De hauts responsables de l'ONU plaident pour des mesures d'urgence pour mettre fin aux violences en RCA

Le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Adama Dieng. Photo: ONU/Rick Bajornas

23 décembre 2013 – Trois hauts fonctionnaires des Nations Unies ont appelé ce weekend les autorités de la République centrafricaine et la communauté internationale à prendre des mesures d'urgence pour empêcher le pays de sombrer dans un conflit interconfessionnel à grande échelle et protéger la population civile des atrocités en cours, femmes et enfants au premier chef.

« Compte tenu de la gravité des violations qui se poursuivent en toute impunité, la RCA pourrait devenir le théâtre de crimes atroces. Pour éviter le pire des scénarios, il faut prendre des mesures urgentes pour arrêter la violence et les responsables doivent répondre de leurs actes devant la justice », a déclaré le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Adama Dieng.

Présents à ses côtés, la Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui, et Nancee Oku Bright, au nom de la Représentante spéciale sur la violence sexuelle dans les conflits, Zainab Hawa Bangura, se sont rendus la semaine dernière dans la capitale Bangui et à Bossangoa pour évaluer l'impact de la crise qui frappe le pays depuis la fin de 2012, ainsi que la situation sécuritaire, humanitaire et des droits humains. Ils s'y sont entretenus avec de nombreux responsables gouvernementaux, des représentants de la société civile et de la communauté humanitaire, des groupes de femmes, des victimes et des personnels de l'ONU.

Depuis quelques mois, la RCA, engagée dans une délicate transition politique sur fond de crise humanitaire aigue, est de nouveau secouée par des affrontements armés, cette fois-ci entre des éléments de l'ex-Séléka et des miliciens anti-balaka.

Constituée en août 2012, la Séléka était une coalition de partis politiques et de forces rebelles opposés au Président François Bozizé, qu'elle a contraint à quitter le pouvoir en avril 2013. À l'origine des groupes d'autodéfense, les anti-balaka se sont ligués contre les miliciens de la Séléka, après les exactions commises par ces derniers dans le pays. Ils sont issus d'une population centrafricaine à 80% chrétienne, alors que la Séléka est principalement formée de musulmans.

Depuis le début du mois de décembre, les violences interconfessionnelles se sont intensifiées dans un pays qui n'avait encore jamais connu de tels affrontements par le passé. Des atrocités commises par toutes les parties, y compris contre des civils, ont été signalées par les médias et l'ONU, qui fait état de représailles et d'exécutions arbitraires, de recrutement d'enfants soldats, d'attaques contre des installations médicales et de viols.

Les trois représentants de l'ONU se sont dit alarmés par les nombreux signalements d'attaques et d'actes de représailles contre la population civile, perpétrés principalement pour des motifs religieux. En outre, depuis le début du conflit, des enfants ont été tués, ou mutilés, ou sont victimes de violence sexuelle ou recrutés par des groupes armés. Des écoles ont été saccagées, des professeurs victimes de violences et des salles de classes occupées par des groupes armés. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) estime que 2,3 millions d'enfants sont touchés par la crise, dont des milliers ont été enrôlés de forces dans des groupes armés.

« Rien ne peut justifier de négliger les enfants centrafricains. Je tiens à souligner l'engagement de la communauté internationale, qui a déployé des troupes, soutient la Mission de l'Union africaine et fournit une aide humanitaire, mais les besoins sont énormes. Nous devons protéger les enfants, réunir les ex-enfants soldats avec leurs familles, renforcer les mécanismes de surveillance et de rapport de communication des violations graves des droits de l'enfant et s'assurer que les enfants aient accès à l'aide humanitaire et à l'éducation en toute sécurité », a déclaré Leila Zerrougui.

Lors d'une entrevue avec les trois représentants, le Président de transition, Michel Djotodia, s'est engagé à ménager un accès « régulier et sans entraves » aux sites de cantonnement pour que les enfants se trouvant dans les rangs de l'ex-Séléka puissent être remis à l'UNICEF.

« Libérer les enfants est une étape cruciale », a déclaré de son côté Leila Zerrougui. « J'appelle la communauté internationale à soutenir les autorités centrafricaines pour mettre en œuvre un programme de désarmement, démobilisation et réintégration adapté à leurs besoins spécifiques. »

Avec l'insécurité généralisée qui a contraint des centaines de personnes à quitter leur foyer, le système des Nations Unies intensifie ses efforts auprès des personnes déplacées et aux réfugiés centrafricains ayant fui vers la RDC et au Cameroun, ainsi qu'aux réfugiés soudanais et congolais basés en RCA.

« Le conflit et les déplacements ont accru la vulnérabilité des femmes et des enfants aux violences sexuelles. Je suis profondément préoccupée par le fait que dans cet environnement volatile, viols, mariages forcés, mutilations et autres actes graves de violence sexuelle contre les femmes et les enfants continuent d'être signalés », a déploré Nancee Oku Bright.

En décembre 2012, lors d'un déplacement en RCA de la Représentante spéciale Zainab Bangura, des accords avaient été signés entre l'ONU et les autorités nationales pour lutter contre les violences sexuelles liées aux conflits. « Ces engagements sont d'autant plus importants aujourd'hui. Toutes les parties au conflit doivent cesser les violations et les partenaires humanitaires assurer l'accessibilité aux services médicaux et aux services de base pour les survivants. »


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