Le Conseil de sécurité double les effectifs de la force de maintien de la paix des Nations Unies au Soudan du Sud

Le Conseil de sécurité autorise le renforcement de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS). Photo: ONU/Paulo Filgueiras

24 décembre 2013 – Le Conseil de sécurité a autorisé mardi le doublement de la force de maintien de la paix des Nations Unies au Soudan du Sud, portant ses effectifs à près de 14.000, sur fond de détérioration rapide de la situation sécuritaire et humanitaire, des centaines de civils ayant été tués et des dizaines de milliers d'autres chassés de leurs foyers.

Suivant les recommandations du Secrétaire général Ban Ki-moon, le Conseil a approuvé à l'unanimité de ses 15 membres une augmentation temporaire des effectifs la Mission des Nations Unies dans ce pays (MINUSS) à un maximum de 12.500 militaires et 1.323 policiers, contre 7.000 en tout à l'heure actuelle, en s'appuyant au besoin sur le transfert de contingents des missions actuellement déployées en République démocratique du Congo (RDC), au Darfour, à Abyei, en Côte d' Ivoire et au Libéria.

Dans une résolution adoptée en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui autorise le recours à la force, le Conseil demande la cessation immédiate des hostilités et l'ouverture immédiate d'un dialogue entre factions rivales, condamnant les combats et les violences ciblées contre les populations civiles et groupes ethniques, « ou autres communautés bien déterminés », ainsi que les attaques et les menaces contre la MINUSS.

Les tensions au Soudan du Sud, la plus jeune nation du monde, ont dégénéré en conflit ouvert le 15 décembre dernier après les accusations lancées par le gouvernement du Président Salva Kiir, contre son rival, l'ancien Vice-Président Riek Machar, limogé en juillet, et auteur d'une tentative présumée de coup d'état. M. Kiir appartient à l'ethnie Dinka et M. Machar à celle des Lou Nuer.

Jeudi dernier, une attaque a été lancée contre une base de la Mission à Akobo, dans l'Etat de Jonglei, où près de 2.000 assaillants lourdement armés ont tué 20 civils de l'ethnie Dinka et deux Casques bleus des Nations Unies. Un troisième Casque bleu a été blessé au cours de l'incident. À l'issue de cette attaque, les agresseurs, soupçonnés d'être issus de la communauté Lour Nuer, se sont enfuis avec des armes, des munitions et d'autres articles pillés sur place.

« Je n'ai pas cessé d'appeler le Président Salva Kiir et les leaders de l'opposition à se rendre à la table des négociations et à trouver une issue politique à cette crise », a déclaré aujourd'hui M. Ban au Conseil de sécurité, faisant état d'informations selon lesquelles des violences interethniques auraient été commises, notamment des exécutions extrajudiciaire et des charniers. « Quelles que soient les différences, rien ne peut justifier la violence qui a englouti cette jeune nation. »

Il a souligné qu'il ne pouvait y avoir de solution militaire au conflit, réaffirmant sa détermination à veiller à ce que la MINUSS dispose des moyens nécessaires pour mener à bien sa tâche centrale de protection des civils. « Les attaques contre les civils et les Casques bleus des Nations Unies doivent cesser immédiatement », a-t-il exhorté. « L'ONU enquête sur ces allégations de graves violations des droits de l'homme et de crimes contre l'humanité. Les auteurs seront tenus pour personnellement comptables de leurs actes. Ils doivent savoir que le monde entier les regarde. »

La résolution du Conseil exige de toutes les parties qu'elles coopèrent pleinement avec la MINUSS à l'exécution de son mandat, en particulier en ce qui concerne la protection des civils et souligne qu'aucune entrave à l'aptitude de la Mission à s'acquitter de son mandat et aucune attaque contre le personnel des Nations Unies « ne seront tolérées ».

Tant lors de sa déclaration au Conseil que plus tard devant les journalistes, M. Ban a reconnu que, même avec le soutien actuel, le renforcement des capacités de protection de la Mission ne se ferait pas du jour au lendemain.

« Et même avec des capacités supplémentaires, nous ne serons pas en mesure de protéger tous les civils qui en ont besoin au Soudan du Sud », a-t-il noté. « Les parties ont la responsabilité de mettre fin au conflit. Il s'agit d'une crise politique qui exige une solution politique pacifique. En cette saison de la paix, j'exhorte les dirigeants du Sud-Soudan à agir pour la paix ».

« Mettez un terme à la violence. Ouvrez un dialogue. Sauvegardez votre pays fier et nouvellement indépendant. Il n'y a pas de temps à perdre. »

Lors d'une conférence de presse donnée aujourd'hui à Juba, la capitale du Soudan du Sud, la Représentante spéciale de M. Ban dans le pays, Hilde Johnson, a promis, à la suite du Secrétaire général, que l'ONU se tiendrait aux côtés du peuple sud-soudanais, souhaitant que des moyens militaires supplémentaires, notamment des hélicoptères de combat, viennent renforcer rapidement les capacités de la MINUSS.

Faisant allusion à la réinstallation temporaire en Ouganda du personnel non essentiel des Nations Unies, la Chef de la Mission a ajouté : « Lorsque la population du Soudan du Sud nous voit partir, le message que nous voulons leur adresser, c'est que nous ne les abandonnons pas. Nous restons sur place, nous ne nous laisserons pas intimider et nous continuerons à nous acquitter de notre mandat. Aujourd'hui, la présence des Nations Unies au Soudan du Sud est plus forte que jamais. »

« Actuellement, nous fournissons également des abris dans le cadre de notre mandat de protection des civils à environ 45.000 civils qui ont fui vers nos camps en quête de protection. Je tiens à dire très clairement que, bien que le personnel non-essentiel de l'Organisation des Nations Unies ait été réinstallé à Entebbe, nous augmentons également nos personnels dans les zones les plus critiques sur le plan sécuritaire et renforçons les bases qui ont besoin de l'être. »


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