'urgence d'assurer la sécurité et la protection de la population civile en facilitant la distribution de l'aide humanitaire et en créant les conditions d'« un retour négocié et ordonné à l'ordre constitutionnel ».

Dans ce contexte, il apprécie les efforts du personnel des Nations Unies qui œuvrent, dans des conditions extrêmement difficiles, pour aider le peuple centrafricain, et reste déterminé à faire en sorte que leur sécurité soit assurée.

Par ailleurs, la communauté humanitaire en RCA a besoin de toute urgence de 152,2 millions de dollars pour répondre aux besoins d'environ 1,2 million de personnes dans le pays au cours des trois prochains mois, a annoncé aujourd'hui le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA).

Rien qu'à Bangui, au mois de décembre, les violences armées et intercommunautaires ont provoqué le déplacement d'environ 370.000 personnes, dispersées sur plusieurs sites. Plus de 400.000 autres sont déplacées dans le reste du pays et plus de 233.000 Centrafricains ont trouvé refuge dans la région.

En tout, 2,2 millions d'habitants – près de 48% de la population – ont besoin d'assistance humanitaire en RCA. Sur les 195 millions demandés dans le cadre de l'appel global 2013, à peine 104,1 millions ont été débloqués, soit 53% du montant.

Les fonds demandés aujourd'hui permettraient de prêter une assistance multisectorielle prioritaire à ces populations et aux communautés d'accueil à Bangui, ainsi que dans neuf préfectures de l'ouest de la RCA, précise un communiqué de presse.

« Des centaines des milliers de personnes en Centrafrique, dont des femmes et des enfants, se trouvent aujourd'hui dans une situation humainement déplorable qui exige de notre part une action conséquente immédiate pour éviter une catastrophe », explique Abdou Dieng, le Coordonnateur de l'action humanitaire en RCA.

Malgré une insécurité persistante, les humanitaires ont réussi à renforcer leur présence et à prêter assistance aux personnes vulnérables. Pour répondre aux besoins de plus en plus importants, la communauté humanitaire a redéfini ses priorités dans le cadre d'un plan d'intervention pour les 100 prochains jours. Ce plan fait partie de la réponse stratégique pour 2014, pour laquelle un appel de fonds de 247 millions de dollars a été lancé, un montant qui pourrait être revu à la hausse selon l'évolution de la situation sur le terrain.

« Pour les bailleurs de fonds, c'est le moment d'agir pour permettre aux humanitaires d'apporter une assistance vitale à tous les nécessiteux », souligne M. Dieng.

Outre les interventions d'urgence, le plan convenu vise également à renforcer la résilience des populations civiles pour les aider à faire mieux face aux chocs auxquels elles sont constamment soumises et résoudre ou prévenir les conflits intercommunautaires.


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