RCA: des experts de l'ONU exhortent les parties à cesser les violences et à reprendre le contrôle de leurs forces

Des civils déplacés par les violences interconfessionelles en RCA se sont réfugiés dans une église de Bangui. Photo: HCR/L. Wiseberg

19 décembre 2013 – Un groupe d'experts des Nations Unies des droits de l'homme a exhorté, jeudi, toutes les parties en République centrafricaine (RCA) à prononcer une trêve immédiate et inconditionnelle à la violence, à reprendre le contrôle de leurs forces et milices et à mettre fin aux attaques contre des civils.

« Les violences choquantes qui sont actuellement perpétrées en RCA menacent de provoquer un conflit interconfessionnel à grande échelle entre chrétiens et musulmans. Elles doivent donc prendre fin dès maintenant », ont déclaré les experts de l'ONU, exprimant leur grave préoccupation devant la détérioration rapide de la situation des droits de l'homme et humanitaire dans le pays.

Depuis quelques mois, la RCA, engagée dans une délicate transition politique sur fond de crise humanitaire aigue, est de nouveau secouée par des affrontements armés, cette fois-ci entre des éléments de l'ex-Séléka et des miliciens anti-balaka.

Constituée en août 2012, la Séléka était une coalition de partis politiques et de forces rebelles opposés au Président François Bozizé, qu'elle a contraint à quitter le pouvoir en avril 2013. À l'origine des groupes d'autodéfense, les anti-balaka se sont ligués contre les miliciens de la Séléka, après les exactions commises par ces derniers dans le pays. Ils sont issus d'une population centrafricaine à 80% chrétienne, alors que la Séléka est principalement formée de musulmans.

Au cours des dernières semaines, les violences interconfessionnelles se sont intensifiées dans un pays qui n'avait encore jamais connu de tels affrontements par le passé. Des atrocités commises par toutes les parties, y compris contre contre des civils, ont été signalées par les médias et l'ONU, qui fait état de représailles et d'exécutions arbitraires, de recrutement d'enfants soldats, d'attaques contre des installations médicales et de viols.

« Toutefois, il est encore possible d'échapper au spectre d'une guerre généralisée et de ses terribles conséquences et de déclarer une trêve immédiate avant d'entamer un dialogue et des pourparlers de paix », assurent les experts. « Nous exhortons toutes les parties de saisir toute occasion pour éviter de nouvelles effusions de sang ».

Les experts ont apprécié les appels à l'action du Conseil des droits de l'homme et du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que ceux émis par les autorités de la République Centrafricaine elles-mêmes. Ils ont souligné qu'une approche coordonnée est indispensable pour résoudre la situation actuelle et assurer une paix durable.

Tout en notant les tentatives de certains chefs religieux d'établir un dialogue interreligieux et d'atténuer les tensions, les experts soulignent la responsabilité première de l'État de protéger les droits humains de toute la population. Ils ont lancé un appel à la Conférence internationale de la région des Grands Lacs pour qu'elle prenne des mesures urgentes en vue de résoudre la crise.

Les experts exhortent les dirigeants de toutes les parties à « reprendre le contrôle de leurs forces et milices et à cesser immédiatement les atrocités », tout en prévenant que, dans l'environnement dangereux actuel, les initiatives lancées pour désarmer les groupes de miliciens laissaient parfois certaines communautés vulnérables à des attaques de forces opposées.

« Nous demandons aux acteurs internationaux de suivre de près la situation afin de ne pas laisser les communautés sans défense », soulignent les experts.

« Un accès complet, sécurisé et sans entrave doit être ménagé aux agences humanitaires pour leur permettre de répondre aux besoins de centaines de milliers de personnes déplacées dans le pays et de contrer la détérioration rapide de la situation humanitaire », ont déclaré les experts des droits de l'homme des Nations Unies.

Les Experts indépendants des droits de l'homme font partie de ce que l'on nomme les Procédures Spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les Procédures Spéciales, le plus grand organisme d'experts indépendants des droits de l'homme des Nations Unies, est le terme généralement attribué aux mécanismes mis en place par le Conseil des droits de l'homme, qui s'occupent de la situation spécifique d'un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde.

Ils sont mandatés par le Conseil des droits de l'homme pour examiner, superviser, conseiller et faire rapport sur les situations des droits de l'homme. Actuellement, il existe 37 mandats thématiques et 14 mandats par pays, avec 72 représentants. En mars 2014, trois nouveaux mandats seront créés.


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